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La pratique du jeûne à l'étranger: Un problème sociétal?

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MOSQUEE MOON
ASSOCIATED PRESS
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Depuis quelques jours, les personnes de confession musulmane ont entamé un mois particulier, le mois de Ramadan.

C'est l'occasion pour les vendeurs d'étaler leurs meilleurs produits de consommation (alimentaire) à cette clientèle, pour d'autres, de remettre en question cette pratique au nom d'une nation neutre (mais dont on oublie son pluralisme social et ses droits) ou encore d'entendre des remises en question de cette pratique qui, - toujours selon ces derniers- pose de réelles questions à notre époque et dans notre contexte.

Mais concrètement, de quoi s'agit-il?

Durant ce mois nommé "Ramadan" (il aurait pu s'appeler Juin mais c'est le nom de base d'un mois du calendrier musulman qui est lunaire), plusieurs aspects sont travaillés par les personnes qui adhèrent à la spiritualité musulmane, dont l'un de ses éléments est le jeûne.

En effet, dans le Coran, Sourate 2, verset 183, il est clairement question de "l'abstention de toute boisson, de toute nourriture, de tabac et de relations sexuelles, (qui) doit être observée pendant un mois et durant la journée, depuis l'apparition de l'aube jusqu'au coucher du soleil".

D'autres versets évoquent tout de même l'exception de personnes qui ont une petite santé, les enfants ou les personnes âgées, les voyageurs et enfin, les femmes qui ont leurs menstrues. L'idée principale étant de ne pas imposer cet effort physique à ceux qui n'en sont pas capable.

Inutile donc de rappeler que la pratique du jeûne est un acte volontaire et qui s'inscrit dans la même philosophie de vie que le carême qu'il soit catholique ou orthodoxe et qu'il s'agit aussi, d'un pilier de l'islam.

Notons également, qu'au-delà du spirituel, la pratique du jeûne durant le mois de Ramadan est devenue un acte traditionnel et culturel pour grand nombre, de part son originalité, ses ambiances chaleureuses et ses retrouvailles entre les personnes et familles.

Enfin, si jeûner est une obligation plusieurs enseignements peuvent expliquer la démarche: une expérience permettant de se mettre à la place des plus démunis, un bienfait pour la santé et le corps (à condition de ne pas se goinfrer le soir venu et de ne pas être les consommateurs tant espérés de certains vendeurs) et un mode de fonctionnement limité dans le temps pour travailler ses limites ainsi qu'acquérir une discipline de vie, principalement.

Vouloir retravailler la question du jeûne, c'est finalement penser, que des circonstances et des exceptions à cette pratique n'ont jamais existé et en cela, il y a erreur: que chacun puisse prendre ses responsabilités dans la pratique du jeûne de ce mois et d'entendre au plus profond de soi-même s'il en est capable, s'il le souhaite ou pas, sont des réflexions et des règles qui existent déjà. Le rappeler est toutefois, une bonne chose.

Si le jeûne est une pratique durant le mois de Ramadan, il est à noter que d'autres efforts sont pratiqués, comme par exemple le travail sur soi.

Moins apparent, peut-être, il s'agit pourtant d'un autre élément central de ce mois sacré aux nombreux bienfaits pour les croyants (peu importe d'ailleurs leur niveau de "religiosité", oui, il faut encore le souligner).

C'est aussi durant cette période qu'une partie des personnes de confession musulmane, se retrouvent pour prier (dans les mosquées ou chez elles) ensemble leur Seigneur afin de devenir meilleur, mais aussi partager et faire don de leurs services aux plus démunis.

Enfin, si la remise en question de cette pratique au nom de la neutralité peut faire sens auprès de certains individus, il serait peut-être intéressant de rappeler que nous sommes encore dans un État de droits, qui est censé respecter les libertés des individus à croire ou à ne pas croire mais surtout de pratiquer et d'avoir un comportement propre à leur personne et leur mode de vie.

Rappelons notamment le droit des minorités religieuses (oui l'islam, bien qu'on en parle souvent, reste encore une minorité de 6 % en Belgique et de 4% en Europe) à pouvoir être avec leurs particularités et à faire tenir leurs spécificités qui impliquent justement leur identité.

Bien entendu, si le risque de développer des micro-souverains au sein même de ces minorités est une réalité, il est à noter que la spécificité de la communauté musulmane (exception faite d'une minorité), c'est qu'il n'y a pas de souverain... Les libertés individuelles sont donc une garantie et une démarche de base pour un croyant: choisir de croire ou de ne pas croire, décider de pratiquer ou de ne pas pratiquer.

Il semblait nécessaire de faire le point sur ce sujet, qui anime les esprits des chercheurs de consommateurs (dorénavant modérés, espérons-le) aux partisans de la neutralité radicale (finalement convaincus ?) pour enfin terminer aux penseurs (qui ont oublié qu'il existait de tout temps, d'autres penseurs et déjà des réponses à ces questions)....

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