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Marzouki et ma femme

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Ma femme m'a dit: je ne te pardonnerais pas si tu votes pour Marzouki. Ma femme n'aime pas Marzouki, ça c'est clair. Ne me demandez pas pourquoi. Tout ce que je sais est qu'elle est devenue depuis quelques semaines une fidèle des "débats" sur Nessma. Elle me travaille depuis, chaque jour, inlassablement, comme pourvue de mission divine, elle ne lâche pas.

Tout y passe, bâton et carotte, tantôt menaces à peines voilées, tantôt promesses de beaux cadeaux, elle jongle les techniques de conviction de la manipulation affective à la logique rhétorique, tout y est.

Ma femme est devenue maître en persuasion.

Nos amis y goutent aussi, ça vire au harcèlement. Elle vient de menacer un ami Marzoukiste de l'endormir avec du somnifère le jour du vote. Sérieusement, je vous le dis, elle a une mission. Ceci dit, entre vous et moi, à choisir entre ma femme et Marzouki, il n'y a pas vraiment photo.

Je ne me hasarderais pas à perdre mes privilèges pour lui. Oh que non. A choisir entre le fameux couscous du dimanche de ma douce et les promesses abstraites de Marzouki... Vous savez, je l'aime mon divin couscous du dimanche.

Je sais, ma femme n'est pas démocrate. Je n'y peux rien. Elle me tient par le couscous. Et puis elle m'en veut encore de l'avoir convaincue de voter pour le CPR en 2011. Et pour ça je ne peux pas trop lui en vouloir.

Ma femme est à l'image de cette campagne. Très personnelle, très passionnelle, trop.

Comme des affamés de démocratie, nous sommes devenus extrêmement passionnés de la chose politique. Un extrémisme que nous vivons au quotidien. On n'est pas dans l'arène saine du débat démocratique, celle des idées et des opinions, des projets et des dessins, de l'espoir et de l'aspiration. On est plutôt sous le chapiteau passionnel de l'émotion et du sentiment, de l'excitation et de l'agitation, de la peur et de l'appréhension. Nous avons perdu la raison.

Pourtant, nous vivons ensemble, ma femme et moi. Nous constituons ensemble ce qu'on appelle une famille: unie, inséparable, indissociable. Nous partageons aussi bien des racines et des valeurs, que la facture de l'épicerie. Oui il y a toute cette passion, mais il y a aussi dans notre relation une grande dose de raison qui fait que nous sommes des êtres sains. Parce que: "sans raison, il y a la passion, mais la passion sans raison finit toujours dans l'échec."

Puis, hier, avant de dormir, j'ai eu cette illumination, une idée de génie, rocambolesque, machiavélique. Je me suis rappelé que le vote était personnel, qu'il est secret et confidentiel. Dans l'isoloir je serai seul avec moi-même, personne ne saura quelle case j'ai coché ou les cases que je n'ai pas cochées. Elle ne le saura jamais. Vous non plus. Ma femme ne le saura pas, je résisterais à la torture, enfin, je crois. Et nous continuerons à nous aimer tout autant.

Voilà. C'est décidé.