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Un regard sur les citoyens européens de confession musulmane par le prisme des informations

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DEFRAIGNE IRAN
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Plusieurs débats concernant des acteurs politiques en Europe nous ont mené à différentes réflexions et malheureusement, à nouveau en lien avec l'islam et les musulmans. Nous parlons d'une part, de la visite en Iran de la présidente belge du Sénat Christine Defraigne et de la nomination du nouveau maire de Londres de confession musulmane, Sadiq Khan.

Le premier scandale est celui de plusieurs photos montrant Madame Defraigne avec un foulard sur la tête ainsi que l'évocation de certains propos qu'elle a tenu à propos des discriminations envers les femmes en Belgique principalement.

Le deuxième événement peut s'intégrer dans ce que l'on appelle des discours de la peur. En effet, un nouveau maire dans l'une des plus grandes capitales de l'Europe est musulman, doit-on s'en inquiéter? L'approche que certains journalistes, politiciens et citoyens ont eu en commentant ces événements pose problème et réflexion à propos de l'islam et des européens de confession musulmane.

Bien que l'Iran soit une république islamique avec sa propre histoire et ses propres évolutions et problèmes, le port du foulard comme imposition faite aux femmes est devenue le seul prisme qui permet d'observer ce pays et la femme musulmane.

Cependant, nous, citoyennes européennes n'avons aucun rapport avec ce pays, ainsi, le fait de le porter sera forcément mis en lien avec l'absence de liberté de la femme et à ces pays où les droits de l'Homme sont clairement contestés. Pourquoi? Comment sommes-nous arrivés à restreindre les libertés des femmes européennes de confession musulmane par le simple fait que dans d'autres pays, le port du foulard et d'autres droits bafoués soient imposés?

Comment se fait-il que l'on n'accepte pas l'idée que dans ces pays, les femmes, malgré cette contrainte (pas pour tous, car rappelons tout de même que la majorité des iraniennes sont de confession musulmane et certaines le portent par conviction religieuse ou politique) puissent s'émanciper dans d'autres domaines et lutter elles-mêmes pour ces libertés individuelles?

Rappelons également, qu'au-delà des années soixante-dix, le port du foulard est bien plus la norme que l'exception lorsque l'on observe le phénomène au niveau historique. Pourquoi donc cette fermeture? Pourquoi ne pas accepter le fait que les femmes peuvent être responsables et s'investir malgré certaines contraintes? Devoir le retirer ici, c'est finalement, un peu comme l'imposer là-bas non? Mais là encore nous arrivons à comparer l'incomparable et faire des liens là où il ne devrait pas y en avoir.

Aussi, je me le demande: Qu'est-ce qu'une européenne de confession musulmane qui porte le foulard peut bien penser en observant et en écoutant ces débats à la télévision? Qu'il y a clairement une guerre contre le bout de tissu qu'elle souhaite porter librement et que plus que cela: on infantilise un choix responsable de centaines de femmes.

L'imposer est tout aussi regrettable que d'être obligé de le retirer. Il s'agit de toute évidence, un choix que l'on fait au détriment de la décision que la femme fait. Au-delà de cette pensée, il s'agit à nouveau de réduire les expressions et les différentes manières d'être: qu'est-ce qu'un citoyen modèle? Quelle est la seule manière d'être émancipée? Voilà la réflexion que l'on nous impose, l'erreur et l'outrage qui se disent: nous faire croire qu'il n'existe qu'une manière d'être au milieu de populations diverses ...

Enfin, pourquoi, nous, citoyens de confession musulmane devrions-nous attendre des autres qu'ils nous informent de ce que sont les libertés individuelles? De ce qui est convenable ou pas? Est-ce que finalement nous ne sommes pas assez égaux aux autres que pour pouvoir nous approprier ces idées et ce qui seraient correctes ou pas?

Nous en arrivons à la deuxième partie de notre réflexion, à savoir la nomination de Sadiq Khan, un avocat et député à Londres présenté sur plusieurs chaînes européennes sous le seul aspect qui semble -et qui est abordé comme tel- poser problème: sa confession qui est musulmane.

Comment se fait-il que nous arrivons à connaître sa spiritualité et surtout en quoi le fait d'être musulman poserait-il problème à une quelconque fonction? Devons-nous comprendre que les citoyens de confession musulmane ne peuvent pas accéder à certains postes de par leur croyance?

C'est clairement ce qui peut être analysé dans les débats développés. Aussi, comment un citoyen européen de confession musulmane peut-il s'épanouir et s'impliquer par ces diverses identités sans se dire que finalement, le fait d'afficher sa religion posera problème pour devenir une personne intégrant sa nation.

C'est clairement une question de nationalisme, d'européanisme: exclure c'est finalement ouvrir la porte aux frustrations et aux discriminations alors que le contraire, c'est permettre à chaque citoyen de développer la société à son échelle.

Un autre élément à mettre en avant: les adeptes de la neutralité ou encore de la laïcité. Ces derniers sont arrivés à nous faire croire qu'exprimer une conviction spirituelle ne faisait pas de la personne en question un individu pouvant être neutre et compétent dans ses activités et fonctions.

C'est clairement voler aux citoyens et en l'occurrence aux citoyens musulmans leur droit d'être neutre et compétent tout en étant ce qu'ils sont en même temps. Car que les choses soient claires: une personne non croyante tout comme une personne croyante ont les mêmes capacités, qu'elles affichent ou pas leur spiritualité. Que l'on ne nous fasse pas croire que le fait de ne pas croire n'est pas un avis ou la seule posture neutre! Très clairement, cela ne l'est pas.

Nous, citoyens européens et de confession musulmane, ne pouvons-nous pas, comme n'importe qui d'autres, savoir ce qui intègre notre droit à la liberté et d'intégrer des hauts postes sans que cela soit vu comme un scandale?

Nous, citoyens européens et de confession musulmane, ne pouvons-nous pas être d'autres choses que notre spiritualité? Parce qu'il y a réellement un problème qui revient à chaque fois; le port du foulard débattu par des individus qui ne le portent pas et qui se permettent de dire à ce sujet uniquement ce qu'on entend souvent à savoir, qu'il s'agit d'un assujettissement de la femme à l'homme sans pouvoir se rendre compte des réalités de terrain: une très grande majorité des femmes en Europe, le portent par conviction religieuse, politique ou encore par effet de mode.

Enfin, comment se fait-il que l'on puisse remettre en question la fiabilité d'une personne qui s'implique dans la société dans laquelle elle grandit parce qu'elle est de confession musulmane?

Comment penser un instant que ces démarches ne vont pas freiner la cohésion sociale et le vivre ensemble?

Nous parlons souvent des droits des minorités bafoués dans certains pays, il semblerait dans que certaines parties de l'Europe le pratique aussi.

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