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Liban: La guerre entre l'Arabie Saoudite et l'Iran a commencé il y a bien longtemps

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LEBANON
Mohamed Azakir / Reuters
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L'actualité s'intéresse dernièrement à la situation au Liban et plus particulièrement à la possibilité d'une intervention miliaire saoudienne dans ce pays. Les motivations saoudiennes sont claires: il est question de neutraliser le Hezbollah libanais, un allié de l'Iran, la réelle menace pour l'Arabie Saoudite. Cependant, nous pensons que cette situation belliqueuse n'est pas nouvelle et qu'elle est présente dans plusieurs pays de la région. Ainsi, des clarifications sont nécessaires.

La Syrie, l'Irak ou encore le Yémen sont des pays où l'Iran et l'Arabie Saoudite se font la guerre et ce, depuis plusieurs années. De quelle manière? Pour ces deux puissances régionales, il n'est pas question de le faire directement, sur leurs propres territoires. Non, il est plutôt question de financer des groupes locaux ou de soutenir des régimes en place et ce, afin d'avoir des alliés dans la région.

Pour la Syrie, c'est le gouvernement en place qui représente un allié iranien, les rebelles houtis au Yémen et enfin, plusieurs leaders au sein de la communauté chiite irakienne. En Irak, des militaires iraniens et russes ce sont retrouvés dans des lieux saints chiites et ce, afin de protéger les pèlerins et les mausolées. Notons que si l'Iran est la puissance régionale, l'Iran est allié d'une autre puissance, cette fois-ci, internationale, la Russie.

À l'opposée, l'Arabie Saoudite qui a encore récemment reçu le soutien américain, -une relation historique en réalité entre ces deux pays-, n'a pas oublié de réaliser plusieurs alliances dans la région, gouvernementales mais aussi au sein de groupes rebelles ou officieusement avec des groupes terroristes. C'est le cas du Yémen où le gouvernement saoudien a soutenu le régime décrié par une partie de la population yéménite. Aussi, le soutien à l'État Islamique ou au Front an-Nosra en Irak et en Syrie sont également des alliances du régime saoudien. Cependant, Riad ne l'admet pas officiellement, c'est donc indirectement que l'alliance est réelle et ce, par le biais de subsides de particuliers ou via des récoltes de fonds au sein des centres religieux.

Ainsi, les acteurs principaux du sujet de cet article sont impliqués depuis longtemps au sein de pays en guerre et où d'autres acteurs internationaux sont également responsables du chaos qui s'y passe. C'est le cas des USA mais aussi de la Russie. Notons que les conséquences sont toujours les mêmes dans ces pays: les morts qui sont majoritairement des civils et l'impossibilité de ces pays à se développer. La guerre régionale est bien présente depuis un certain temps déjà entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, le Liban ne sera qu'un pays en plus sur la liste si une guerre devait éclater en territoire libanais. Un territoire qui subit depuis plusieurs années les conséquences des guerres précédentes, la menace silencieuse mais bien réelle d'Israël, une gestion importante de réfugiés palestiniens et syriens aussi. Rappelons que le Liban est un des pays qui accueille le plus de réfugiés syriens.

Aussi, une petite analyse de la structure libanaise basée sur les communautés religieuses, peut nous faire comprendre, à nouveau, l'instrumentalisation des différents acteurs d'un pays par des puissances régionales et internationales. Cette analyse ne fait que prouver ce que l'on peut observer dans les autres pays de la région toujours en guerre: la problématique à donner du sens à la notion de nation puisque l'on a divisé des populations en fonction de leur identité religieuse et les relations internationales basées sur ces différences et ces tensions, afin d'avoir une mainmise importante sur la région et les intérêts régionaux qui vont avec.

Le cas libanais

Depuis sa création, le pays du cèdre a toujours eu un gouvernement communautaire soutenu par différents pays étranger. C'est la conséquence d'un système politique qui intègre cette vision communautaire basée sur les religions majoritaires du pays. Ainsi, au Liban, le président est toujours de confession chrétienne maronite, le Premier ministre de confession sunnite et enfin, le président du parlement est d'obédience chiite. Cette division basée sur les confessions va être soutenue par plusieurs puissances et ce, en fonction des tendances religieuses. Ainsi, le président chrétien est soutenu par les États-Unis, le Premier ministre par l'Arabie Saoudite et le président du parlement, par l'Iran. Notons que le Hezbollah libanais chiite est notamment depuis de nombreuses années, un parti politique au Liban, que la communauté chiite libanaise est majoritaire par rapport aux autres communautés. Le nationalisme du parti de Dieu a toujours été évoqué par le leader du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah. Il n'empêche que leur implication au sein de la guerre en Syrie a posé un questionnement par rapport à cette identité chiite dans la région, puisque par l'invitation du gouvernement syrien (chiite) toujours en place, le Hezbollah libanais s'est impliqué contre les rebelles syriens et contre l'État Islamique. Ces rebelles syriens ont été soutenus par les États-Unis et l'État Islamique a eu des moyens militaires par le biais notamment de donateurs saoudiens. Si l'on souhaite aller plus loin, notons qu'il a été question à plusieurs reprises de dénoncer l'incohérence des vendeurs d'armes (les USA, la Russie, la France ou encore la Belgique), qui officiellement luttent contre le terrorisme en Syrie et qui en même temps et indirectement leur fournissaient des armes par les contrats de vente d'armes à l'Arabie Saoudite. Ainsi, nous pouvions et nous pouvons toujours observer des photos de terroristes de l'EI avec entre les mains des armes made in Belgium et autres.

Ainsi, le Hezbollah libanais est considéré comme une menace pour le Liban et la région de part ses alliances avec l'Iran, selon l'Arabie Saoudite et les États-Unis. C'est en tout cas ce qu'a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Adel Ben Ahmed Al-Joubeir. Cependant, l'influence saoudienne est également un fait au Liban ainsi que dans la région. De plus, l'Arabie Saoudite pose des questions quant à la démission du Premier ministre libanais Rafik Hariri, que plusieurs supposent être prisonnier de Riyad. Un parallèle sur cette situation que la communauté chiite libanaise évoque avec le cas de l'un de leur leader, Moussa Sadr qui fut assassiné lors de sa visite en Libye en 1978, sous le règne de feu Kadhafi.

Ne pas se leurrer...

Aussi, ne nous trompons pas, si d'une part, nous avons un Iran et des alliés dans la région qui font un lien dans leur démarche entre la religion musulmane à la sauce chiite et la politique, il est important de se rappeler que pour l'Arabie Saoudite, il a été question de financer et de soutenir le terrorisme sous différentes appellations, que cela soit Al Qaeda ou encore l'État Islamique et que leurs intentions sont similaires: avoir une autorité dans la région. Même si le ministre des Affaires étrangères saoudien et le président américain D. Trump désignent l'Iran comme terroriste et comme une menace pour la région, il est à noter que dans le cas saoudien et américain, il y a réellement une histoire d'alliance avec des terroristes. Le soutien de ces pays à différents acteurs régionaux pose en réalité une question: qui influencera la région? L'Iran ou l'Arabie Saoudite?

Les récents changements hiérarchiques au sein du gouvernement saoudien peuvent nous faire penser qu'il y a cette volonté de changer, il faudra pour cela, suivre ce qui va se passer, mais pour le moment, les alliances sont toujours les mêmes et les morts ne sont pas prêts de s'arrêter là où ces deux puissances se font la guerre...

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