LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Inès Oueslati Headshot

Congrès de Afek, lancement de Mehdi Jomâa, cette semaine politique est décisive

Publication: Mis à jour:
GG
Collage
Imprimer

Entre Afek Tounes qui prépare son congrès, Mehdi Jomaa et sa troupe qui préparent leur lancement, cette semaine a l'air bien politique. C'est celle des alternatives!

Il faut dire que la médiocrité politique ayant régné lors des dernières semaines n'est pas sans faciliter la tâche à ceux qui souhaitent être le contrepoids d'une force en perte de valeur.
Les querelles partisanes, les batailles d'ego, les promesses non tenues et l'aspect mafieux qui a primé récemment sur le tout ont été à l'origine d'une grave rechute: le désintérêt des Tunisiens par rapport à la politique.

Un désintérêt qui s'est accompagné et qui s'accompagne encore d'un sentiment de rejet de la tournure que prennent certains projets politiques et du dénigrement que certains choix qui y sont faits impliquent.

Nidaa porteur de message de modernisme voulu comme une alternative à l'islam politique a connu deux phases de repli, pour sa grande masse électorale et sympathisante. Le choix politique d'Ennahdha comme allié au pouvoir puis les restructurations internes ont fini par affaiblir le parti au pouvoir. Celui-ci avait affaibli dans son ascension des partis emblématiques de l'opposition puis en en attirant vers les sphères du pouvoir des figures importantes, a vidé les camps politiques adverses de toute substance pouvant leur permettre de renaître et de regagner en force.

Le CPR, a été achevé, quant à lui, de l'intérieur même de son mouvement. Centré sur une personne, celle de l'ancien président Marzouki puis porté par des ego ayant des objectifs distincts, le projet qui voulait être un projet citoyen et populaire a fini par s'éclater. Un projet porté par un seul homme n'a plus sa place dans un schéma de leadership politique en progression.

Tel est le cas d'un Mohsen Marzouk aux allures d'un héros de roman. Ce personnage qui a été jusque les hautes sphères de l'exécutif en tant que conseiller du président de la République s'est vu revenir en bas de l'échelle. Son projet partisan, un peu trop centré autour de lui peine à grandir. L'ambition personnelle du pouvoir ne peut en toute évidence pas faire grandir un parti.

Le parti de Yassine Brahim s'apprête, quant à lui, à vivre un enjeu déterminant: son congrès qui se tient cette fin de semaine orientera Afek vers des perspectives nouvelles ou vers une continuité dans sa gestion. La concurrence entre les camps de Brahim et de Abderrahmane, aspirant tous les deux à rester ou à arriver à la tête du parti est susceptible d'affaiblir le sommet et la base.

Le parti des Abbou, malgré la force oratoire de l'épouse et le parcours militant du mari ne fait pas l'unanimité. Son discours anti réconciliation économique en temps de crise ne sied pas à toutes les oreilles.

Le Front populaire et ses amis de manifestations est pour beaucoup centré sur une idéologie aujourd'hui anachronique. Ses discours enflammés attisent de moins en moins l'intérêt. La preuve par les urnes qui en ont rapetissé la portée au niveau de l'exécutif.

Et le seul parti à grandir, en revanche, c'est Ennahdha. Celui qui observe l'évolution du projet de Rached Ghannouchi, ses hommes et ses fils se rendra compte aisément du chemin parcouru.

Pour avoir longtemps travaillé en souterrain, le mouvement islamiste a réussi à poursuivre, une fois sous les feux des projecteurs, sa continuité. Il a réussi, à force de communication étudiée et de choix bien stratégiques, à changer l'image que les camps réfractaires nationaux et internationaux avaient de lui. Il a pu gérer ses individualités malgré leurs différences et leur degré de croyance en un projet s'éloignant de plus en plus de l'islamisme et se voulant de plus en plus proche de la citoyenneté tunisienne.

Dans ce climat de désenchantement, ce qui peut lier n'est plus une position politique qu'elle soit de gauche ou droite. L'idéologie politique épousant l'un ou l'autre bord précités ne correspond plus aux attentes de la masse potentiellement électorale qui en a assez des partis.

La faillite partisane partielle certes mais aussi décevante que palpable est propice à l'émergence d'une nouvelle "force" qui peut rassembler.

Dans ce contexte, un marketing politique intelligent permet de savoir que c'est davantage l'idée qui rassemble et non les partis et leurs projets classiques. L'idée et non l'idéologie! Un projet centré autour de la réflexion à une sortie de crise faite par des experts -non pas ceux devenus la nouvelle élite télévisée- peu consommés serait à même de rassurer. Un nouveau modèle de leadership du pays est donc à mettre en place. Celui qui a lancé un think tank et ayant choisi littéralement d'être l'alternative l'a visiblement compris avant les autres.

Un nouveau parti dans une Tunisie où les partis ne cessent de décevoir ne changera pas grand chose mais un nouveau modèle de gestion des troupes autour d'un projet de pouvoir est à même de toucher et de percuter, parmi la morosité partisane qui règne.

Le défi électoral n'en sera que plus rude pour des partis n'ayant réussi ni leur évolution ni leur mise à jour par rapport au contexte. Il ne sera pas plus aisé pour les projets qui se veulent innovants et qui devront résister quand l'arène politique voudra les tirer vers le bas.

La période qui s'annonce sera déterminante pour l'ensemble de la classe politique. Les parties qui font retarder les élections ne font que retarder l'échéance, celle de la déchéance de certains partis et de la restructuration de l'échiquier politique.

La période à venir est celle de la mutation. Des bras de fer s'annoncent pour un enjeu important:Nous!

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.