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Les olympiades internationales des sciences entre 2013 et 2016: Défauts et situation internationale

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MATHS TUDE ANGOISSE
Blend Images - Eric Raptosh Photography via Getty Images
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Plusieurs stipulent de nos jours que les jeux olympiques d'été et d'hiver sont les vrais emblèmes des échéances du haut niveau, au niveau sportif, pour les individus et les pays.

Néanmoins, un nombre moins significatif de personnes particulièrement au Maghreb savent qu'il existe une série de compétitions internationales intitulées les olympiades internationales des sciences, similaires aux jeux olympiques, et qui visent à mettre en relief les prodiges scientifiques de moins de 19 ans chaque année et que les trois premières places au niveau individuel ou au niveau des équipes nationales dans l'un de ces événements sont des performances équivalentes à la médaille olympique à l'échelle sportive.

C'est ainsi que certains des scientifiques talentueux qui ont obtenu les prix Nobel et la médaille Fields comme Grigori Perelman (1er à l'IMO 1982, Médaillé Fields en 2006) étaient des lauréats de l'une de ces olympiades internationales des sciences.

C'est pourquoi j'ai décidé de retrouver les trois meilleurs individus (selon leurs scores finaux) et équipes nationales (selon la formule "[Nombre des médailles d'or de l'édition] - [Rang moyen de ces médaillés d'or/100]") dans chaque édition d'une compétition classée donnée entre 2013 et 2016 pour développer un classement des pays (d'une façon générale, par type de compétition, par année de compétition et par discipline) selon leur existence au niveau des trois premiers rangs au niveau des individus et des nations dans les olympiades internationales des sciences (qui existaient avant 2013, et dont les participants proviennent des cinq continents et dont les résultats sont disponible en ligne d'une façon générale) à la manière des tableaux des médailles olympiques afin de dévoiler la situation du plus haut niveau scientifique pour les moins de 23 ans d'aujourd'hui.

Dix olympiades adoptées pour cette analyse

On avait retrouvé une liste précise des olympiades internationales des sciences qui représentent tous les aspects de la science tout en éliminant les récidives de la guerre froide comme les Olympiades Internationales de l'Astronomie qui ne connaissent que la participation de certains pays de l'ancien pacte de Varsovie et des pays des non-alignés et dont le succès est limité comme mentionné dans le tableau 1. On a utilisé cette liste par la suite pour retrouver 82 gagnants de première place, 75 gagnants de deuxième place et 73 gagnants de troisième place dans ces olympiades scientifiques de 2013 à 2016 comme cités dans Annexe A.
Disciplines Compétition
Mathématiques International Mathematical Olympiad
Physique International Physics Olympiad
Chimie International Chemistry Olympiad
Biologie et sciences biomédicales International Biology Olympiad
Informatique et Logique International Olympiad in Informatics
Géologie, Géosciences et Astronomie International Earth Science Olympiad
Linguistique International Linguistics Olympiad
Philosophie et Sciences Humaines International Philosophy Olympiad
Géographie et Économie Internationale International Geography Olympiad
Innovation, Ingéniorat, Robotique et Recherche Scientifique International Science and Engineering Fair (ISEF)

Tableau 1 : Compétitions considérées



Excellence de l'Extrême-Orient et des États-Unis et des surprises d'exception

Comme évoqué dans l'Annexe B et presque similairement aux jeux olympiques d'été et d'hiver, il s'avère que la Chine est le pays qui a la place la plus prestigieuse dans les olympiades internationales des sciences des quatre dernières années puisqu'elle détient 23 premières places, 15 deuxièmes places et 9 troisièmes places. Elle est suivie par les États-Unis (13 premières places, 13 deuxièmes places et 9 troisièmes places), la Corée du Sud (13 premières places, 10 deuxièmes places et 8 troisièmes places) et le Taiwan (8 premières places, 3 deuxièmes places et 12 troisièmes places).

La supériorité de ces quatre pays est gardée dans les classements des événements de chaque année ainsi que dans le classement des podiums individuels et le classement des podiums par équipe prouvant la maîtrise absolue de ces pays dans cette compétition. Ces quatre pays sont aussi les leaders de 70% des classements des podiums par discipline comme le confirme le Tableau 2.
Disciplines Pays leader
Mathématiques Corée du Sud
Physique Chine
Chimie Chine
Biologie et sciences biomédicales États-Unis
Informatique et Logique Chine
Géologie, Géosciences et Astronomie Taiwan
Linguistique États-Unis
Philosophie et Sciences Humaines Hongrie
Géographie et Économie Internationale Singapour
Innovation, Ingéniorat, Robotique et Recherche Scientifique Canada

Tableau 2 : Pays leaders dans les classements des podiums par discipline



Ceci est expliqué d'une part par l'importance du produit national brut et par la suite par l'importance des dépenses de l'État dans l'éducation et la science dans chacun des quatre pays et d'autre part par le poids démographique et intellectuel de ces pays qui rend la probabilité de créer et de retrouver des talents scientifiques plus facile.

