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BCE - Essid: De la "Nation gâteau" à la "Nation couffin"

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ESSEBSI ESSID
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Après la parabole de la Nation gâteau dont les morceaux se partagent entre alliés au pouvoir, voici venue l'image de la Nation couffin dont on se charge tous, citoyens comme gouvernants, de porter l'anse. La Tunisie devient ce lourd fardeau que nous devons tous assumer pour pouvoir poursuivre tant bien que mal la marche vers un avenir brumeux.

Beji Caïd Essebsi l'a dit dans son interview télévisée du 2 juin 2016. L'heure est au pragmatisme. Oui, Monsieur le Président, nous l'avons compris. Bien avant!

La prochaine période sera celle des changements. Le président de la République a évoqué la possibilité de mettre en place un gouvernement d'union nationale, un potentiel départ de Habib Essid et un nouvel échiquier politique donc.

Le chef du gouvernement se dira ce matin prêt à toute éventualité susceptible d'être bénéfique pour le pays. Rendez-vous est pris entre les deux hommes lundi prochain. L'ordre du jour est déjà bien évident: redistribution de cartes en vue d'une nouvelle manche.

L'éventualité qu'avait avancée à son tour le troisième chef tunisien, président de l'Assemblée es Représentants du peuple est une démarche visant à créer un gouvernement consensuel.

Tel que décrite par Mohamed Ennaceur, la configuration nouvelle devrait inclure l'Union générale des Travailleurs tunisiens (UGTT) et l'Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (UTICA). Le tout complété par une représentativité des partis déjà au pouvoir et de ceux dits d'opposition. Opposition? Que deviendra-t-elle dans ce melting-pot politique?

Il est vrai qu'un syndicat au pouvoir cela est tellement original que l'on aurait presque envie de voir.

Si ce n'est cette peur de faire subir à un pays qui chancelle un essai clinique dont il se passe bien. Centrale patronale et centrale syndicale alliées aux commandes du pays, cela est un moyen d'essayer de calmer les tensions sociales elles-mêmes génératrices de malaises économiques aigus.

Mais peut-on avancer en démocratie sans contre-pouvoir? Quelles seront les composantes de l'opposition dans pareil schéma? Certes l'exécutif avancera sans encombre, mais vers où?

Changer de gouvernement voudra dire changer de données de base et changer de données de base donne l'impression que la trajectoire est loin d'être déterminée. Encore une période de remue-ménage, de partage de sièges, de jeu de chaise musicale, d'installation, de cartons faits et d'autres défaits, d'affinités avec les dossiers pour une maîtrise de portefeuille tout juste atteinte par les ministres actuels.

Il faut dire que les indicateurs sont au rouge, toujours au rouge, a-t-on presque envie de dire pour signifier que cela n'a pas changé récemment. Il faut dire que le climat social est nettement plus stable qu'il y a quelques temps.

Il faut dire que certains ministres sont désormais performants et qu'ils y ont gagné même en popularité comme le disent les sondages. Il faut dire que le terrorisme n'a pas sévi depuis un moment et que des réussites sécuritaires ont été réalisées. Alors pourquoi du changement maintenant?

C'est du côté de la politique que ça tangue. La fissure au sein de Nidaa qui a du mal à être rafistolée n'en a pas fini de mettre à mal l'édifice d'après élections. Le parti au pouvoir n'a plus sa vigueur de la veille.

Ce déséquilibre tangible à l'échelle de l'Assemblée a, inévitablement, ses répercussions sur l'exécutif. Le malaise parmi les partis au pouvoir, la querelle Nida UPL, les positions en dehors de la bulle de Afek Tounes, l'échéance élective à venir, en l'occurrence les municipales de 2017, autant de réponses probables à la question du pourquoi qui pourrait tarauder celui qui observe et qui ne comprend pas.

La réponse est politique pour une question quasi vitale, non pas pour un parti, mais pour tout un pays. La réponse est un peu trop politique pour faire le consensus espéré car la politique des stratèges est une maladresse quand l'enjeu est la survie.

"Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise". Nous sommes bien dans la logique de Jean Monnet.

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