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Grand ménage au Kärcher, quand l'exécutif tunisien s'exécute

Publication: Mis à jour:
YOUSSEF CHAHED
Facebook/Youssef Chahed
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Nettoyer le centre ville au kärcher. A grande eau, purger les trottoirs. Eloigner les étals anarchiques. Décongestionner les grandes artères. Affronter l'économie parallèle. Aller jusque son terrain et tenter d'y gagner du terrain, justement. Mettre de l'ordre dans ses lois. Revoir ses bases. En préparer des bonnes pour l'étape à venir. Le gouvernement Chahed et ses adjuvants ont entamé leur grand ménage d'automne.

Une Tunisie propre, respectueuse des accords internationaux. Même en chantier, cela devrait être beau à voir et rassurer. Et ce n'est pas que pour notre bien-être, nous autres citoyens, que cela est fait, c'est aussi pour l'image que, de nous, peut avoir l'Autre. Cet Autre qui attend des prémices de réussite pour continuer à nous aider.

Ratifié l'Accord de Paris à l'Assemblée des Représentants du Peuple pas plus loin qu'hier. Nettoyée aussi nos rues et diffusées, massivement, ces images d'un centre ville renaissant de ses poussières.

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Tant pis si les poubelles s'accumulent ailleurs. Tant pis s'il y a invasion de mouches dans tout le pays. Tant pis si les sacs en plastic continuent, malgré un accord les interdisant, à nous sauter en pleins pare-brises. Ce qui compte c'est la vitrine. Et elle est désormais bien astiquée, d'une manière si régulière que l'on aurait presque tendance à y croire... si on ne passait pas tout aussi régulièrement par ces rues de cette Tunisie à l'apparence faussement nouvelle.

On l'aura vu plus d'une fois Chahed sur chantier. Casque de protection et gilet par dessus son costume. En maître d'oeuvre il s'affiche, à plus d'une raison: Dynamiser la perception que l'on pourrait avoir de lui et celle du pays, au passage. Il est important, en effet, à ce stade, de montrer que le politique bouge autrement qu'en gigotant hystériquement sur les plateaux et que le pays a entamé un cycle nouveau.

Et ce nouveau cycle a bien commencé, plus concrètement, à la rue des Salines au centre ville de Tunis. Une descente a eu lieu la semaine dernière et c'est l'équivalent d'un million et demi de dinars en cigarettes qui a été saisi. Visés ainsi la contrebande, le commerce parallèle, le secteur informel, ses collaborateurs d'une manière directe et ses faiseurs par déviation. Un premier coup de filet filmé. Des vidéos qui ont fait le tour du pays et un message lancé à l'égard de tous les intéressés surtout les observateurs étrangers.

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On nous regarde de loin! Et bientôt on nous regardera de plus près. La conférence de l'Investissement qui se tiendra fin novembre fera, en effet, venir vers nous les décideurs du monde. Les rassurer, les encourager à voir notre potentiel et les exhorter à y croire. Voilà la démarche actuelle et à venir à appliquer si nous sommes conscients de l'importance d'un salut imminent dans cette ambiance générale plutôt menaçante.

Et il ne suffit pas d'y croire, il faut mette en place le dispositif pour! Loi de l'investissement: Fait! Loi de Finances: Remous, mais Fait! Gel des augmentations salariales: Bras de fer en cours, mais Fait! Système de sécurité sociale: Son échec démontré à l'appui. Ca sera fait. Système fiscal: Populeux à souhait dans sa communication et dans sa substance, mais Fait! Rassurer et secouer à la fois: rassurer les plus faibles de préférence car leur agitation dérangerait ce tableau en cours et secouer les plus nantis car de là peuvent tomber quelques recettes, maigres certes, mais bonnes à grignoter en temps de disette.

On veut éviter la disette justement à cette Tunisie cobaye démocratique. Y mettre du sien n'a pas réussi pour la sauver, alors une tierce aide serait, à ce stade, vitale. En bon élève, l'exécutif s'exécute et exécute les recommandations d'une manière quasi scolaire. L'agenda est suivi à la lettre et les échéances appréhendées, en toute précision.

Ici, on ne ment plus, on ne camoufle plus. Tout a fini par imploser. "Rien n'est dans ce monde dissimulable désormais". BCE l'avait dit en marge de sa dernière virée américaine.

Fadhel Abdelkéfi, ministre de l'Investissement et de la Coopération internationale aussi, dans le cadre de son roadshow pour promouvoir la Tunisie auprès des capitaux de ce monde. La difficulté qu'a la Tunisie à s'en sortir est connue de tous. A l'étranger, on en est conscient. Et l'on montre ses dispositions à aider quand s'y ajoute l'argument répercussions. L'on a peur du côté américain par exemple et bien ailleurs de l'impact que pourrait avoir le malaise tunisien sur les sécurités nationales respectives, par l'alchimie néfaste du terrorisme et de sa tentation.

Du côté tunisien, on en est conscient aussi. Mais conscients comme des enfants capricieux qui dans la mêlée continuent à s'insulter, à réclamer, à en demander plus, là où si plus est, c'est de nous qu'il devrait venir.

L'économie est le nerf de la guerre. Nous avons passé cinq ans à ne considérer notre transition que par le prisme politique. Nous avons fait notre apprentissage et n'avons réussi à aller au delà de la case débutant. Nous avons commencé par stagner. Nous avons puisé dans nos réserves, consommé nos acquis et épuisé notre capital sympathie dans un monde qui n'est pas fait que de nous. Centrés sur nos propres réussites, nos propres défaites, nos propres railleries, nous en avons presque oublié notre image dans le monde.

Et parce que l'heure est à l'économie, l'on a compris visiblement que le politique est à ce stade accessoire. Il accompagne le changement nécessaire pour un deuxième cycle de vie, un cycle de survie. Pour que la transition démocratique ne soit pas synonyme de banqueroute nationale, l'heure est peut-être venue d'envisager autrement le salut national. La démarche maintenant imposée n'en sera que plus acceptée et mieux appliquée, par tous. Pour que concordent enfin façade et arrière-boutique.

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