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Makhloufi avec l'argent sous le règne Kiprop? Je signe

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taoufik makhloufi

L'Algérie n'aura pas de médaille en or à Rio. C'est Taoufik Makhloufi qui a subtilement tenté de l'insinuer après sa qualification laborieuse en finale du 1500m. Fatigué.

Lui poursuit son agenda. Il n'était pas le meilleur durant la saison sur le 800m. Il y arraché une médaille d'argent devant des spécialistes. Il n'est pas le meilleur non plus cette année sur le 1500m. Il va défendre une place sur le podium.

De préférence la seconde. Le Kenyan Asbel Kiprop est depuis Pékin 2008 le Rushida du 1500 m. Un Miler atypique. Longiligne mais véloce. Amplitude de foulée hors gabarit. L'inverse de Taoufik, compact et tout en fréquence. A Londres en 2012, Kiprop revenait d'une blessure et n'a pu défendre ses chances en finale. Parenthèse refermée.

Le nouveau vice champion olympique du 800m se fracasse sur le cas Kiprop depuis Londres 2012. Course rapide, course lente : il finit toujours derrière lui. A Pékin pour les championnats du monde l'année dernière, il a tenté un coup. Il est parti seul à la cloche. Et s'est fait éjecter du podium dans les 50 derniers mètres.

Taoufik Makhloufi a donc fait une grande rupture philosophique. Il a déjà étreint la gloire du champion.
A Rio, il a décidé de courir une autre postérité. Celle de la collection des podiums. Pas de l'or. Résolution gagnante. Qu'il ne va pas abandonner cette nuit dans le sillage de l'échassier Kiprop. Il sait qu'il risque de tout perdre, comme à Pékin, à vouloir forcer son destin.

Comme pour le 800 m, le scénario de la course va être écrit par les Kenyans. Rudisha avait demandé un train d'enfer au premier 400m pour se protéger d'un finisseur irradié par les feux de l'Olympe. Cela a donné un 800m vertigineux.

Un scénario équivalent sur le 1500 m n'est pas acquis. Il faudrait prendre le risque de sacrifier, avec Kwemoi, une autre médaille pour le Kenya. Alors que Asbel Kiprop peut autant gagner sur un seul tour terminal après un train lent. Et laisser son compatriote dans le coup pour un doublé. Un train par à coups est donc une option plus forte. Elle laisse la porte ouverte au doute dans les 200 derniers mètres. Tant mieux pour le spectacle.

Makhloufi engage cette nuit sa sixième course en neuf jours. Il redoute le trou d'air fatidique. Etre émoussé au moment de devoir, dans les 50 derniers mètres, maintenir sa belle vitesse terminale. Dans une finale olympique cela ne pardonne jamais. Il va, dans l'anaérobie, rester à l'écoute de son corps. Avant de répondre à la même question existentielle. Suivre (jusqu'où ?) ou laisser filer (jusqu'à quand ?).

Il a pour lui un atout qui comptera dans la nuit tropicale du stade olympique. La sérénité d'un grand champion qui a déjà réussit ses jeux. Et qui tutoie l'Histoire. Taoufik Makhloufi aura le relâchement avec lui. Le relâchement, grand ami de la fibre musculaire rapide. Celle que sollicite de plus en plus les Miler pour terminer en sprinters la reine des courses du demi fond.

L'Algérie n'aura donc, sauf incident, pas l'or à Rio en 2016. Elle aura, et c'est plus que consolant, un champion de la constance et de l'adaptation. Cela est plus conforme à ce que fabrique le sport olympique algérien en ce moment. Plus authentique que l'or orphelin de Londres.

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