Étrangement, ces quatre grands sont suivis par le Singapour (5e, meilleur pays en géographie, géosciences, économie internationale et astronomie) et la Roumanie (6e) qui sont en cours de développement scientifique et de transition économique.

Ce ne sont pas les seuls pays qui ont créé la surprise car la Hongrie (meilleur pays en philosophie et sciences humaines), la Thaïlande, la Turquie, l'Indonésie, la Croatie et l'Ukraine font partie des vingt meilleures nations dans le classement général des podiums des olympiades scientifiques de 2013 à 2016 alors que des pays pionniers de la recherche scientifique d'après "Scopus" comme la France et l'Espagne sont absents du podium durant cette même période.

Ceci est expliqué par les efforts personnels fournis par les individus classés dans l'Annexe B et qui proviennent des huit pays que je viens d'énumérer et par les encouragements -moraux et parfois financiers- faits par leurs États, ce qui est un signe d'une nouvelle ère de recherche scientifique.

Cela aura pour impact que dans vingt ans le monde connaitra un rôle plus important de certains pays du sud dans la recherche scientifique au niveau des sciences sociales et même au niveau des sciences exactes.

Une déception pour le Grand Maghreb


La Tunisie, l'Algérie et le Maroc n'ont jamais fait de podium dans l'une des éditions des olympiades scientifiques. En effet, la performance satisfaisante habituelle des lycéens du Maghreb est la médaille de bronze qui s'obtient généralement aux olympiades internationales des Mathématiques avec une note légèrement inférieure à la moyenne. Ce niveau limité n'a été dépassé qu'à 12 reprises dans l'histoire seulement comme l'indique le Tableau 3.
Compétiteur maghrébin Nationalité et exploit
Nader Masmoudi tunisien, médaille d'or de l'IMO 1992
Mahmoud Chilali marocain, médaille d'argent de l'IMO 1986
Abdelmalek Abdesselam algérien, médaille d'argent de l'IMO 1988
Ahmed Abbes tunisien, médaille d'argent de l'IMO 1989
Youssef El Hajjam marocain, médaille d'argent de l'IMO 1990
Chiraz Latiri tunisienne, médaille d'argent de l'IMO 1991
Mounssif Aderkaoui marocain, médaille d'argent de l'IMO 1995
Amine Marrakchi tunisien, médaille d'argent de l'IMO 2010 avec l'équipe de Tunisie et médaille d'argent de l'IPhO 2011 avec l'équipe de France
Elbaraa Elalami marocain, médaille d'argent de l'IMO 2010
Mehdi Khayache tunisien, médaille d'argent de l'IMO 2012
Yassine Hamdi algérien, médaille d'argent de l'IMO 2015

Tableau 3 : Meilleures performances maghrébines de l'histoire aux olympiades internationales des sciences



Malheureusement, cette situation aurait pu être pire si les sociétés savantes des Mathématiques de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc n'avaient pas fourni des efforts singuliers sur le plan pédagogique et financier pour préparer les lycéens qui participent à l'IMO depuis certaines décennies.

Cette situation critique est expliquée en partie par le manque de soutien des lycéens excellents qui choisissent de s'intéresser à leurs études pour assurer un meilleur avenir plutôt que de s'investir à fond dans la préparation des olympiades internationales des sciences qui n'a aucun avantage matériel à long terme.

Il fallait que ces élèves soient convaincus que leur avenir est assuré en cas d'un résultat exceptionnel aux olympiades scientifiques (Par exemple, 31 sur 42 ou plus à l'IMO = 30 points de bonus sur le score global de l'orientation universitaire en Tunisie) même si leurs résultats au baccalauréat ne sont pas vraiment adéquats, afin de pouvoir préparer à leur aise les olympiades scientifiques et faire de leur mieux pour honorer leurs pays.

