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Où va la Libye? Que fait la Tunisie?

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TUNISIA LIBYA
Zoubeir Souissi / Reuters
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Les frappes aériennes américaines contre l'EI (État Islamique) à Syrte viennent nous rappeler que la menace sur nos frontières sud-est reste élevée, tandis que notre diplomatie se caractérise par ses hésitations, sinon son inaction, surtout dans son rôle de protection de notre communauté immigrée en Libye.

En Libye, il n'a pas un pouvoir mais plusieurs pouvoirs:

  • Le pouvoir "officiel", celui du gouvernement Faiez Sarraj (GNA: Government of National Accord) qui a été imposé par la communauté internationale et installé à Tripoli,
  • Le gouvernement de Tobrouk appuyé par les forces du Général Haftar et qui refuse de reconnaître le gouvernement Sarraj,
  • Les pouvoirs tribaux dont les alliances sont extrêmement volatiles,
  • Les milices islamistes (autres que Daech) , principalement Fajr Libya, dont le comportement est difficile à cerner,
  • Et bien sûr la branche EI installée à Syrte dont le but ultime est de détruire tous les autre pouvoirs et d'étendre son territoire.

Ce désordre généralisé est accentué par les agissements des services de renseignements étrangers (américains, anglais, français, italiens et probablement russes, turcs et d'autres). Ces services mènent une guerre de l'ombre, soutenant les uns et s'opposant à d'autres au gré de leurs intérêts.

Pour combattre Daech, le GNA a fait appel aux USA pour des frappes aériennes ciblées, ce qui risque de provoquer un afflux de terroristes tunisiens affilés à Daech (on parle de 3000) vers nos frontières.

Se pose alors la question de l'action de nos pouvoirs publics face à cette menace potentielle.

Si sur le plan militaire, un dispositif est mis en place, le renseignement semble absent et la diplomatie dans le brouillard.

En témoigne, pour ne citer que cela, l'incapacité à localiser nos deux journalistes disparus Soufiène Chourabi et Nadhir Ktari, ou à confirmer leur mort malgré la présence d'une forte communauté immigrée tunisienne qui peut être d'un précieux apport pour le recueil du renseignement.

Notre diplomatie, un moment en odeur de sainteté avec le gouvernement de Tobrouk tout en ménageant la milice islamiste Fajr Libya, semble avoir mis tous ses oeufs dans le panier du GNA.

Or, comme rappelé plus haut, il y a plusieurs pouvoirs, surtout les tribaux, avec lesquels il est vital, à mon sens, de maintenir le contact pour aider à protéger nos concitoyens immigrés et participer au recueil du renseignement.

L'instabilité en Libye va perdurer et l'intervention américaine va probablement l'exacerber.

Daech sera tôt ou tard à nos portes, sans compter le cheval de Troie intérieur.

Pour y faire face, le dispositif militaire existant et qui est lui-même à consolider le long de la ligne d'obstacles, doit être renforcé par une diplomatie plus agressive et un dispositif de renseignement à créer ou à renforcer.

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