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Le Maroc est-il vraiment un hub africain?

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MOHAMMED VI AFRICA MARRAKECH
Youssef Boudlal / Reuters
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√ČCONOMIE - Le 16 et 17 mars dernier, le Maroc a organis√© √† Casablanca le 5√®me forum international "Afrique D√©veloppement". Un √©v√©nement de plus qui montre, si besoin en est, l'int√©r√™t strat√©gique que rev√™t d√©sormais l'Afrique pour notre pays. Apr√®s avoir remport√© la bataille diplomatique de la r√©int√©gration de l'Union Africaine, le Maroc peut-il gagner celle de devenir un hub continental liant l'Afrique √† l'Europe?

Pour l'instant on peut dire que le potentiel est là. Déjà au XIIème siècle le Maroc servait de carrefour commercial entre l'Europe et l'Afrique, avec l'avènement des Almohades et de l'Espagne musulmane, une grande voie de commerce reliait le sud de l'Europe au Niger, via le Maroc. Celui-ci est aussi le seul pays du Maghreb à avoir eu des relations commerciales depuis des siècles avec l'Afrique subsaharienne, notamment via les routes commerciales partant de Sijilmassa au Tafilalet vers le sud de l'actuelle Mauritanie et allant jusqu'au au Ghana.

En plus de ce lien historique, le Maroc dispose de certains atouts lui permettant de pr√©tendre √† ce r√īle. En effet, le Maroc a tiss√© un partenariat privil√©gi√© avec les pays europ√©ens √† travers l'accord de libre-√©change et le statut avanc√©, ce qui constitue un tremplin pour les investisseurs d√©sireux de conqu√©rir les march√©s africains et europ√©ens en partant de la plate-forme marocaine. Et puis l'expertise nationale commence √† √™tre reconnue en Afrique au regard de son bon rapport qualit√©-prix, ce qui permettra aux entreprises marocaines d'√™tre les ma√ģtres d'ouvrage de projets en Afrique financ√©s par des bailleurs europ√©ens dans le cadre de projets de coop√©ration triangulaires.

Sans oublier que, de par sa position géostratégique à la fois porte d'Afrique et d'Europe, le Maroc dispose de son port Tanger Med, plus grand port à conteneurs en Afrique et dans le top 50 mondial, se situant sur la seconde voie maritime la plus fréquentée au monde, à savoir le détroit de Gibraltar. Toutefois, pour prétendre devenir un hub régional, il faut aussi être un carrefour commercial et financier compétitif, et c'est ce qui manque encore au Maroc.

Sur le plan financier, Casablanca Finance City, en devenant première place financière africaine et 33ème mondiale, est sur la bonne voie pour au moins servir la partie "Grand Nord-Ouest" du continent. Néanmoins, sans une bourse performante, il sera difficile de drainer les capitaux étrangers pour les canaliser vers les terres africaines. Ainsi, il est besoin de réformes permettant notamment la consolidation de la stabilité du secteur financier, la diversification de l'offre de produits, la mise en place d'infrastructures dédiées aux PME, l'accélération de la sécurisation juridique et l'amélioration des mécanismes de gouvernance pour réhabiliter la confiance dans l'écosystème financier marocain.

Au niveau commercial, le co√Ľt de la logistique au Maroc est encore l'un des plus √©lev√©s au monde, soit 20% du PIB, un taux sup√©rieur aux 10% des pays europ√©ens et aux 15% et 17% du Br√©sil et de la Chine. Par cons√©quent, il faut agir sur les diff√©rents maillons de la cha√ģne logistique du passage de la fronti√®re jusqu'√† la gestion des stocks en passant par la gestion documentaire, le d√©douanement et le transport local, point noir de la logistique marocaine.

Par ailleurs, le Maroc ne peut prétendre devenir un hub commercial africain tout en maintenant des barrières tarifaires encore élevées. En effet, au cours des 20 dernières années, la politique tarifaire, en matière de commerce extérieur, a conduit à créer, involontairement, un écart de taux défavorable pour les pays d'Afrique. Ainsi, selon les chiffres de la BAD, l'écart entre le taux moyen appliqué aux pays européens et la moyenne la plus élevée appliquée aux pays africains est d'environ de 17 points de pourcentage.

Certes, le Maroc, via les visites royales, a conclu plusieurs conventions, mais il faudrait souligner que, d'une part, tous ces accords ne sont pas encore opérationnels, et d'autre part, il n'y a quasiment pas d'accord commercial actif entre le Maroc et les pays subsahariens. Dès lors, pour capitaliser sur tous les accords et conventions déjà conclus, et faciliter le positionnement de hub commercial entre Afrique et Europe, le Maroc a intérêt à négocier avec les pays subsahariens une politique tarifaire commune qui va dans le sens de la minimisation des barrières tarifaires de part et d'autre.

Enfin, √™tre un hub exige un environnement des affaires favorable. Si le Maroc a fait des avanc√©es notables, il n'emp√™che qu'il subsiste des points noirs qui rebutent encore les investisseurs √©trangers, et qu'il va falloir r√©former rapidement, notamment en mati√®re d'√Čtat de droit, ex√©cution des contrats, transfert de propri√©t√©, commerce transfrontalier, et r√®glement de l'insolvabilit√©.

Bref, pour que le Maroc devienne un hub africain, il doit offrir un environnement propice à la liberté de circulation des personnes, des biens et services, mais aussi des capitaux. Cela nous permettra de faire d'une pierre deux coups: d'une part, relancer notre croissance économique, et d'autre part, grignoter de nouveaux soutiens à notre intégrité territoriale auprès de ses nouveaux partenaires économiques. C'est bien connu: la coopération économique est l'antichambre du rapprochement politique.

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