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Pourquoi je ne suis pas parti voir Idir

Publication: Mis à jour:
IDIR
David Wolff - Patrick via Getty Images
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A l'origine du texte un tweet sur le retour de Idir.

Suivra un long échange sur ma page facebook qui imposera l'explication qui suit:

Encore une fois le retour artistique de Idir en Algérie est une bonne nouvelle. Je ne pense pas qu'il se fasse pour des raisons de fric comme cela s'est écrit dans cette conversation. Idir aime son pays et il est heureux d'y revenir.

Politiquement il nous est même très utile (en tout cas à ceux qui tiennent à l'unité de l'Algérie) puisqu'il pense et défend l'idée qu'il est possible de vivre pleinement son identité amazigh dans le cadre de l'Algérie. Il dit, à ce propos, des choses trés intéressantes dans son entretien à TSA.

Je ne vais pas le voir parce qu'il n'est pas venu me voir quand j'avais besoin de lui. Et pendant trop longtemps. C'est une marque d'amour non? C'est personnel comme attitude (aux autres d'y voir ou pas une démarche de gourou).

Je dis qu'il s'est trompé sur la capacité de ses compatriotes à faire le chemin qu'ils ont fait depuis 30 ans vers une forme de modernité complexe.. avancée du pluralisme culturelle et linguistique, nouveaux espaces d'expression et de résistance sociale, résilience face aux atavismes archaïques de l'islamisme le plus rétrograde.

Idir n'a pas daigné arpenter ce chemin avec les siens pendant toutes ses années. Je crois intimement qu'il pensait l'affaire perdue. Il les a regardé de loin ferrailler avec tous les destins morbides. Je l'ai peu senti concerné. Je ne peux pas oublier combien les concerts en Algérie de nos autres grandes stars nous ont fait du bien lorsque nous étions dans le doute. Lorsqu'il était minuit dans notre siècle.

Hasni a enflammé le stade du 5 Juillet en 1993, Khaled, Mami, ont bougé dans le monde mais ils sont toujours revenus entretenir la flamme ici. Je ne parle pas de Maatoub, c'est une autre dimension. Ait Menguellet a fait de la prison dans les années 80 pour un chef d'accusation fallacieux et il a maintenu son lien avec son public malgré tout ce qu'il pense du régime qui sévit en Algérie.

Majda al-Roumi conservera une éternelle côte d'amour en Algérie pour avoir été la première star de niveau mondial à chanter (et comment) en Algérie en plein guerre civile. La coupole en tremble encore.

Idir a laissé comprendre que sa touche à lui, pour être utile à son pays, était de na pas cautionner son pouvoir en ne venant pas chanter officiellement' en Algérie (bien sur il venait assez régulièrement dans les années 2000 en visites privées). C'est en cela que je dis qu'il s'est trompé. Il n'a pas vu l'énergie et la demande des populations qui aiment son art. Et qui résiste dignement en Algérie. Il s'est juste aseptisé en ne fréquentant pas la scène algérienne du régime autoritaire. Comme s'il fallait ne pas aller chanter à Pretoria ou à Tel Aviv pour ne pas apporter sa caution à l'Apartheid ou à l 'occupation. Je me trompe peut-être. Mais c'est ainsi que j'ai vécu ce que j'appelle un "long boycott artistique".

Idir est prodigieux et nous l'aimons. Nous sommes sévères avec ceux que nous aimons. S'il rétablit une relation normale avec son public dans son pays, j'irai le voir avec plaisir. Pas la première fois. Cela aussi est un code kabyle... nous sommes tous travaillés par nos gènes.

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