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"L'Algérie rêvée" commence cette semaine avec le chèque obligatoire

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Maghreb Emergent
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Nous sommes le 05 juillet 2032. L'Algérie fête ses 80 ans d'indépendance. La semaine a été très bonne. Scènes de liesse dans tout le pays.

Le comité exécutif de la FIFA a attribué la coupe du monde de 2038 à la candidature Algérie-Tunisie. Meilleur dossier. Les autres candidatures africaines, L'Egypte, le Nigéria et le Maroc n'offraient pas les mêmes garanties de succès. Qualité des équipements, Infrastructures d'accueil et de transport, numérisation des services, adhésions des populations, sécurité et respect des droits humains, le ticket Algérie-Tunisie a profité en particulier des 15 années de croissance forte de l'Algérie et de la forte intégration des deux économies pour s'imposer.

Semaine encore bonne. L'Algérie a intégré le board de la banque internationale des pays émergents, les ex-BRICS qu'elle a rejoint depuis deux ans. Les pays membres veulent bénéficier de l'expertise algérienne dans le soutien au développement ou elle a excellé les dix dernières années contribuant à tirer les pays du sahel, Mali et Niger en priorité, de la pauvreté : routes ; accès à l'eau, formation, investissements multiples, intégration régionale, l'écart de richesse s'est réduit avec le nord du Sahara.

La place off-shore de Tamanrasset, 1 million d'habitant, est le plus grand centre de négoce mondial de produits africains. Le nouveau port du centre, à Cap Djinet s'est spécialisé dans l'exportation des produits subsahariens en plus de ceux de la nouvelle industrie algérienne des produits à haute valeur ajoutée. 16 milliards de dollars au premier semestre 2032. Sonelgaz a organisé un événement presse pour célébrer sa cinquième année consécutive sans la moindre coupure de courant.

La présidente du groupe, côté à la bourse d'Alger, en a profité pour rappeler que la part de l'électricité verte distribuée sur le réseau est passée au dessus des 20% au mois de mai dernier. 4 GW d'électricité solaire ont été exporté vers l'Europe l'année dernière.

Bonnes nouvelles de la bourse d'Alger également cette semaine ou Bled.data, la start up née à Sidi Abdellah en 2017, a bouclé son opération d'offre publique d'achat amical sur la filiale IT Contents du groupe Cevital. 52 dinars de plus value par action pour les nouveaux acquéreurs.

La transaction a tiré vers le haut toute la place qui a fait passer à son indice le cap des 4000 points et à sa valorisation globale celui des 400 milliards de dollars. Cevital de son côté se concentre sur son effort d'investissement dans l'industrie des robots de nouvelle génération et devrait annoncer l'acquisition du sud coréen Cyb.on, détenteur de brevets clés, avant la fin du mois.

Dans l'actualité de la semaine, les chiffres du tourisme ont continué leur essor au premier semestre 2032. Depuis l'achèvement de la rénovation de la Casbah, la destination Alger continue de tirer le tourisme urbain étranger avec 1,8 million de visiteurs sur les 5 premiers mois, tandis que la côte-est de Mostaganem enregistre l'implantation d'un nouveau major des Ressorts-balnéaire.

Les Algériens également ont dépensé un peu plus en voyages et en temps de loisirs durant ce premier semestre. Le week-end à Tanger est depuis le début de l'année le premier produit dans les agences, grâce à la connexion du TGV algérien au réseau rapide marocain. La réouverture de la frontière terrestre en 2017 a permis de multiplier par 122 les échanges commerciaux entre les deux pays. Naftal a annoncé avoir réalisé 30% de son chiffre d'affaire à l'international dont 11% sur le marché marocain ou elle implantée depuis 2024.

Nous sommes le 05 juillet 2015. Et la semaine n'est pas plus bonne que d'habitude. L'exercice du premier paragraphe est une contribution festive de cette chronique à "cet appel à espoir" lancé cette semaine, sans concertation, à la fois par Nabni et par Ahmed Benbitour.

Le think tank citoyen a inauguré "l'Algérie rêvée", un grand sondage-réflexion sur l'avenir que voudraient partager les Algériens. L'ancien chef du gouvernement sort un livre intitulé "Algérie, l'espoir", ou il met en lumière des raisons de croire en un avenir plus radieux que celui que promet la conjoncture de cette année.

Nous sommes donc bien le 05 juillet 2015 et l'Algérie n'a que 53 ans d'indépendance. Et un niveau du débat public à perdre espoir. En temps "normal", cette chronique aurait traité de l'obligation du chèque. Jugée pas réaliste par des députés importateurs et d'autres porte voix de l'Algérie grise.

Les arguments contre l'obligation du chèque - pour des transactions de plus de un million de dinars hors immobilier - sont connus. Cela va ralentir la distribution et en règle générale le business, car avec le liquide tout va plus vite. Il faudrait donc plus d'agences bancaires, plus de vitesse dans la télé-compensation des chèques, avant de les rendre obligatoires. Sauf que les acteurs du secteur bancaire disent l'inverse.

Sans obligation légale pour faire passer les flux financiers par les banques pourquoi étendre - à gros frais - le réseau des agences bancaires dans le pays. Le volume d'affaire traitée par les banques ne progressant pas au même rythme. Nous sommes en juillet 2015 et le débat en est là.

Chèque obligatoire ou pas. Ailleurs, chez les voisins par exemple, l'enjeu est celui du niveau de dématérialisation des transactions financières. Ahmed Benbitour a proposé, cette semaine sur RadioM, de faire le saut par-dessus le chèque pour aller plus vite vers le paiement électronique. Oui, mais, pour payer à distance, il faut avoir un compte en banque.

L'obligation de passer par la banque pour ses transactions est le vrai enjeu. Le chèque en est juste une porte d'entrée. Le refuser, c'est refuser d'avance d'aller plus loin dans la transparence. Ce qui n'est pas réaliste, c'est d'avoir autant reporté l'obligation du chèque dans les transactions importantes.

Il y a deux types de gouvernements. Ceux qui appellent leur opinion à la rescousse et ne redoutent pas leur jugement, et les autres. Le gouvernement grec de gauche radicale n'a pas peur de la sanction populaire. Au moment où paraîtra cette chronique il aura convaincu ses concitoyens à rejeter le 9e plan d'austérité des créanciers de la Grèce. Ou il aura échoué à le faire.

Et tombera du fait du désaveu. Mais, dans tous les cas de figure, Syriza aura laissé une belle trace dans l'exercice de la citoyenneté européenne à l'ère de l'Euro et de la puissance hors contrôle de la BCE, la banque centrale européenne qui a monopolisé l'acte régalien de battre monnaie.

Les politiques économiques qui engagent le destin des peuples ne peuvent pas se décider en vase clos. Ni à Bruxelles. Ni à Frankfurt.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, l'a bien compris. "L'enjeu de la Grèce c'est celui de la démocratie européenne, pas celui de dettes impayées". Car sur ce terrain, les créanciers savent qu'ils ne pourront jamais se faire rembourser le total de leurs créances. Et qu'ils devront renoncer à une partie de leur du pour laisser respirer l'économie de leur débiteur.

Pourquoi ont il reporté à chaque fois cette discussion sur la restructuration de la dette grecque ? Sans doute pour faire échouer un autre chemin possible en politique en Europe. Un chemin qui peut éclairer l'avenir algérien aussi. Car en attendant l'Algérie rêvée de 2032, il faudra déjà éviter le scénario grec dans les 05 prochaines années.

Cette chronique a été initialement publiée par le quotidien El Watan

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