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Maroc: "Fausse" baisse du chômage?

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CHOMAGE MAROC
Youssef Boudlal/Reuters
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Au troisième trimestre écoulé, le Haut commissariat au plan nous annonce que le taux de chômage est passé à 9,6% fin septembre 2016, alors qu'il était de 10,1% un an auparavant. Devrait-on se réjouir de la bonne nouvelle? Pas vraiment.

Cette baisse du chômage ne reflète pas la réalité économique du pays, surtout dans un contexte de sécheresse, de faible croissance et de destruction d'emplois. En ce sens, l'économie marocaine a enregistré une perte nette de 73.000 emplois. Alors comment expliquer le recul du chômage avec autant de pertes?

En principe, et comme tout le monde, vous allez faire le raisonnement suivant: quand le nombre d'emplois perdus augmente, cela devrait se traduire par une hausse du chômage. Mais, mathématiquement, il est aussi possible que la baisse du chômage coïncide avec un recul des emplois. Comment? Eh bien c'est simple!
Rappelons que la population active, c-à-d les personnes âgées entre 15 et 64 ans ayant un emploi ou à la recherche active d'un emploi, est par définition composée à la fois de ceux qui sont employés et les autres qui sont chômeurs. Cela signifie que le nombre de chômeurs est égal à la différence entre la population active et le nombre d'actifs employés. Donc, si la baisse de la population active est plus importante que celle des personnes employées, le nombre des chômeurs reculera automatiquement même si des emplois sont perdus.

Ainsi, quand on analyse les chiffres, le constat est on ne peut plus clair: le nombre de personnes composant la population active a reculé de 137.000 personnes, alors que celui ayant un emploi a reculé de 73.000. Autrement dit, le nombre d'actifs a reculé plus vite que celui des personnes ayant perdu leurs emplois. Il s'en suit alors, de manière mécanique, une baisse du nombre de chômeurs. C'est mathématique: 137.000 moins 73.000, ça fait 64.000 de chômeurs en moins, soit exactement le nombre avancé par le HCP.

Par ailleurs, il convient de noter que parmi les chômeurs, il faudrait faire la distinction entre ceux qui sont déclarés et donc comptabilisés, et ceux qui ne le sont pas car ils sont découragés par la recherche active d'emploi. Au troisième trimestre 2016, leur effectif a atteint 63.000 personnes. Cela signifie une seule chose: même si des chômeurs existent, s'ils ne s'inscrivent pas en tant que demandeurs d'emplois, ils ne seront pas comptabilisés, ce qui conduit à une sous-estimation du niveau réel du chômage. Et c'est ce qui s'est passé en l'occurrence, puisqu'en dépit de la perte de milliers d'emplois, le nombre de chômeurs a reculé en raison du retrait de certains d'entre eux des catégories de demandeurs d'emploi.

A titre d'exemple, les diplômés qui représentent 82% de ces découragés, ont préféré reprendre leurs études en attendant mieux. En l'absence d'enquêtes de terrain, ces chômeurs disparaissent des radars et donnent une fausse idée du recul du chômage. Or, il s'agit seulement de ce que l'on peut appeler une baisse technique et non pas une baisse réelle résultant de la création de nouveaux emplois.

La preuve est apportée par la baisse du taux d'emploi qui mesure la part des personnes employées dans la population active, puisqu'il a reculé de 0,9 point, passant de 43,1% à 42,2% entre 2015 et 2016.

Dès lors, la bonne nouvelle devient inquiétante puisque c'est le présumé recul du chômage n'est que le résultat d'un retrait par dépit du marché du travail, ce qui traduitl'absence d'espoir dans l'économie marocaine. Celle-ci qui comptait ces dernières années sur les emplois créés par l'agriculture ou les services pour compenser les pertes dans l'industrie, cette année tous les secteurs ont perdu des emplois, à l'exception des BTP.

En raison de cette hémorragie, 137.000 personnes ont ainsi volontairement quitté le marché du travail. Cela a provoqué un nouveau recul du taux d'activité. Celui-ci a été ramené à 46,7% au troisième trimestre 2016 contre 47,9% un an auparavant. Ici, précisons que le Maroc affiche un taux d'activité parmi les plus faibles au monde, ce qui est le symptôme d'une faible inclusion économique. Le constat est encore plus alarmant pour les femmes, puisque sur les 137.000 ayant quitté le marché du travail, 108.000 sont des femmes. Cela explique la marginalisation des femmes sur le marché du travail puisque leur taux d'activité est de 24,3% au niveau national. Un taux qui descend à 16,5% en ville.

Somme toute, on ne peut se réjouir de ce recul en trompe l'œil du chômage, tellement il révèle au grand jour l'incapacité structurelle de l'économie à créer des emplois suffisants en quantité et en qualité. Le futur gouvernement doit se fixer comme principal défi la création d'emplois de qualité pour les jeunes, les femmes, les travailleurs ruraux et les non-diplômés. Il ne peut pas compter sur le découragement des chômeurs pour faire croire à un recul du chômage, ça sera trop facile.

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