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Unidos Podemos, un changement qui tarde à venir

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PODEMOS
Reuters
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En Espagne, les résultats des élections législatives du 26 juin ont été jugés décevants par les dirigeants et militants de "Unidos Podemos", l'alliance scellée entre Podemos, Izquierda unida (coalition de gauche incluant le Parti communiste), Equo (parti vert) et des formations régionales. Contre les pronostics des sondages qui les plaçaient devant le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), ils restent en troisième position avec 21% des suffrages et le même nombre de députés (71) que lors du scrutin du 20 décembre. Surtout, Podemos et Izquierda unida perdent à eux deux un million de votes, alors que leur union était censée "multiplier" les soutiens électoraux.

Le marquage à gauche, tant dans la coalition conclue que dans les discours de Pablo Iglesias depuis son arrivée au Congrès des députés, semble donc avoir desservi la jeune formation. Pour les élections de décembre, Podemos avait refusé la stratégie du "front de gauche" avec Izquierda unida, afin de se présenter comme une force transversale. Le retour à un clivage plus traditionnel entre la gauche et la droite, face à l'opposition entre "la caste" et "le peuple" initialement mise en avant, a renforcé le bipartisme.

Après six mois de négociations infructueuses pour former un gouvernement, le scrutin a également été marqué par une forte abstention (30,16% au lieu de 26,8% en décembre), qui a joué en défaveur du nouveau parti. La victoire du Brexit, trois jours avant les élections, a certainement eu une influence dans le choix des indécis, les candidats du PP (Parti populaire), du PSOE et de Ciudadanos l'ayant utilisée contre Unidos Podemos et sa proposition d'organiser un référendum sur l'indépendance de la Catalogne.

Pourtant, le vote britannique montre l'urgence de repenser le projet européen, en tournant le dos aux politiques d'austérité face à la crise économique. Il s'agit de renouer avec la solidarité à l'origine de la construction de l'Europe, qui a tant fait défaut dans la gestion de la crise grecque et celle des migrants. Le projet défendu par Unidos Podemos est donc plus que jamais d'actualité, même si la perspective d'une application à court terme s'éloigne.

Le futur de Podemos et de ses alliés ne s'arrête pourtant pas à ces élections. Les expériences municipales - celles des "coalitions d'unité populaire" qui gouvernent à Madrid, à Barcelone et dans plusieurs autres villes - ont montré de premiers résultats encourageants. À Cadix par exemple, la dette municipale a diminué de 10% en un an, alors que le budget des politiques sociales a augmenté de 30%. Si le chemin s'annonce plus long que l'ont prévu les leaders de Podemos, ces "municipalités du changement" sont l'occasion pour les nouveaux élus de faire leurs preuves, en développant un style politique et des politiques publiques différentes.

Le travail militant mené dans les cercles locaux de Podemos s'avère aussi fondamental pour la suite du mouvement. La structure du parti, où l'efficacité avait primé sur la démocratie interne pour construire une "machine de guerre électorale", sera donc amenée à se transformer à l'issue de ce cycle électoral. L'enjeu est d'assurer la permanence de l'organisation au-delà des élections, en renforçant ses bases dans les régions rurales où elle est moins bien implantée.

Podemos a un futur car il mobilise fortement les jeunes électeurs. Porté par des trentenaires, il puise son électorat parmi les nouvelles générations qui votent moins que leurs aînés pour les partis traditionnels. Cette capacité à mobiliser des catégories de la population qui sont parmi celles qui s'abstiennent le plus en fait toujours un exemple pour d'autres pays européens. C'est notamment sa conception de la politique qui interpelle, en proposant des modes de représentation qui n'impliquent pas la professionnalisation. Cela permet de renouveler les élites politiques et d'ouvrir un champ qui s'est peu à peu fermé.

On attendait un meilleur de résultat d'Unidos Podemos pour impulser le changement dont l'Union européenne a tant besoin. Salvador Allende, l'une des références de Pablo Iglesias et Iñigo Errejón, concluait ainsi son discours après le coup d'État au Chili : "Allez de l'avant et sachez que dans un avenir plus proche que lointain s'ouvriront à nouveau les larges avenues où s'avancera l'homme libre pour construire une société meilleure".