Huffpost Tunisie mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Hela Amdouni Headshot

Pourquoi éduquons-nous nos enfants? (1/2)

Publication: Mis à jour:
SCHOOL TUNISIA
MARTIN BUREAU/AFP/Getty Images
Imprimer

-Ministre à changer! Les grèves sont nécessaires! Le respect sinon on passe aux injures! Non aux associations de parents!

-Arrêtons les grèves! Stop aux cours particuliers! Supprimons la semaine bloquée! Euh, finalement, les élèves ont raison, je crois! Ministre à garder!

-Stop au bourrage de crâne! Trop d'examens! On veut du temps libre!

Ce dialogue de sourds est le reflet -sans trucage, aucun- du système éducatif tunisien actuel: un syndicat continûment révolté, un ministère tremblotant et des élèves marginalisés, sans voix/voie. Comme pour tous les autres domaines, nous avons pris l'habitude d'intervenir uniquement en cas d'urgence et de privilégier les traitements superficiels. Aucune hauteur de vue, aucun recul.

Des diagnostics? Oui, cela il en pleut des cordes chez nous! Ah, des mesures concrètes? Non pour ceci essayez de revenir demain, il se peut que nous en recevions d'ici là!

Il est plus que jamais temps de revenir aux fondements, de comprendre les origines de cette crise, d'apporter des solutions à long terme... En un mot, il est plus que jamais temps d'élaborer une vision.

Pourquoi éduquons-nous nos enfants?

Nous poser une question aussi fondamentale peut nous aider à avoir un regard extérieur sur notre système éducatif. La réponse peut se décliner en trois dimensions:

L'Homme: la première dimension est sans doute celle de l'élévation de l'Homme d'un état primitif -où ses besoins se résument à la nourriture et au sommeil- à un état d'éveil où il apprend à bâtir un projet, à avoir des ambitions propres, à être actif et à apporter une valeur ajoutée à son environnement.

Le citoyen: la deuxième dimension est celle de la citoyenneté. L'Homme -ou l'élève- prend ici conscience de son appartenance à sa cité. Il apprend à interagir et à évoluer au sein d'une société. Il se familiarise avec le contrat social -pour paraphraser Rousseau- qui le lie et l'associe à l'Autre.

Le travailleur : la troisième dimension est celle de l'épanouissement et de l'utilité économiques. Le jeune doit ici apprendre à se percevoir comme la force vive de sa nation et non comme un fardeau que l'on voudrait à tout prix caser pour éviter d'augmenter les chiffres du chômage.

Du pourquoi au comment

Les objectifs fondamentaux de l'école étant posés, il faut à présent nous pencher sur le côté pratique: comment le système éducatif peut-il embrasser ces trois dimensions -l'Homme, le citoyen et le travailleur- à la fois?

Pour espérer concrétiser la totalité des objectifs mentionnés plus haut, l'école devrait s'appuyer sur quatre piliers.

Premier pilier - l'instruction

L'apprentissage à l'école est basé sur la maitrise des fondamentaux: lire, écrire et compter. A travers ceci, l'élève apprend la logique, la rationalité et l'enchainement des idées. De ce point de vue-là, nous pouvons dire que l'école tunisienne est plutôt à la hauteur. Mais depuis plusieurs années, nous faisons face à une dérive que l'on pourrait qualifier de "culture d'excellence mal comprise".

En effet, aujourd'hui, l'objectif ultime des parents, en envoyant leurs enfants à l'école, est de les voir obtenir une super note. L'institution éducative est réduite à une grande salle d'examens; si bien que les élèves s'empressent d'oublier toute connaissance acquise aussitôt après avoir passé leurs évaluations.

Les écoliers, collégiens ou lycéens ont perdu de vue que l'école - ou le collège ou le lycée- a été créée pour les préparer aux prochaines étapes de leur existence, pour leur fournir tous les outils d'autonomie et d'émancipation intellectuelle nécessaires. L'établissement éducatif s'est vu peu à peu isolé du "monde extérieur" à tel point que les jeunes n'y voient plus rien d'autre qu'un "temple de l'ennui".

Mais comment sortir de cette impasse?

Deuxième pilier - l'esprit critique

Il serait intéressant de noter que l'étymologie du terme "instruction" renvoie au fait de "mettre en place une armée".

Ainsi, l'instruction fournit à l'élève un ensemble d'outils. Mais l'aventure ne s'arrête pas là. Il reste une marche importante à suivre; celle d'apprendre à articuler ces outils afin de s'en servir convenablement. Pour y arriver, il faut sortir de la logique disciplinaire qui érige des cloisons entre les maths, la physique, l'arabe, la chimie, le français... Il faut connecter ces connaissances non seulement les unes aux autres mais également à la vie en dehors de l'école. Ceci peut s'appliquer à travers différentes méthodes:

La concrétisation des savoirs: montrer aux élèves comment ces connaissances peuvent être utilisées de façon concrète. On peut prendre pour exemple la chimie et le sport: grâce à la chimie les skieurs bénéficient de matériaux de plus en plus perfectionnés, ce qui leur permet d'être toujours plus performants.

L'interdisciplinarité: il serait pertinent de dédier une heure par semaine à une séance interdisciplinaire. Au cours de celle-ci, le professeur demanderait aux élèves de préparer des projets autour de thématiques transversales (exemple: le développement durable), les amenant ainsi à mobiliser différents types de savoirs (géographie, sciences de la vie et de la terre, arabe/français/anglais...).

Le débat : Pour savoir élaborer une opinion, argumenter, déconstruire des idées reçues, l'élève doit maîtriser différentes connaissances. L'école doit lui offrir un espace sain et encadré pour apprendre à réfléchir, échanger sereinement avec l'Autre et se confronter à des idéologies et des croyances différentes des siennes.

Les médias et l'Internet: l'école doit également fournir à l'élève des clés pour qu'il apprenne à saisir et analyser le contenu d'un article, discerner les vraies informations sur internet, identifier une propagande... être armé face aux risques d'endoctrinement.

Les troisième et quatrième piliers sont à suivre.

Note: ce texte est extrait d'une conférence que j'ai donnée en date du 31 Mars 2017 à l'Association ElSpace. Tous les mois, cette organisation donne la parole à un(e) jeune Tunisien/Tunisienne dans le cadre de ses learning labs qui s'intitulent: Quelle société voulez-vous construire en Tunisie?
Je voudrais d'ailleurs ici leur adresser mes remerciements pour leur travail et pour cette belle opportunité.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.