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Le récit Olympique de Taoufik Makhloufi prend l'étoffe des plus grands

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taoufik makhloufi

Rien n'est jamais écrit. Taoufik Makhloufi aurait sans doute signé, comme moi dans mon précédent blog, pour une 2e médaille d'argent à Rio de Janeiro sur le 1500 m. Mais pas pour être derrière un autre que Asbel Kiprop. Sensation complexe. Le favori Kenyan englué dans un train de championnat cadet, Taoufik aurait pu gagner. Il aurait pu tout perdre aussi. Comme Kiprop punit d'avoir refusé d'assumer son statut de maître de la distance depuis 4 ans.

Le 1500 m de Rio de Janeiro m'a réveillé le souvenir pénible de celui de Barcelone en 1992. Archi favori, Nourredine Morceli devait compléter le festival algérien inauguré par Hassiba Boulmerka. Comme Kiprop, il a sous-estimé le danger d'un train trop lent. Pire que le Kenyan il a réagit trop tard en sortant dans le 3e couloir dans le dernier virage. Au grand bonheur de l'espagnol Fermin Cacho. Un finisseur à l'affût pour le grand jour.

Taoufik Makhloufi n'est pas Cacho. Il a déjà couru le 1500 m en 3m28s75. 6e meilleure performance de tous les temps sur la distance. L'allure de grévistes de la course du premier kilomètre l'incommodait. Elle remettait tout le monde en position de gagner. Une affaire de dernier 400 m abordé sans dette d'oxygène rédhibitoire pour la concurrence.

Mais Makhloufi est resté fidèle à son plan de course. Calqué sur celui du favori kenyan. Trop longtemps? C'est lui qui nous le dira plus tard. L'accélération lointaine tentée par l'américain Matthew Centrowitz, lui l'a essayé à Pékin aux championnats du monde en août dernier. Elle a été désastreuse sur le finish. Cette fois payante pour l'Outsider Centrowiz, vainqueur en 3m50 s d'une finale de la lenteur. Inutile de chercher la raison dans les signes astraux. L'allure famélique du premier kilomètre autorisait toutes les prises de risque à la cloche. Et les récompensait.

Il ne faut surtout ne rien regretter. Makhloufi ne peut pas ne pas se dire qu'avec un tel scénario il aurait pu conserver son titre olympique sur 1500m s'il avait fait l'impasse sur le 800 m. Il a bien fait d'assurer le premier podium. Rien n'est jamais écrit.

Asbel Kiprop est le second meilleur performeur de tous les temps sur la distance. Juste derrière les 3m26 de Hicham El Guerroudj. Il aurait pu lâcher les chevaux aux premiers 400 m et faire exploser la course pour le meilleur et pour le pire. Peut être que Makhloufi se serait alors ressentit de sa fatigue de six courses cumulées. Et perdu le podium.

Ne rien regretter surtout. Autour du champion algérien, les dernières 48 h au stade olympique de Rio étaient jonchées de rêves brisés. L'éthiopienne Almaz Ayana stratosphérique sur le 10 000 m est repartie seule au bout de 2 km sur le 5 000 m pour un nouveau contre la montre à l'assaut des 14m11s record du monde de la distance. Elle a oublié ses deux concurrentes kenyanes. Eux pas. Ordre inversé à l'arrivée. Sa compatriote, la jeune Dibaba, recordwoman du 1500 m depuis mai 2015 à Monaco, a été aussi battue sur la distance. Après avoir attaqué de loin.

Le panache, pas plus que l'attentisme, opportuniste n'est certain d'être payé en retour. Rien n'est jamais écrit. Le dernier relayeur Botswanais du 4x400 s'est enflammé dans un stade olympique incrédule. Deuxième au dernier passage, il a pris le sillage de LaShwan Merrit. Et s'en est dangereusement rapproché aux 200m. Le relais du Botswana champion olympique devant les USA ? Lui y a cru. Il a couru hors du temps. Et de la gravité. Avant de retomber lourdement sur terre. Paralysé par l'acide lactique, il laissait passer dans les 30 derniers mètres les relais de la Jamaïque, du Bahamas et de la Pologne.

Taoufik Makhloufi a couru avec une infinie justesse à Rio De Janeiro. Sur 800 m, il s'est adapté au train d'enfer de Kipteker premier étage de lancement de la fusée Rudisha. Et a réalisé un chrono étourdissant. Sur 1500 m, il a évité le piège de la glue, qui a fait tomber au sol Kwemoi, l'autre Kenyan prétendant au podium, et noyé Kiprop dans la médiocrité de l'allure.

Seul, il a fait exister l'Algérie dans la compétition des médailles. Son empreinte sur le demi fond mondial s'est approfondie. Il peut regarder désormais du côté des plus grands. Et construire son récit olympique. L'inusable Bernard Lagat a remporté ce même soir de samedi, une troisième médaille olympique, cette fois sur le 5000 m. En décembre prochain il fera 42 ans. Makhloufi en aura 32 à Tokyo en 2020.

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