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Ali Haddad arrive et l'investissement s'ouvre, bonne ou mauvaise nouvelle?

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ALI HADDAD
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Une étude classe l'Algérie pays le plus hostile à la liberté économique en Afrique du Nord. Rien de surprenant, des métiers clés sont toujours interdits en 2015 à l'investissement privé. Et sinistrés par la crise du quasi monopole public. Les banques, les radios, les compagnies aériennes, les instituts de sondage, les fonds d'investissement, les providers internet, les services GPS, le transport maritime, la distribution cinématographique, le commerce en ligne, l'enseignement universitaire... La liste peut être excessivement longue.

L'une des tâches que s'est promis d'engager le nouveau président du Forum des chefs d'entreprise, Ali Haddad, est d'ouvrir l'investissement là où il est fermé. Tout le monde se souvient de son coup de menton vers Amar Ghoul lorsqu'il a évoqué la prochaine ouverture du ciel algérien aux privés nationaux, lors de son historique discours d'investiture à l'hôtel Aurassi. C'est chose faite. Sur le principe, les privés algériens pourront bientôt créer des compagnies de transport aérien et maritime. "D'autres verrous vont sauter" promet l'entourage du patron de l'ETRHB.

Comment expliquer cette soudaine évolution du capitalisme algérien? La pression brutale qu'exerce depuis quelques semaines la plongée des cours du brut vient la première à l'esprit. Nécessité de laisser au privé ce que l'État ne sait pas faire. Il y a sans doute de cela. Mais alors pourquoi l'État n'a pas réagi comme cela en 2008-2009, lorsque les cours sont passés de 147 dollars le baril à moins de 40 dollars pour cause de crise financière planétaire?

La vérité est que, Abdelaziz Bouteflika en arrivant au pouvoir, a veillé à formater le champ du capitalisme algérien à son seul avantage. Les amis politiques oui, les autres non. Il lui a fallu près de dix ans pour mettre totalement au pas le monde des affaires. Aujourd'hui qu'il est dominé par la famille présidentielle, via la gouvernance du FCE, l'ouverture de l'investissement au privé devient plus opportune, l'argument de la nécessaire diversification aidant.

Elle profitera en priorité aux amis. Les annonces d'ouverture du champ de l'investissement sont de bonnes annonces. Elles promettent du dynamisme économique. À condition que les acteurs qui feront bouger ces nouvelles filières soient les bons. Leur identité n'est pas banale. En gros, ils peuvent apporter l'ADN industriel de Cevital ou celui, spéculatif, du groupe Khalifa. L'histoire n'est pas la même ensuite. Tout le monde le sait.

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L'Algérie a déboursé 2,6 milliards pour s'emparer de 51% de Djezzy. Gros clivage chez les spécialistes. Les pour et les contre. Les premiers calculent les économies en devises que cette acquisition permet à la balance des paiements sur la longue durée en divisant par deux les futurs rapatriements de dividendes de Vimplecom. Les seconds rétorquent que le gros de la profitabilité de Djezzy est derrière lui et que son coût d'acquisition devait être justifié par son avenir et non par les bilans passés. Or l'avenir est peu lisible. En retard dans son déploiement de la 3G pour cause de guerre de guérilla administrative, Djezzy n'est pas certain de conserver sa place de leader d'un marché qui va consommer progressivement plus de data que de voix.

Le FNI qui devient l'actionnaire majoritaire de Djezzy a levé 160 milliards de dinars auprès des institutionnels sur le marché financier pour boucler son opération. C'est un montant qui manquera à l'appel à la Bourse d'Alger lorsque de nouvelles entrées d'entreprises publiques -annoncées pour cette année- seront engagées. Il y avait sans doute mieux à faire que de nationaliser Djezzy. Juste l'algérianiser. Mais là aussi, la logique du contrôle du capitalisme national par le politique a joué.

L'investisseur algérien qui était déjà dans le tour de table de Djezzy n'était pas "le bon", selon les critères des années Bouteflika. Résultat, la nationalisation de Djezzy, décidée sur un coup de colère présidentiel en 2009, arrive totalement à contretemps. Au moment où l'État cherche à faire des économies de court terme et à impliquer plus l'épargne privée nationale dans l'investissement, il sort un chèque astronomique et se trouve contraint de laisser Cevital exporter à l'étranger sa part dans le capital de Djezzy. Du grand art.

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Le volontarisme du FCE de l'ère Haddad va-t-il arriver jusque-là? Jusqu'à faire annuler une disposition de la loi de finances pour 2015 qu'une majorité de chefs d'entreprise dénoncent. Il s'agit de l'unification du taux de l'impôt sur le bénéfice des sociétés, l'IBS. Il était plus élevé pour les importateurs. Il est désormais équivalent, à 23%, pour les importateurs et pour les producteurs.

Un contre sens pour qui veut inciter à produire algérien. "Mesure de simplification" s'est défendue l'administration fiscale. La délégation qui a rendu visite aux députés la semaine dernière a évoqué le sujet. Avec d'autant plus de véhémence que ce nouveau taux unifié de l'IBS sera, zèle ministériel, appliqué avec effet rétroactif.

C'est-à-dire sur l'exercice comptable de l'année 2014. Anticonstitutionnel. On ne sait pas si Ali Haddad a évoqué devant le vieux Larbi Ould Khelifa, le bon article de la constitution qui interdit l'effet rétroactif de la loi. Une chose est sûre, le taux unifié de l'IBS à 23%, est déjà en ballotage défavorable. Et cela, c'est Ali Haddad en personne qui le dit.

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Ce billet a été publié précédemment sur El-Watan.

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