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Le cas de l'Afghanistan devrait nous apprendre à changer la manière d'aborder les conflits

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AFGHANISTAN
Omar Sobhani / Reuters
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Nous sommes entrés depuis quelques temps dans une période que l'on nommera "d'attentatitude".

En effet, l'actualité ne cesse de nous informer de tragiques événements, que cela soit parmi des organisations terroristes qui mobilisent de partout des personnes souhaitant investir la terreur et la mort auprès de citoyens, ou à travers les différentes interventions militaires et gouvernementales qui font également de nombreux morts chez les civils. Les uns combattent au nom d'une idéologie donnée alors que les autres légitiment leur présence et leur force pour contrer ces derniers.

Bien que cette situation ne soit pas nouvelle, c'est surtout la multiplication des actes terroristes et les conséquences dans des pays qui depuis moins d'un siècle n'ont pas connu la guerre, qui nous permettent de saisir que nous sommes entrés dans une phase particulière de guerre mondiale.

En effet, qu'il s'agisse depuis 2011 de la crise syrienne où les deux grandes puissances (USA vs Russie) se font la guerre ou l'exemple de la France qui intervient en Syrie tout en recevant sur son territoire des attentats par l'organisation combattue sur place, il est d'une évidence que plusieurs pays et donc plusieurs acteurs dans le monde sont touchés et impliqués par ce qui se passe là-bas.

Cependant, dix ans plus tôt, en 2001, c'était aux Etats-Unis qu'un attentat a eu lieu et qui conduisit à une intervention en Afghanistan contre le terrorisme. Que retenir du cas Afghan?

Après plus de dix ans, il nous a semblé intéressant d'observer ce que la guerre contre le terrorisme a apporté.

Ce qui est une certitude, c'est que le terrorisme y est toujours présent, les attentats aussi (le dernier datant d'il y a quelques semaines et faisant des centaines de morts et de blessés), mais surtout, le non développement du pays, la quasi non gestion du territoire afghan par l'autorité centrale, ainsi que l'absence d'avenir pour sa population qui se retrouve assujettie à des lois non démocratique et à des réseaux criminels.

Plus que cela, un des rapports d'Amnesty International datant de 2014 expliquait l'absence de justice pour les milliers de victimes afghanes ayant été tuées lors des attaques américaines et de l'OTAN: "Le rapport Left in the Dark, qui se penche principalement sur les frappes aériennes et les raids nocturnes menés par les forces américaines, y compris les forces des opérations spéciales, indique que même certains agissements qui semblent être des crimes de guerre n'ont fait l'objet d'aucune enquête et restent impunis".

Aussi, la méthode qui consiste à intervenir militairement n'a très clairement pas donné de résultats positifs, bien au contraire, l'Afghanistan est en souffrance et les Afghans se retrouvent étouffés au niveau national et international, exception faite de ceux qui arrivent à s'en aller (et là encore, les conditions de vie ne sont pas forcément meilleures).

Les familles des victimes afghanes n'ont eu aucune reconnaissance et les crimes commis du bas et du haut sont restés sans justice pour ces civils.

Nous pouvons reconnaître les mêmes erreurs en Syrie, seulement, si l'Afghanistan n'a pas eu les mêmes conséquences importantes en Europe (immigration de masse, plusieurs attentats sur le territoire français et belge notamment), il s'avère que c'est le cas actuellement.

Qui est visé? Dans les deux cas, il s'agit de citoyens. Plusieurs spécialistes expliquent que cet atmosphère et cette insécurité ne sont pas prêts de cesser et ce, tant que les interventions à l'étranger et notamment en Syrie et en Irak continueront.

Aussi, une religion en particulier est évoquée et ce depuis des années, il s'agit de la religion musulmane. Les citoyens adhérant à cette spiritualité se sont d'ailleurs trouvés dans des positions embarrassantes surtout parce que ces mouvements terroristes le font au nom de cette même identité.

Néanmoins, si nous prenons le nom donné par l'État Islamique, il est intéressant d'observer que le concept même d'État n'est pas approuvé par la communauté internationale et cela est une évidence, cependant, concernant leur identité islamique, bien que dénoncé par la majorité des communautés musulmanes dans le monde entier, cela ne semble pas convaincre.

Quelles sont les conséquences à ce niveau? Les actes islamophobes augmentent surtout envers les femmes qui portent le foulard, ainsi que la facilité de formuler des propos racistes vis-à-vis de ces populations musulmanes issues de l'immigration, le cas du jeune gantois d'origine marocaine décédé durant ses vacances au Maroc est assez parlant.

Quelles pistes pour survivre à cette période?

Au niveau des autorités religieuses:

Force est de constater qu'au niveau des communautés musulmanes, il n y a eu aucune rencontre des différentes autorités religieuses présentes dans chaque pays, afin de pouvoir discuter de ce qui se passe au nom de cette religion mais aussi afin d'apporter des solutions à ce phénomène.

Un tronc commun à ces différentes tendances pourrait déjà considérablement aider à une certaine union et organisation des communautés musulmanes, leur donnant ainsi un poids considérable au détriment d'entendre des discours de certaines personnes qui ne représentent finalement qu'elles-mêmes.

Apporter une certaine organisation à cet islam ne signifie aucunement mettre en doute la liberté des individus à adhérer ou pas à cette croyance et ce sans passer par une autorité afin de définir qui serait apte à être musulman ou pas.

Au niveau politique:

C'est sur deux prismes que le gouvernement se doit de travailler: d'une part, un travail sur l'idéologie utilisée pour appréhender le phénomène djihadiste, nous avons confirmé plus haut que les interventions militaires (qui sont d'ailleurs contestées par les spécialistes du droit international) ne sont pas la solution, mais aussi par le prisme d'un travail sur le terrain en donnant les moyens aux acteurs compétents afin d'apporter des solutions vers le bas, comme la mise en place de formations en lien avec ce qui se passe en Syrie et sur l'islam notamment.

Le biais médiatique devrait être un moyen à utiliser en créant des émissions en ce sens et afin de ne pas être réduit à de l'information continue mais à une analyse en profondeur de ce qui se passe ainsi que les nuances nécessaires à une meilleure cohésion sociale.

Au niveau citoyen:

Chaque individu va devoir apprendre à vivre avec ce climat non sécuritaire et où la cible pourrait être n'importe qui, peu importe la croyance ou l'origine.

Il y a un système qui semble clairement ne plus fonctionner, ce qui explique le chaos ici et là.

Cette situation permettra peut-être du changement, cela dépendra de chacun d'entre nous et de la manière dont nous souhaitons contribuer à l'avenir.

Ainsi, la responsabilité de chaque personne et entité est essentiel durant cette phase.

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L'Afghanistan dans les années 60
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