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Le mariage islamique: Des théories aux réalités de terrain, des clarifications sont nécessaires

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Le mariage en islam est évoqué dans plusieurs versets du Coran et au sein de plusieurs traditions islamiques. Ce qui fait l'unanimité au sein de la majorité des communautés musulmanes, c'est qu'en théorie, il s'agirait de l'union de deux êtres, hétérosexuels, consentants, pour une durée indéterminée. Le divorce étant une possibilité mais qui ne doit pas être prise à la légère puisqu'il s'agit d'un acte qui serait le plus détesté auprès de Dieu, Allah. S'il est question de fonder une famille, il n'est pas clairement écrit dans le corpus coranique qu'avoir des enfants et en quantité considérable soient des éléments essentiels à une union. Enfin, le mariage doit être officialisé, se faire connaître au sein de la famille et de la société.

Mais les systèmes varient en fonction des pays et dans plusieurs situations, des formes de mariages officieux deviennent réels et prennent un aspect qui n'entre pas du tout dans le cadre définit plus haut. Quelles en sont les conséquences? Il a été question ici, de parler de plusieurs situations particulières mais qui ont été rencontrées dans des cas de médiation et qui sont assez représentatifs des alternatifs de mariages dits "religieux" avec des conséquences problématiques, surtout pour les protagonistes en question.

"Je me suis répudiée toute seule, il ne voulait pas me répudier, alors je l'ai fait à sa place".

Une jeune femme m'explique sa polyandrie islamique à Bruxelles, elle m'explique longuement ceci: "J'ai entendu quelqu'un qui a dit qu'on pouvait se répudier toute seule sans que l'époux le fasse puisqu'il refuse de le faire. Et maintenant, je me suis mariée avec un autre homme, chez un autre imam. Si je viens aujourd'hui, c'est parce que mon ex-mari me dit que je suis toujours son épouse et que l'autre homme n'est rien pour moi. Pourtant, j'ai un contrat de mariage avec le second fait par un imam...".

La situation est assez particulière puisqu'en Belgique, les mariages religieux ne sont pas reconnus comme étant des mariages officiels, ce sont les autorités publiques qui se chargent d'unir les individus qui souhaitent se marier. Cependant, plusieurs familles musulmanes ont recourt à des imams qui viennent effectuer à la maison ou au sein de leur mosquée des contrats de mariage "islamiques".

Le problème dans ce cadre-là, c'est qu'il n'y pas réellement de respect des droits et devoirs des conjoints et que ces derniers se retrouvent dans des situations assez compliquées:

"-Bonjour, Je subis depuis trop longtemps des violences conjugales de mon mari, je souhaite divorcer de lui mais il ne veut pas me répudier, que dois-je faire? Je ne peux pas passer au Tribunal puisque je ne me suis mariée que religieusement avec cette personne, donc au niveau de l'Etat belge, nous ne sommes rien l'un pour l'autre, pourtant nous avons des enfants ensemble",

"Mon mari a épousé une seconde femme, il ne m'a pas demandé l'autorisation, je suis contre cela, mes enfants aussi, mais je ne peux pas divorcer car il ne veut pas me répudier et nous ne sommes pas mariés à la commune. Que dois-je faire?",

"Lors de mon union religieuse avec mon mari j'ai stipulé dans le contrat de mariage que je ne voulais pas qu'il épouse une seconde femme. Il était d'accord. Aujourd'hui, l'imam lui a conseillé d'effectuer des mariages temporaires afin de ne pas trahir le contrat religieux. C'est ce qu'il fait. Je veux divorcer, il ne veut pas me répudier. Je n'ai aucune reconnaissance de mes droits, je ne suis pas mariée aux yeux de l'Etat belge",

"J'ai fais un mariage temporaire avec cet homme, sans l'accord de mes parents, il m'a quitté, je suis dorénavant considérée comme une femme légère".

Les cas sont nombreux et prouvent qu'il y a de réelles difficultés à saisir au sein des communautés musulmanes ce qu'est concrètement un mariage islamique.

Quelle réponse à ces situations?

Plusieurs imams en sont arrivés à cette conclusion après avoir rencontré ces différentes situations: dorénavant, le mariage islamique commencera par un mariage officiel à la commune, comme reconnaissance de cette union au sein de la société et avec les membres de sa famille (les parents principalement), puis, il sera question de compléter ce mariage par un mariage religieux effectué par un imam, devant les deux protagonistes et leurs témoins. De la sorte, une femme qui se retrouve à devoir subir des violences conjugales, des infidélités de son mari pourra directement demander le divorce auprès de l'Etat belge qui annulera aussi le mariage effectué par l'imam. Ce qui n'était pas possible dans le cadre des mariages islamiques officieux puisque les femmes se retrouvaient à devoir attendre la répudiation de leur mari afin d'annuler cette union.

La tradition islamique stipule, comme pour le mariage juif, que c'est à l'homme de répudier et non pas à la femme. Il est évidemment possible de faire un recours à un tribunal islamique afin que la femme puisse défendre sa cause, mais cela n'existe pas en Belgique, en Grande-Bretagne uniquement. Cependant, les autorités belges sont neutres et la femme a tant le droit que l'homme de demander le divorce. Cette action est soutenue par un grand nombre d'autorités religieuses qui soulignent ceci: il faut respecter les lois du pays dans lequel nous vivons. Le fait de rendre une union officielle aux yeux de l'Etat est un mariage islamique en soi qui évitera également que des imams (qui ne sont pas en partenariat avec l'Etat contrairement au système des mariages en Grande-Bretagne) puissent marier à plusieurs reprises et avec plusieurs hommes, des femmes de confession musulmane ou l'inverse d'ailleurs. Si la polyandrie est interdite en islam et si la polygamie reste applicable dans certains endroits, il n'empêche qu'en Belgique, ces unions sont interdites: le respect des lois du pays dans lequel les personnes de confession musulmane vivent ne passerait-il pas avant cette pratique? Surtout que si ces mariages ont lieu, il n'y a aucune garantie pour les femmes d'être considérées comme elles le devraient: avec justice et égalité.

Si ces conditions ne sont pas respectées, ne serait-ce dont pas une preuve de l'invalidité des unions? Cette réflexion est similaire pour les mariages monogames qui se limitent à une union religieuse officielle.

Au temps de Muhammad, prophète de l'islam ...

Au temps du prophète Muhammad, le mariage religieux était reconnu au sein de la société, et pas uniquement au sein des familles. Pourquoi? Pour permettre justement la garantie des droits et devoirs des deux protagonistes. Aussi, sans rendre officiel un mariage religieux, l'union des individus serait non-islamique.

Si ce sont souvent les femmes de confession musulmane qui en souffre, il est important de souligner que ce sont surtout ce qu'en on fait les individus (hommes et femmes) qui est problématique et non la question du mariage en islam. Il est donc nécessaire d'assumer ses responsabilités mais aussi de prendre garde de ceux qui abusent des préceptes religieux.

Toujours est-il que certains religieux et certains imams pratiquent encore ces unions sans inviter les personnes concernées à aller officialiser le mariage à la commune. Sont-ils de moins en moins nombreux? Il semblerait qu'il y ait une prise de conscience.

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