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La Turquie, un modèle pour la Tunisie?

Publication: Mis à jour:
ERDOGAN GHANNOUCHI
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Ce qui se passe en Turquie après le coup d'État -vrai ou fabriqué- est l'exemple type de ce qui peut se produire en Tunisie dans le cas où Ennahdha et ses alliés salafistes se sentent assez forts pour contrôler la totalité du pouvoir et imposer un modèle de société théologico- totalitaire.

Kamel Ataturk avait imposé la laïcité, libéralisé les femmes et européanisé la société.

Son credo était qu'une société musulmane sclérosée ne pouvait aspirer à la modernité, au progrès et à la liberté. Ne disait-il pas "rejetons le fez, qui est sur nos têtes comme l'emblème de l'ignorance et du fanatisme....et adoptons le chapeau, coiffure du monde civilisé; montrons qu'il n'y a pas une grande différence de mentalité entre nous et la grande familles des peuples modernes".

Il fallait se débarrasser du joug de l'islam rétrograde et il l'avait fait à marche forcée.

Les aspirations à la liberté ont fini par imposer une démocratie sur le modèle occidental mais sous le contrôle de l'armée, garante de la laïcité.

"La République de Turquie est un État de droit démocratique, laïque et social, respectueux des droits de l'homme dans un esprit de paix sociale, de solidarité nationale et de justice, attaché au nationalisme d'Atatürk et s'appuyant sur les principes fondamentaux exprimés dans le préambule."
Article 2 de la Constitution turque de 1924

Cependant, et sous la pression des États-Unis et de l'Europe (qui faisait miroiter une adhésion à l'UE), le contrôle qu'exerçait l'armée s'est peu à peu estompé et de nouvelles forces politiques, opposées au courant Kémaliste, ont émergé, essentiellement celles qui font de l'islam leur référent idéologique.

Parmi ces forces, l'AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi= Parti de la Justice et du Développement) qui, sous la conduite de R.T.Erdogan, a fini par accéder au pouvoir et était devenu la démonstration que l'islam politique est compatible avec la démocratie.

Peu à peu, Erdogan a commencé par balayer les gardes-fous de la laïcité.

D'abord en s'attaquant à l'armée pour la mettre au pas, ensuite en multipliant les écoles coraniques avec la complicité de Fethullah Gülen (devenu son ennemi juré) et en faisant des mosquées un instrument de propagande.

Le coup d'État a été l'occasion d'une démonstration de force des milices de l'AKP.

Erdogan peut ainsi parachever son oeuvre de suppression de la République civile pour y substituer une république théologique ou, mieux, le califat. La modification de la Constitution est au programme.

Si on y regarde de près, la Tunisie suit, peu ou prou, la même trajectoire.

Nous sommes en phase dite de consolidation du processus démocratique, un processus qui a déjà montré le poids des islamistes et qui les amènera tôt ou tard à contrôler la totalité du pouvoir en comptant sur la crédulité de la majorité des citoyens pour qui l'islam est intouchable et passe avant la démocratie.

Le reste du scénario n'est pas difficile à entrevoir: contrôle de la totalité du pouvoir, islamisation forcée et "autorisée" par la Constitution qui permet une interprétation et son contraire; les milices visibles et invisibles feront le reste pour obliger les Tunisiens à avoir peur et à se soumettre à l'ordre islamiste.

On me rétorquera que Bourguiba a laissé une société imperméable à l'intolérance et au totalitarisme théologique; j'y répond par une question: est-ce que l'oeuvre de Bourguiba est plus solide que celle d'Ataturk?

Alors il est temps de regarder les perspectives nébuleuses en face et d'agir à tous les niveaux (personnel ou collectif) pour éviter qu'elles se réalisent, en se rappelant ce que disait Stendhal "les peuples n'ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur".

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