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Lâcher le sablier

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STRANGE TIME
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​Je vieillis. Ma peau a déjà commencé à changer. Je n'ai pas que des rides d'expressions, il y a aussi des petites lignes qui commencent à rester sur mon visage, même quand j'ai mon air bête. J'en ai voulu à la vie et à ma génétique de m'avoir donné des petits seins, mais aujourd'hui, je suis très heureuse que la gravité ne les affecte pas! Plus ça avance, plus maigrir devient difficile et engraisser arrive beaucoup plus rapidement. La balance qui fut mon amie pendant quelques années s'est rangée au niveau de connaissance qu'on n'a pas envie de revoir.

Je vieillis. C'est de plus en plus difficile de me sortir de chez moi lorsque j'ai ma doudou bleue trouée sur moi et des séries en rafales sur Netflix. Je préfère me faire des toasts au beurre de peanut avec un grand verre de lait, m'installer sur mon sofa, faire des miettes partout et laisser trainer mon assiette pendant tout le week-end que de devoir me préparer, m'arranger et sortir ma carte de crédit pour payer mon repas. J'ai pas mal plus envie de voir des abonnements de Netflix sur ma carte de crédit que tous les noms des bars que j'ai visités dans le dernier mois.

L'idée d'aller me coucher à 22h et de me lever le lendemain sans mal de tête, dans mon lit, est beaucoup plus attrayante que l'idée de me lever avec un mal de bloc, du mascara partout sur les joues et beaucoup trop de questions sur ce que j'aurais pu dire ou faire la veille.

Je réalise que je vieillis quand je regarde les jeunes ados et que j'hésite entre les envier ou être heureuse que ce soit loin derrière. J'hésite entre l'idée d'être à deux pour le reste de ce qui s'en vient ou de juste continuer comme je le fais depuis les dernières années et arrêter d'espérer que ça va m'arriver.

J'essaie d'apprécier chaque grain de sable qui tombe. D'être heureuse de ce que j'ai, de ce qui passe dans l'entonnoir.

J'avais arrêté de vieillir dans les dernières années. J'étais même retournée en arrière, je vivais ce que ma vie de jeune maman dans la vingtaine ne m'avait pas permis de faire. J'avais arrêté de vieillir en continuant de voir ma fille grandir. Le temps avait arrêté de faire son œuvre sur moi, mais continuait de le faire sur mon entourage. J'étais devenue la fille qui refusait de vieillir.

Aujourd'hui, j'ai repris le sablier et je le laisse se vider tranquillement. J'essaie d'apprécier chaque grain de sable qui tombe. D'être heureuse de ce que j'ai, de ce qui passe dans l'entonnoir. J'essaie de ne pas trop penser au sable du dessus, mais c'est difficile. Il n'y a pas une seule journée où je n'aimerais pas avoir du sable différent, il n'y a pas une journée où je ne voudrais pas que le sable coule plus rapidement, que je ne me rende pas compte des moments de tristesse qui m'habitent régulièrement. Mais, malgré cette tristesse, je suis heureuse qu'il se vide et j'accepte l'inévitable: je vieillis, je change, j'évolue.

J'avais stoppé ma vie dans l'espoir qu'un jour elle soit comme je l'avais imaginé quand j'étais plus jeune. Je l'avais stoppée en me disant que j'allais remettre le sablier à la verticale, quand tout allait être comme je le voulais. Que d'ici là, je ne vieillirais plus. Parce que je refusais d'arriver à 40 ans et de n'avoir toujours pas trouvé l'amour. Certains rêvent d'une carrière, d'une famille, de voyager... moi je rêve de pouvoir partager tout ça avec quelqu'un. Je l'ai déjà, la carrière, la famille, les voyages, les amis, j'ai une vie rêvée, mais je suis seule dans ce rêve, c'est la partie la plus difficile de mon sablier.

La vérité, c'est que ma vie est loin de ce que j'aurais pensé, elle est encore mieux que ce que je me permettais d'imaginer. J'ai défoncé des barrières, j'ai repoussé mes limites et j'ai fini par prendre de la maturité! J'ai voyagé alors que je ne pensais pas que cette liberté m'était accessible. J'ai pris toutes les opportunités que j'ai pu prendre. J'ai vécu, j'y suis arrivée seule et j'en suis fière!

J'ai encore peur à l'an prochain, mais je n'ai plus aussi peur à demain. Il y aura beaucoup de grains de sable d'ici là. Mon sablier sera tout simplement rempli de lendemains qui me font​ un peu moins peur.

Ce blog a été initialement publié sur le HuffPost Québec

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