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Quelle démocratie pour la Tunisie?

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TUNISIA FLAG
Cynthia Karam / Reuters
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À l'origine, la démocratie

"Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple" tels furent les mots d'Abraham Lincoln -illustre président américain du XIXe siècle- à propos de la démocratie. Originellement pratiqué par les Athéniens, ce régime politique est aujourd'hui communément considéré comme le plus juste, tenant compte de plusieurs considérations: la démocratie prône et protège les libertés individuelles du citoyen, lui octroie des droits inaliénables, veille à ce que ses concitoyens et lui-même soient traités de façon égalitaire... Et ce qui est peut-être encore plus prégnant, c'est que ce régime promeut l'autogouvernement; le citoyen est désigné comme souverain.
Seulement, entre les fondements et la concrétisation un gap s'est creusé; la pratique ne reflète pas tout à fait la théorie.

À l'arrivée, la démocratie représentative

La démocratie -telle que définie ci-dessus- a été substituée par la démocratie représentative. Loin de l'autogouvernement, l'action politique du citoyen se résume à élire de temps à autre des représentants. Et entre ces deux temps, il est prié -le citoyen- de ne pas faire trop de bruit. Ainsi, au lieu de jouir de son autodétermination, le peuple doit se contenter "d'élections libres et pluralistes".

C'est à l'aristocratie élue que doivent revenir les prises de décisions, car vous comprenez, le peuple, émotif comme il est, en serait incapable! Et puis, quand c'est vraiment nécessaire, le peuple peut être consulté par voie référendaire - comprenez, une fois par décennie, au mieux. Face à ces dérives, nous comptons de plus en plus de mouvements citoyens (les Indignés, Occupy Wall Street...) réclamant une intégration effective au champ politique. Plus important encore, ces mouvements ne se sont pas limités à une protestation vaine, ils agissent et ont même obligé les gouvernements à agir!

Le citoyen se prend en main

Cette volonté citoyenne de prendre part à l'action politique a été formidablement portée par le développement du numérique. De nombreux outils permettant d'informer le citoyen et de consulter son avis ont ainsi fleuri un peu partout dans le monde. On peut citer, par exemple, la plateforme britannique TheyWorkForYou. Celle-ci explique le travail du parlement, vulgarise ses communiqués, transcrit ses débats et relate les décisions prises, etc. En dehors du numérique, on peut également évoquer d'autres dispositifs tels que "le jury citoyen" qui consiste à tirer au sort un groupe d'environ 25 personnes, l'informer et lui permettre de prendre part aux décisions aux côtés des experts. Un autre dispositif nous vient des Etats Unis: " le Community Organizing ". Il s'agit d'inclure les citoyens les plus éloignés de la sphère politique en faisant du porte-à-porte et en identifiant leurs besoins.

Et le citoyen tunisien alors?

La Tunisie postrévolutionnaire s'inscrit progressivement dans cette démarche. L'État a adhéré en Janvier 2014 à l'Open Gouvernement Partnership: partenariat international lancé par Barack Obama en 2011 afin de promouvoir la participation des citoyens à la démocratie et la transparence des appareils étatiques. Encore plus active que l'État est la société civile.

Plusieurs associations ou ONG (Organisations Non Gouvernementales) ont décidé de travailler sur la promotion de la citoyenneté. AlBawsala en est une importante illustration. Cette organisation indépendante joue le rôle d'intermédiaire entre les Tunisiens et leurs représentants. Son action a démarré lors de l'écriture de la Constitution et continue aujourd'hui avec l'ARP (Assemblée des Représentants du Peuple). Une autre initiative serait également fort intéressante à signaler, celle de l'organisation Action Associative. Cette ONG a instauré le budget participatif au niveau de dix municipalités tunisiennes: il s'agit de permettre au citoyen d'avoir son mot à dire quant à la manière de dépenser une partie du budget municipal.

La Tunisie, demain?

Les expériences démocratiques européenne et américaine ont prouvé que le modèle de démocratie représentative n'était pas idéal. La rupture entre l'élite et le peuple dans ces pays est largement consommée. Pour ne pas renverser l'échiquier et couler sous l'anarchie, ils expérimentent toutes sortes de dispositifs visant à inclure le citoyen dans les processus décisionnels.

La Tunisie, bâtissant aujourd'hui son régime démocratique, doit tirer les leçons de ces expériences et prévoir une place centrale à ses citoyens. Les exemples cités plus haut semblent indiquer que nous avons déjà emprunté ce chemin. Et c'est plutôt une bonne nouvelle. Il faut néanmoins être conscient qu'il s'agit d'un parcours tortueux et que seules la persévérance et la détermination de tous -État et société civile confondus- nous mèneront à bon port.

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