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Simone Biles : le Bolchoï refoulé à Rio de Janeiro

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simone biles

Je suis comme tout le monde. Je regarde la gymnastique une fois tous les quatre ans. Injustice ? Peut être pas tant que cela. Il y'a d'étincelantes disciplines olympiques qui déclinent à l'audimat. On ne sait jamais trop pourquoi. La boxe à cause des scandales de l'arbitrage ? L'haltérophilie sous les montagnes de soupçons de dopage ?

Simone Biles est la nouvelle étoile de la gymnastique mondiale. Elle a conduit cette nuit de mardi l'escadrille américaine vers l'or olympique dans le très prestigieux concours générale par équipes. Sa silhouette seule condense la mutation de la discipline. 19 ans, 1,45 m, 47 kg, et les cuisses de l'haltérophile chinois Zhuyong qui enlevait au même moment le concours des moins de 69 kg.

Dissonance visuelle. Bien sûr, Simone Biles a arraché de longues exclamations au public brésilien. En particulier sur cette première diagonale à l'exercice au sol, ou elle a failli ne jamais redescendre sur terre. Tant elle est allée haut. Avec de tels appuis, la verticalité devient un moment de méditation.

L'intitulé précis de cette discipline olympique majeure est "gymnastique artistique". Elle a pris l'option inverse. Celle de la performance athlétique pure. Impressionnant, peu émouvant. Il y' a une matrice originel de l'art qui s'est dissous dans la course aux médailles. Elle combine la difficulté innovante, l'exécution parfaite, et un supplément subliminal qui change tout. Et qui a fait longtemps durant de la gymnastique féminine un des moments les plus lyrique des Jeux Olympiques.

Cet ingrédient suranné, la grâce, a habité des corps de grandes championnes olympiques. La biélorusse Svetlana Boginskaïa en est une des dernières incarnations. Elle a enchanté Séoul 88 et Barcelone 92. Comparatif immédiat avec Simone Biles sur Youtube. Et tout alors devient limpide. Voilà pourquoi la gymnastique peine à préserver son statut dans l'audimat olympique. Elle a commis le péché de renoncer à ses prêtresses de la beauté en lévitation.

Ludmilla Tourisheva (Munich 1972), Nadia Comaneci (Montreal 1976) se détachent dans l'imaginaire populaire. Elles ne sont pas autant musculeuse, et ne peuvent pas monter aussi haut dans les airs que Simone Biles. Elles ont approché le divin par la grâce. Ce n'est pas un hasard si le titre par équipes féminine a été remporté 10 fois entre 1952 et 1992 par l'Union Soviétique. Influence du dopage ? Non. Philosophie du Bolchoï.

Svetlana Boginskaïa, pour revenir à l'évanescente danseuse sur agrès, a rencontré le secret du geste ample au patinage artistique avant de partir, à 14 ans, de sa Biélorussie vers Moscou et la gymnastique. Chaque discipline olympique construit sa modernité avec ses artisans. Les maîtres originaux de l'art veillent de loin. Parfois ils se sentent trahi, comme en judo ou la force physique a fini par primer sur la panoplie des mouvements techniques. Souvent, un apôtre lointain parmi les épigones surgit et leur renvoie la lumière. Ce ne sera pas Simone Biles.

La petite pile atomique américaine va faire sa petite moisson de médailles à Rio. Dans leur temple de la gymnastique artistique, les maîtres de l'art garderont la zapette en main.

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