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Brésil-Allemagne, rite exorciste à Maracanã pour convertir les JO

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olympic flame rio

Le CIO a provoqué un schisme religieux. Il a confié les jeux olympiques à une ville monothéiste. En sport. Rio de Janeiro aime la mer, le beach volley, le Christ et l'amour. Elle adore un seul Dieu. Et cela s'est vu. Malgré toutes les contorsions pour le cacher.

Jamais de mémoire de mes 13 olympiades cathodiques je n'ai vu un stade olympique aussi vide à des moments autant pleins de l'histoire de l'Athlétisme. L'IAAF et le comité d'organisation le redoutaient. Concurrence polythéiste téméraire. Ils ont tenté d'amadouer les croyants. Avant de les convertir. En vain.

Premier sacrilège, la flamme olympique a été laissé dans le temple du Dieu local. Sous prétexte que Maracanã se prêtait mieux aux deux cérémonies d'ouverture et de clôture. Jamais les athlètes du stade olympique n'ont subi une telle spoliation. Privés de la présence mystique de la flamme olympique. Le plus grand événement sportif auquel aura eu droit la flamme n'a pas été le nouveau sacre de Usain Bolt, son plus dévoué apôtre, mais la prochaine finale du tournoi de football. Un abus intégriste sans précédent.

Deuxième sacrilège. Des finales d'athlétisme en séance de matinée. Un artifice marketing pour éviter le stade à moitié vide. Contre productif. Les finales matinales ont été dépréciées dans une arène olympique à moitié pleine. Le record du monde asphyxiant de la jeune éthiopienne Almaz Ayana, sur 10 000 m, n'avaient pas plus que 25 000 témoins dans un stade pouvant en contenir plus du double.

Rien n'a pu renverser le primat du religieux. Même pas l'exploit le plus fou. Celui de Thiago Braz Da Silva, le jeune perchiste brésilien qui a fait, aux confins de la nuit, lever le stade olympique comme un stade de football. Mais qui a fait, à son corps défendant, siffler son illustre adversaire aussi comme dans un stade de football. Un autre sacrilège dans l'arène olympique que la présence de la flamme aurait peut être exorcisé.

Le CIO a échoué à faire tourner son grand-messe planétaire autour du stade olympique. Défection populaire. Les prix d'accès sont bien sur les premiers incriminés. Et pas l'adoration ex-communiante du Dieu local. Un geste stratégique aurait dû venir sauver le spectacle triste d'un tour d'honneur et presque d'Adieu de Usain Bolt devant des gradins clairsemés.

Et là survient l'autre guerre de chapelles. Celle de la télévision et des fuseaux horaires. Elle a sacrifié l'affluence populaire aux recettes des droits TV. En plaçant les plus belles finales de la natation et de l'athlétisme entre 22h et minuit locales, Rio de Janeiro s'est vendu au marché asiatique des droits TV. Diffusion matinale en Chine et au Japon. Au détriment de celui de l'Europe. A Londres les lumières du stade olympique s'éteignaient à 21h pour laisser la place aux meilleures affiches de sport Co.

A Rio de Janeiro, la télévision a définitivement mis sa main sur les jeux. Des jeux plus beaux à l'écran qu'in Situ ? Avec le triathlon sur Copacabana définitivement oui. Ce sera le cœur des dossiers en concurrence dans l'avenir pour arracher l'organisation des JO. La "télévisualité" des sites et de la ville qui les abrite. Puisque le "vrai" public commercial des Jeux est ailleurs que sur leur site in vivo.

Le Dieu de l'Olympe est plus puissant que le Dieu local. Les brésiliens sont restés monothéistes ? Il les a renvoyés à leur traumatisme de la foi. Le Brésil convalescent rencontre l'Allemagne en finale du tournoi de football ce samedi soir. Grande séance nationale de catharsis. Où les places vides dans Maracanã cessent d'être un souci pour les plans TV. Pour faire planer la charge du drame communautaire sur le totem au cinq anneaux.

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