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Ce qu'attendent les Tunisiens du gouvernement de Youssef Chahed

Publication: Mis à jour:
YOUSSEF CHAHED
Facebook/Youssef Chahed
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Maintenant que M. Chahed est chef de gouvernement désigné, il me semble utile de rappeler ce que les Tunisiens attendent de lui et de son gouvernement.

  1. Dans l'immédiat, il s'agit surtout de rendre confiance et espoir aux Tunisiens en leur État et sa capacité de trouver parade à leurs problèmes, eux qui sont en majorité laminés mentalement et matériellement.

    Les premiers pas du chef du gouvernement doivent montrer sa sincérité, sa détermination et son engagement aux difficultés que rencontre tout un chacun dans son quotidien: érosion du pouvoir d'achat, relations difficiles avec l'administration, environnement insalubre et protection des libertés individuelles.

    Il peut, par exemple, commencer par prendre des décision face à une certaine police qui se mue en police des moeurs; il peut aussi commencer par révoquer une certaine déléguée qui refuse de recevoir ses administrés sans la présence de son père ou d'un "moharem".

    Ces actions qui peuvent paraître anodines à certains, sont une affirmation de la primauté de l'État civil et de droit.

    D'autres mesures sont hautement souhaitables: s'attaquer aux spéculateurs et à la hausse des prix, faire contrôler les municipalités dans leurs actions quotidiennes en particulier la propreté des rues, les constructions et les étalages anarchiques.

  2. Le futur chef du gouvernement a répété, dans sa première intervention télévisée,que la lutte contre le terrorisme demeure la priorité des priorités.

    Dans cette guerre, il s'agira d'abord de ne pas chambarder l'appareil sécuritaire qui a enregistré d'excellents résultats depuis un an; ne dit-on pas qu'on ne change pas une équipe qui gagne?

    D'autres questions demandent à être traitées et en urgence:

    - Le retour annoncé de près de 6000 terroristes aguerris sur les champs de batailles irakien, syrien et libyen. Comment le gouvernement compte faire face à ce fléau?

    Des mesures d'accueil, jugement, dé-radicalisation (est-ce possible?) doivent être prises et mises en application.

    - Quelles mesures contre les associations, les mosquées et les personnes qui adoubent le terrorisme et le le financent?

  3. Venons-en à la corruption, au népotisme et au clientélisme qui se généralisent et se "démocratisent".

    Beaucoup d'acteurs officiels et associatifs s'activent sur le sujet mais aucun résultat tangible n'est perceptible. L'impression chez la majorité des citoyens est que l'impunité semble être érigée en règle. Le scandale des stents périmés en donne un exemple frappant.

    Là aussi, le chef du gouvernement devrait d'abord commencer par unifier les organes officiels de lutte contre la corruption; la dispersion des efforts est une perte de temps et de moyens.

  4. La contrebande et le commerce parallèle:

    Sujet délicat où se mêlent terrorisme, corruption et problèmes sociaux inhérents à certaines régions du pays. Il s'agira de trouver la formule (magique?) permettant de diminuer l'impact de l'économie parallèle sur le PNB et d'augmenter par ricochet les recettes des finances publiques, sans exacerber les tensions sociales déjà très élevées. Il y a certainement des experts pour apporter les réponses idoines.

  5. La justice sociale:

    Cela me paraît être le défi majeur pour le prochain gouvernement. Beaucoup d'éléments s'imbriquent: chômage, développement régional, répartition des richesses, réforme de la fiscalité, réformes des caisses sociales, secteurs publics/secteurs privés, actions des syndicats et des corporations...

    Mélange détonnant s'il en faut et le gouvernement aura réussi s'il trouve un équilibre entre les différents intervenants sans provoquer d'explosion.

D'autres sujets sont tout aussi cruciaux mais qui s'inscrivent plus ou moins sur le long terme: réforme de la justice, réforme de l'éducation, assainissement de l'administration, politique agricole, et place de la culture.

Les défis sont énormes et les difficultés multiples.

La réussite (ou l'échec) du prochain chef du gouvernement dépendra de sa capacité à:

  • Constituer une gouvernement resserré (comme un commando),
  • Gouverner sans se soumettre au pressions du palais, des partis, des lobbys, des corporations et des syndicats,
  • Obtenir des résultats rapidement si possible,
  • Convaincre les citoyens de sa sincérité, de sa détermination et de son engagement à traiter tous les Tunisiens sur le même pied d'égalité.
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