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Comment l'Arabie Saoudite va sortir du piège pétrole avant l'Algérie

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DPENDANCE DU PTROLE
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Il existe de petits tests invisibles qui disent si la gouvernance algérienne a décidé ou pas encore de prendre la mesure des périls à venir. Ils disent tous la même chose. Rien de changer. La priorité du contrôle sur la société et sur la création des richesses continue de politiquement primer.

Le filtrage de l'investissement toujours en vigueur, le paiement en ligne toujours retardé, la prime aux corrompus amis toujours augmentée. C'est bien le signe que le gouvernement Sellal travaille sur le même agenda d'avant juin 2014 et le début du contre choc pétrolier.

L'actualité de la semaine est venue le rappeler. Il s'oppose politiquement à l'acquisition du groupe El Khabar par Issad Rebrab et son groupe et veut en faire une bataille judiciaire. La priorité n'est pas de relancer l'industrie de médias par la circulation des actifs mais de traquer les investisseurs hors clan présidentiel.

L'argument juridique du ministre de la communication est bien sûr risible lorsque l'on sait que Ali Haddad dispose de plus d'un journal et de plusieurs chaînes de TV. Du point de vue de la crise et de la nécessite de diversifier l'économie, le blocage de l'investissement de Rebrab dans El Khabar empêche le réinvestissement dans d'autres activités des capitaux apportés par Rebrab pour l' acquisition du groupe El Khabar.

Parmi les activités qui peuvent bénéficier de ces capitaux, un redéploiement des cofondateurs d'El Khabar dans l'édition numérique, l'avenir des médias. Non content d'avoir affaibli El Khabar parce que hostile à la mascarade du 4e mandat, le gouvernement Sellal empêche l'émergence d'un pan essentiel de la société de l'information de demain; les médias digitaux.

L'agenda anti diversification se poursuit avec le refus d'inscrire la reconnaissance de la signature électronique comme priorité stratégique de l'année 2016. Elle bloque la naissance du paiement électronique. Et un gisement immense de productivité de l'économie.

La ministre des PTIC a d'autres priorités. Prendre le contrôle de Algérie Telecom par exemple. Agenda Bouteflikien de contrôle sécuritaire de la vie civique. Le contre choc n'a, là aussi, rien changé. La gouvernance tourne toujours petit bras.

Flicage et courte vue. Mais là où l'incapacité du gouvernement à se hisser à la hauteur du défi de la fin de l'ère de la rente pétrolière devient un handicap chaotique c'est bien dans la transformation de l'impunité face à la corruption en un marqueur de gestion politique de la société.

Abdelmalek Sellal mobilise les moyens publics du gouvernement pour organiser et protéger la tournée nationale de Chakib Khelil dans les zaouïas du pays. Le parti communiste chinois a anticipé en 2013 le ralentissement de la croissance en lançant une campagne anti corruption afin de prévenir la diffusion d'un sentiment d'injustice en Chine.

La gouvernance Sellal en mode inertielle donne une prime additionnelle à la délinquance des ministres. Une anticipation sur quoi ? Sans doute pas sur la capacité du gouvernement a acheter encore plus de paix sociale. Les indices disent bien la même chose ; investissement, numérique, corruption, le gouvernement n'est pas revenu des années à 120 dollars le baril.

Il travaille toujours pour un cercle social de plus en plus restreint politiquement. Ce qui a fait la force des égrandesé années Bouteflika c'est l'élargissement de la base sociale du régime par l'emballement de la machine a redistribution de la rente. En sens inverse, ce qui fait la faiblesse ahurissante de sa fin de vie politique c'est la vitesse de destruction de cette base sociale.

L'Arabie Saoudite veut sortir de la dépendance pétrole en 15 ans et mobilise 2000 milliards de dollars pour cela. Il y a plusieurs manières d'appréhender cette annonce faite par le prince héritier Mohamed Ben Selmane la semaine dernière. La première est claire. Rien ne sera plus comme avant.

Le modèle de croissance économique bâti sur la redistribution de la rente pétrolière est en voix d'extension. Chez le premier exportateur mondial de pétrole détenteur des plus grandes réserves prouvées d'hydrocarbures. Renversement Copernicien. Ryad vient d'admettre symboliquement que la fin de l'ère du pétrole comme source principale d'énergie arrivera avant l'épuisement de ses propres réserves. A cause principalement de la pression anti-carbone qui est entrain de faire pencher tendanciellement les balances énergétiques vers le renouvelable partout dans le monde.

La seconde lecture, plus conjoncturelle, est tout aussi limpide. L'Arabie Saoudite se blinde contre la contrainte prix du pétrole. Ryad se prépare à une longue période de prix bas si les autres pays producteurs ne font pas leur part d'effort pour en réguler l'offre sur le marché mondial. De tous les points de vue, il s'agit d'un signal très fort pour les autres pays membres de l'Opep confrontés à la crise de leur modèle de croissance basé sur la rente énergétique.

Si le géant saoudien considère qu'il est urgent de sortir de la dépendance au pétrole, c'est que les autres sont déjà en retard. L'Algérie est bien sûr dans le lot des retardataires.

C'est le professeur Lamiri qui rappelait ce dimanche 1er mai dans un colloque international du RCD sur "le coût de la non intégration nord africaine" que la "décennie de la dernière chance", titre de son dernier livre, est déjà consommée à moitié.

A chaque pays son chemin de la réforme. Le déficit budgétaire saoudien a atteint 89 milliards de dollars en 2015, le gouvernement va céder 5% de Aramco pour lancer son fonds souverain.

Il va mobiliser l'épargne colossale des résidents étrangers au royaume et améliorer son attractivité pour les IDE. Riad engage surtout un virage spectaculaire vers l'électricité solaire. En engageant de front investissements et alignement des prix de l'énergie carbonée. Les algériens attendent la présentation du nouveau modèle économique algérien du gouvernement Sellal.

Il n'y aura pas 2000 milliards de dollars pour sortir de la dépendance au pétrole. Il faudra trouver d'autres facteurs de succès. Ils existent. Mais chacun sait, depuis longtemps, mais encore plus depuis peu, que ce n'est plus cette gouvernance du 4e mandat qui les mettra en œuvre.

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