Ce résultat est aussi dû à une dépendance totale de la préparation maghrébine aux olympiades scientifiques et particulièrement celle de l'IMO à la préparation olympique française. D'ailleurs, lorsque j'ai participé au tournoi qualificatif régional et national des olympiades internationales des Mathématiques en 2012, j'ai bien remarqué que les cours donnés à la préparation ainsi que les examens éliminatoires étaient tirés du site d'Animath et ceci m'a incité à dire à l'époque que ces épreuves étaient celles des "Animathiques" et pas des "Mathématiques".

Je trouve personnellement que ce genre de préparation peut être retrouvé sur Internet et ne servira jamais à développer le savoir-faire et les astuces nécessaires pour décrocher une médaille d'or dans une olympiade scientifique.

Il fallait plutôt organiser une préparation qui s'inspire des expériences des États-Unis et des pays de l'Extrême-Orient dans ce domaine et qui prend en considération la mentalité de l'élève maghrébin pour lui introduire les notions scientifiques à utiliser dans les olympiades internationales et qui s'intéresse à développer le savoir-faire du participant plutôt que le savoir, notamment à travers le patronage d' anciens médaillés d'or et d'argent maghrébins qui connaissent ces épreuves internationales mieux que n'importe qui et qui peuvent comprendre la façon de penser des élèves du Maghreb vu que l'écart d'âge entre ces champions et les futurs participants est non significatif.


Des déficiences au niveau de l'organisation des olympiades scientifiques

Bien que chacune de ces compétitions est soutenue par une forte autorité savante, ces événements ont encore des lacunes.

En effet, la majorité de ces concours ne connait la participation que d'une soixantaine de pays chaque année et il y a même des concours dont le nombre de participants est limité à 200 ou moins faute de financement tout comme les olympiades internationales de Philosophie, les olympiades internationales de Linguistique et les olympiades internationales des Géosciences.

En outre, ces dix concours ont lieu à différents endroits chaque année et ont des méthodes d'évaluation et des structures différentes et ceci rend le lien entre ces compétitions informel et virtuel.

L'unique solution que je trouve pour cette situation critique est de placer les dix olympiades scientifiques sous l'égide de l'UNESCO car cette organisation comprend plus de 190 pays membres et a vraiment les moyens et le soutien politique de la société internationale pour développer ces compétitions et les rendre plus solide.

Pour des informations supplémentaires sur les olympiades scientifiques

Abernathy, T. V., & Vineyard, R. N. (2001). Academic competitions in science: What is the rewards for students? The Clearing House, 74(5), 269-276.

Verhoeff, T. (2006). The IOI is (not) a science olympiad. Informatics in Education-An International Journal, 5_1, 147-159.

Chalmers, L., & Berg, K. (2014). Changes, challenges and responsibilities in geographical education: The International Geography Olympiad. Geographia Polonica, 87(2), 267-276.

Verhoeff, T., Horváth, G., Diks, K., & Cormack, G. (2006). A proposal for an IOI syllabus. Teaching Mathematics and Computer Science, 4(1), 193-216.

Berinde, V., & Pacurar, M. (2009). The measure of a great idea: 50 years on from the creation of the International Mathematical Olympiad. European Mathematical Society Newsletter, 74, 15-18.

Selles-Martinez, J. (2004). International Earth Science Olympiad: What to test and how to do so. In Proceedings, Seoul Conference for International Earth Science Olympiad. Seoul, South Korea: Seoul National University (pp. 136-142).

Singh, V. A., Khaparde, R. B., & Pathare, S. R. (2005). The mechanical black box a challenge from the 35th International Physics Olympiad. Resonance, 10(4), 75-82.

Eremin, V. V., & Gladilin, A. K. (2013). International chemistry olympiad and its role in chemical education. Russian Journal of General Chemistry, 83(4), 830-838.

Derzhanski, I. A., & Payne, T. E. (2009). The Linguistics Olympiads: Academic competitions in linguistics for secondary school students. Linguistics at School: Language Awareness in Primary and Secondary Education, Cambridge University Press, Cambridge, UK, 213-226.

Lim, S. S., Cheah, H. M., & Hor, T. A. (2014). Science Olympiads as Vehicles for Identifying Talent in the Sciences: The Singapore Experience. In Communicating Science to the Public (pp. 195-211). Springer Netherlands.

Kienstra, N., Karskens, M., & Imants, J. (2014). Three approaches to doing philosophy: A proposal for grouping philosophical exercises in classroom teaching. Metaphilosophy, 45(2), 288-318.

Henseke, G. (2009). Country Performance at the International Mathematical Olympiad (No. 108). University of Rostock, Institute of Economics, Germany.

McComas, W. F. (2011). SCienCe Fair. The Science Teacher, 78(8), 34-38.

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