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2016 l'année où l'Algérie va écouter Aït Ahmed sur un point : le Maghreb

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La génération de Hocine Aït Ahmed est celle qui a toujours envisagé l'accomplissement du destin algérien dans celui du Maghreb. Un projet réanimé en 1989 et politiquement abandonné depuis vingt et un ans et le maudit attentat de Marrakech d'août 1994.

Là aussi le cycle est connu. L'Algérie a été plus "maghrebine" par conjoncture de crise des revenus énergétiques. L'excédent rentier la rend sectaire et refermée sur elle. Ses voisins ne sont pas exempts de reproches.

Vrai pour le Maroc du Makhzen qui a restauré le visa en plein faiblesse algérienne en 1994, et de la Tunisie de Ben Ali qui a "pris" les touristes algériens tout en restant inhospitalière pour les produits et les petits investissements des voisins en difficulté.

Chaque pays donc compte ses petites lâchetés à l'égard du grand dessein de l'unité maghrebine. Tout en répétant que nul salut n'existe pour chacun seul. Ce qui est bien le cœur invariable depuis la nuit coloniale de toute prospective Maghrébine.

En 2016 la crise combinée des modèles tunisien (Tourisme et sous-traitance ) et algérien (export énergie) est une fenêtre de tir historique pour un saut inédit dans l'intégration. Un gouvernement algérien éclairé -à venir- devrait en faire une priorité stratégique. Il serait légitime aujourd'hui de demander aux tunisiens d'avancer sans les Marocains. Non pas pour exclure le Maroc, mais pour pouvoir rapidement lui proposer un modèle attractif d'intégration construit à deux.

Alger et Tunis ont perdu beaucoup de temps. Ce n'est plus la faute à la Tunisie révolutionnaire qui a fait une proposition historique en 2012 à travers son président de la transition Moncef Marzougui. Celle de l'application des 05 libertés. Elles pourraient se résumer en une formule technique, l'union douanière. Elle garantirait en cinq ans la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux entre les deux pays.

La liste des opportunités pour l'économie algérienne est inexplorée : diversification des activités industrielles, apprentissage de l'exportation, essor du tourisme croisé, mise à niveau des terminaux portuaires, rattrapage numérique, formation des élites.

Une stratégie de croissance par l'ouverture différenciée du marché maghrébin verrait l'Algérie proposer des fiançailles tarifaires à la Tunisie (Union Douanière) et une normalisation commerciale au Maroc.

Le maintien de la frontière terrestre fermée avec l'Algérie durant 21 ans n'a pas permis d'infléchir le Maroc sur sa prétention à annexer le Sahara Occidental. En 2016, il faut bien en tirer le bilan. Une politique commerciale, puis économique, de co-prospérité a peut être plus de chance d'obtenir les inflexions inévitables que devra faire la monarchie marocaine.

Comme cela a déjà été le cas entre 1989 et 1991 quand le roi Hassan II a fini par accepter le principe d'un référendum onusien d'autodétermination au Sahara Occidental ; dans un contexte de détente avec Alger.

Le rétablissement de la circulation des personnes et des biens à la frontière entre les deux pays ne peut pas signifier le renoncement au soutien à l'autodétermination du peuple Sahraoui. Elle signifie seulement un pari sur une autre voie vers cette solution ou le Maroc verrait se mettre en place les bienfaits de l'alternative stratégique d'un grand marché maghrébin face à un effort d'occupation sectaire, coûteux et sans issue depuis 40 ans.

Il faudrait pour cela aussi expliquer aux vieilles autorités algériennes avant qu'elles ne trépassent que l'écart de compétitivité entre les deux économies algériennes et marocaines n'est pas de nature à mettre en danger l'emploi en Algérie.

Les deux géants exportateurs vers l'Algérie que sont l'Union Européenne et la Chine sont infiniment plus nuisibles que les excédents marocains qui pourraient revenir en Algérie à la faveur d'une normalisation terrestre. De même qu'il faudrait expliquer aux anciens qui gouvernent l'Algérie que l'offre de biens et de services algérien qui a vocation à conquérir des parts de marché au Maroc n'est d'aucune commune mesure avec celle chétive de la période 1989-1994.

La frontière fermée punit commercialement plus l'Algérie que le Maroc. Mais le gouvernement ne le sait pas. Le professeur Mebtoul évalue à 600 millions de dollars de perte pour l'Algérie la baisse d'un dollar du prix moyen du baril sur une année.

Le gisement de croissance pour l'Algérie niché dans une union douanière avec la Tunisie à l'est et dans une reprise de l'activité normale à la frontière du Maroc à l'ouest équivaut à un point de PIB dans les estimations les plus basses. Même rapporté au PIB déclinant de 2016, cela vaut de trois à quatre dollars de plus au prix moyen du baril. S'il faut continuer à tout rapporter encore à cette exportation là.

La relance du marché maghrébin unifié, priorité stratégique de 2016 ? Ce serait une manière de se porter à hauteur d'intelligence de Hocine Aït Ahmed, après lui avoir unanimement tant reconnu de qualités.

2016 va être une année de transition dans la perception du monde de demain. Les pays et les grandes compagnies détenteurs des grands gisements d'hydrocarbures sont pris au piège du monde sans émission de carbone qui se prépare. Et dont l'activation a eu lieu à Paris en 2015. Ils sont dans la posture d'un gros producteur de ligne de vêtement en fin de série. Ou bien il accélère le déstockage pour épuiser les quantités restantes avant l'arrivée des nouvelles collections. Et dans ce cas il joue la baisse des prix. Ou bien il maintient ses marges de prix en écoulant dans des flux contrôlés ses produits et il court le risque de se retrouver avec des invendus colossaux débordé par l'arrivée de nouvelles modes.

L'Arabie Saoudite a choisi en 2014 le grand déstockage.

Agressée par l'arrivée de nouveaux acteurs qui ont profité des prix hauts du pétrole pour en devenir producteurs à leur tour. L'autre démarche, celle de réduire la production et de laisser les prix du pétrole remonter accélère l'arrivée de la nouvelle collection. Les énergies renouvelables qui ont deviennent concurrentielles sur le front des coûts de production.

En 2016, le monde commencera à comprendre que disposer de grandes quantités de réserves de pétrole est un facteur de stress aussi important que la situation inverse. Disposer de réserves fortement déclinantes.

L'Algérie est dans ce stress là. Entre les deux c'est le meilleur. Il dit qu'il faut hâter la transition pour sortir du carbone dans trente ou quarante ans. L'Algérie a, dans un abandon prématuré du tout-pétrole par la planète - beaucoup moins à perdre que l'Arabie Saoudite. Comme pour le Maghreb et le commerce terrestre avec le Maroc, son gouvernement ne le sait pas.

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