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2016 - La banque d'Algérie prévient : Le crédit rare autant que l'inflation

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Il n'y a pas de récession prévue de l'économie algérienne les deux prochaines années. C'est la bonne nouvelle de la semaine et c'est la banque mondiale qui le prédit. Mieux encore. La croissance, descendue à 2,8% en prévision de clôture de 2015 devrait rebondir en 2016 et en 2017 à 3,9% et à 4%.

Le pronostic de la banque mondiale peut paraître exagérément optimiste. Il existe trois éléments pour le conforter et trois autres pour le tempérer.

D'abord la part des hydrocarbures dans le PIB. Elle est déclinante depuis 2008, même si elle a rebondit en 2015 pour la première fois sept ans. Conséquence : la chute des prix du pétrole n'impacte plus de la même manière la production globale de la richesse nationale sur une année (PIB).

Ensuite, les réserves de change et le Fonds de régulations des recettes (FRR), à l'inverse du taux d'endettement extérieur de 1986-1988, permettent de maintenir un niveau de financement de l'économie qui par élan inertiel peu poursuivre la croissance du secteur hors hydrocarbures en 2016 et 2017.

Enfin, les gisements d'investissements domestiques encore non défrichés combinés à un taux de change attractif du dinar (dévalué) promettent une croissance additionnelle hors hydrocarbures pour palier à des importations de plus en plus chères et contingentées.

Trois éléments viennent de leur côté contredire cette prévision optimiste de la banque mondiale.

Le premier est bien sûr le mouvement à la baisse du prix du baril de pétrole. Il ne connait pas encore son point le plus bas. Il est sans doute devant nous quelque part en 2016 -peut être en dessous des 30 dollars durant quelques semaines- et cela déterminera prix moyen annuel et niveau de décrue de l'épargne extérieure de l'Algérie.

Le second est d'ordre psychologique. Il est lié au risque de panique des élites d'argent face à une dégradation rapide de la signature extérieure de l'Algérie. Le dinar a déjà subi les contrecoups d'une accélération de l'évasion de dinars transformés en devises. Le mouvement peut déraper et rendre ingérable la parité du dinar y compris officiel. Effet d'éviction pour l'investissement. Et donc effet récessif pour le PIB.

Le troisième élément est, pour 2016, le risque climatique. Une saison automnale de sécheresse qui déborde sur l'hiver est un seuil d'alarme atteint pour la production agricole de l'été prochain.

Ce qu'il faut donc garder de cette prévision de la Banque mondiale est que la croissance économique algérienne (4% en 2014, 2,8% en 2015) se poursuivra en 2016 et en 2017 sur l'élan de ses deux moteurs principaux, la dépense publique (même réduite de 9% en 2016) et la consommation des ménages, dont une partie plus grande sera captée par l'offre locale de biens et de services.

L'impact de l'austérité du budget de l'Etat sur l'emploi n'est donc pas le plus imminent des dégâts attendu en 2016. Le taux de chômage, repassé en 2014 au-dessus de 10%, restera contenu en dessous des 12% les deux prochaines années. A comparer avec le plus bas de 2010 (9,9%)

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L'aggravation du désœuvrement de la population en âge de travailler, principale caractéristique des crises économiques du capitalisme est donc sous contrôle pour le moment. C'était le cas et de manière spectaculaire en 1987 après les coupes budgétaires de 1986. La Banque d'Algérie pense, elle, que le répit risque d'être de courte de durée si le crédit aux entreprises venait à se tarir.

La Banque d'Algérie est préoccupée par de la baisse des liquidités dans le circuit bancaire et le risque qu'il comporte d'asphyxie du financement des entreprises.

Une chronique anticipative avait prédit ce scénario dans cet espace il y a deux semaines. Le réflexe des banques en situation de tarissement des liquidités est d'exiger plus de garanties aux emprunteurs - le fameux "margin call" - indépendamment de la logique de marché de l'économie réelle.

Dans le cas de l'économie algérienne la décélération du crédit est d'autant plus dévastatrice que les produits de financements alternatifs sont absents faute de place financière à Alger. Le gouverneur de la banque d'Algérie a réagi et propose un « nouveau schéma de financement bancaire ».

Le gouverneur de la Banque d'Algérie Mohamed Laksaci souhaite voir les banques commerciales se déployer pour aller chercher l'épargne auprès des publics, et échanger de l'argent entre elles. Sur l'autre flanc, celui du refinancement, il entrouvre le guichet de l'escompte auprès de son institution.

Dans un nouveau style de communication de gouverneur de Banque Centrale, Mohamed Laksaci promet de nouvelles mesures si nécessaires pour améliorer la liquidité des banques.

La Banque d'Algérie a réussi à contenir les tensions inflationnistes des années fastes de la redistribution Bouteflikienne. Elle fait désormais de la prévention du risque de récession son objectif premier. Sans le dire clairement. Car le dérapage inflationniste, notamment par l'ajustement rapide de la valeur du dinar à la baisse ces 18 derniers mois, n'est jamais très loin.

La Banque d'Algérie est finalement plus en phase avec la nouvelle économie algérienne que ne l'est le gouvernement dont les statistiques du secteur industriel ne recouvraient encore en 2015 que le seul secteur public. La banque d'Algérie, à travers les institutions financières, peut sentir arriver la dépression d'une chute du financement de l'activité des entreprises. De toutes les entreprises.

A cause d'un secteur bancaire qui n'aura pas su mobiliser de nouvelles ressources d'épargne et ne pas laisser s'enrayer la machine vitale du crédit à l'économie. L'affaire est loin d'être gagnée et la banque d'Algérie pourrait être amenée à annoncer de nouvelles facilités de refinancement pour les banques commerciales.

Il reste que dans ce début de contre-choc pétrolier, la grande différence entre 2014-2016 et 1986-1988 vient de la relative autonomie de la Banque d'Algérie dans ses choix de politique monétaire. Elle a laissé filer le dinar rapidement. Elle vient à la rescousse du crédit encore à temps. Mettre la banque d'Algérie à l'abri des calculs politiques. Un pari réussit de la loi d'avril 1990 qui a, en bonne partie, survécu au "dé-tricotage" des années Bouteflika.

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