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Mon problème avec Moncef Marzouki

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En 2011, je me suis engagé auprès de Moncef Marzouki, miltant du CPR, convaincu alors que cet homme portait en lui l'idéal d'une révolution à laquelle je croyais fort sincèrement.

Je n'étais pas seul, nous étions des milliers, jeunes surtout.

C'était un grand rêve, naïf et idéaliste, romantique comme peuvent l'être les révolutions.

C'était le rêve de changements, de réformes, et de rupture absolue et globale avec un régime de l'absolutisme et de la dictature.

En 2011, je savais que l'ancien régime était loin de s'être déclaré vaincu. Le combat ne faisait que commencer et il s'annonçait long et extrêmement pénible.

Pour moi, Marzouki était alors l'homme de la situation: Celui qui a été de tous les combats contre la dictature ne saurait que poursuivre la guerre jusqu'au bout, jusqu'aux derniers retranchements de la tyrannie.

Ne se proclamait-il pas de Ghandi et de Mandela? Ne nous répétait-il pas qu'il n'est pas question de réconciliation sans vérité et sans reddition de comptes? Ne nous promettait-il pas l'ouverture des archives de la police politique? Ne nous rassurait-il pas sur notre révolution et ses objectifs ? Comment ne pas y croire alors.

Comment ne pas soutenir et défendre son discours et se battre à ses côtés.

Puis il fût président. Sans grandes prérogatives, sans réel pouvoir.

Le discours et les priorités ont alors radicalement changé. Rendre des comptes et exposer la vérité: Ce n'est pas le moment disait-il.

Il n'avait plus en bouche que cette sacro-sainte alliance stratégique entre islamistes et laïcs modérés.

C'était désormais sa nouvelle priorité absolue, sa doctrine. Qu'importe tout le reste, il fallait coute que coute maintenir une alliance contre-nature, quoi qu'en fassent les islamistes, quoi que soient les dépassements et les dérapages du pouvoir exécutif.

La police qui violente les jeunes lors des manifestations du 9 avril ou de Seliana, un détail.

L'affaire Baghdadi, il nous dira qu'il a failli démissionner, mais qu'on l'a convaincu de rester pour l'intérêt du pays, on n'en saura pas plus.

La nomination d'un cacique de l'ancien système a la tête de la Banque Centrale, passons.

Le terrorisme naissant, il ne voulait pas le voir comme la menace qu'il sera et parlait alors de médias qui l'enflent et exagèrent.

Les caciques de l'ancien régime qui commençaient à se réorganiser, ne voyant toujours pas le danger qu'ils représentent, il les recevait au palais croyant naïvement pouvoir les contenir. Puis, la cerise, même le dernier rempart qui est venu si tard, la loi d'immunisation de la révolution, il était absolument contre. Allez comprendre.

Ainsi, Marzouki a raté une opportunité historique de consolider la révolution et la démocratie au moment où il est devenu président.

Il n'a pas su définir les bonnes priorités et s'est trompé de cibles. Il a volontairement dévié du chemin qu'il nous avait lui-même tracé en 2011. Il m'a dépité.

Qu'on argumente qu'il n'avait pas les pouvoirs et les prérogatives suffisants pour accomplir ce pourquoi il a été élu. J'argumente alors en me demandant pourquoi il a accepté une responsabilité sans pouvoirs, et pourquoi quand il a compris qu'il ne pouvait pas réaliser la moindre de ses promesses, pourquoi est-il resté? Pire, pourquoi il a changé ses priorités l'instant même qu'il est entré au palais de Carthage?

En 2013, alors que le terrorisme est devenu fait, et lorsque Nida Tounes est devenu fait, Marzouki s'est subitement réveillé, comme celui qui découvre que son rêve s'est transformé en cauchemar.

Trop peu, trop tard. Ancien régime, contre-révolution, caciques, retour en arrière, des concepts qui reviennent dans le discours de Marzouki, s'y ajoutent coups d'État et putschs.

Suivent des tentatives maladroites de changer de direction, tel le livre noir, des coups d'épée dans l'eau. Trop peu, trop tard.

Fin 2014, je retrouve abasourdi le Marzouki de 2011, renait tel le Phoenix des cendres d'une révolution déjà éteinte.

Je crois entendre, sous d'autres formes, le même discours, le même message électoral.

Il est ainsi le seul garant de la révolution, la seule caution de la démocratie, le rempart contre l'ancien régime... Comme il est admirable le discours.

Trop tard Monsieur le Président. Trop tard. Je ne veux plus vous croire. Je ne peux plus. Je vous tiens pour responsable du retour de l'ancien régime. Vous en êtes responsable parce que vous aviez la possibilité de le prévenir, ou du moins essayer, mais vous n'en avez pas fait grand-chose au moment où vous le pouviez. Vous aviez changé vos priorités lorsqu'il fallait taper le fer alors encore chaud. Je ne crois pas que vous en ferez plus ou autrement demain. Je ne vous fais plus confiance. C'est simple, je ne peux voter pour vous.

J'ai beaucoup d'amertume. Le sentiment de l'occasion manquée et ratée me ronge de l'intérieur. Un rêve s'est transformé en cauchemar.

Nous avons perdu cette bataille, Marzouki n'y fera plus rien. Nous ne perdrons pas la guerre, la prochaine bataille aura lieu dans 5 ans, nous nous y préparons déjà, et nous la mènerons sans lui.

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