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Pourquoi éduquons-nous nos enfants? (2/2)

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TUNISIA SCHOOL
MARTIN BUREAU/AFP/ Getty Images
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Nous avons vu dans la première partie de cet article que la réponse à cette question embrasse trois dimensions: l'Homme, le citoyen et le travailleur. En nous penchant sur la concrétisation de ces objectifs, nous avons analysé deux premiers piliers sur lesquels l'école devrait reposer: l'instruction et l'esprit critique. Nous allons aujourd'hui poursuivre avec le troisième et le quatrième pilier.

Troisième pilier - La culture

Voici un concept complètement étranger au système éducatif tunisien. La culture est pourtant le ciment de la nation et la quintessence de l'âme.

  • Appartenance nationale

L'article 19 de la Constitution tunisienne dispose que " L'État veille [...] à l'enracinement des jeunes générations dans leur identité arabe et islamique et leur appartenance nationale."

L'école a indéniablement un rôle à jouer ici. Et c'est ce qu'elle est censée faire à travers des disciplines telles que la géographie, l'histoire, l'éducation civile... Or, nous savons très bien que ces matières sont méprisées au profit des matières scientifiques (mathématiques, physique, etc.).

Comment donc inverser cette tendance impertinente? - À travers l'instruction ludique! Au lieu de se contenter de récits indigestes, d'alignements infinis de dates et d'évènements... au lieu de se contenter d'un apprentissage passif, pourquoi ne pas:

  1. À côté des cours classiques d'histoire: faire découvrir aux élèves des expositions à caractère historique telles que "L'éveil d'une Nation, Tunisie 1837-1881". La dimension concrète de cette démarche les attirerait certainement beaucoup plus. L'Histoire de leur pays ne serait plus cette chose figée et ennuyeuse mais un univers animé.
  2. À côté des cours classiques d'éducation civique: organiser des séances-débats autour de la Révolution (de 2010-2011) afin d'expliquer aux élèves ce qu'est une dictature, pourquoi les gens se sont soulevés, ce que nous avons gagné en droits... afin qu'ils s'intéressent à leur pays et que leur appartenance nationale soit consolidée.
  3. À côté des cours classiques d'éducation religieuse: débattre de l'actualité du monde arabo-musulman. Parler du conflit sunnite-chiite, de la tolérance religieuse, des écoles de jurisprudence, etc. afin d'avoir, au-delà de la religion, une culture religieuse.
  • Culture générale

La suite de l'article 39 de la Constitution dispose que "Il [l'Etat] encourage l'ouverture sur les langues étrangères et les civilisations. Il veille à la diffusion de la culture des droits de l'Homme."

À nouveau, l'école a ici un rôle à jouer. Elle doit enrichir la culture générale des élèves. Elle doit notamment leur apprendre qu'au-delà des frontières nationales, il existe d'autres Histoires tout aussi intéressantes à connaitre comme la Révolution française qui est tout de même le point de séparation entre les Temps modernes et l'Epoque contemporaine. L'école doit également familiariser les jeunes avec des figures mondiales qui ont changé le cours de l'Histoire telles que Martin Luther King ou Ghandi. Les organisations internationales, comme l'Organisation des Nations Unies, doivent aussi être abordées.

  • Aventures

Toujours dans le cadre de la culture, le système éducatif doit apprendre aux élèves à nourrir leurs âmes et trouver leurs "aventures".

Il serait important que l'école amène les élèves vers des activités culturelles telles que la musique, le théâtre, la lecture, la photographie, la peinture... Qu'ils découvrent leurs propres talents et vivent leurs aventures!

Un dramaturge britannique, Justin Butcher, m'a dit un jour:

"Durant les manifestations, les gens volent les magasins de quartiers, cassent des vitres... Souvent ils ne sont pas là pour servir une cause mais juste pour l'excitation qui entoure ce genre d'actions... pour l'aventure... Nous avons tous besoin d'aventures. Les éducateurs, les 'faiseurs de culture' doivent offrir aux jeunes plus d'opportunités stimulantes."


Quatrième pilier - employabilité

En plus des trois piliers que nous venons de détailler -l'instruction, l'esprit critique et la culture- l'école doit s'appuyer sur un quatrième pilier; celui de l'employabilité.

Nul besoin de rappeler les chiffres du chômage et le pourcentage affligeant de jeunes diplômés chômeurs, nous savons tous ce qu'il en est.

Sous l'égide du ministère de l'éducation, un dialogue national avait eu lieu, en 2016, autour du système éducatif. Il a donné naissance à un livre blanc contenant à la fois un diagnostic et des réformes.

Parmi les problématiques abordées, ce livre s'est particulièrement penché sur l'orientation scolaire/universitaire et sur la nécessité de favoriser les formations professionnelles; ce qui est plutôt une bonne chose. Seulement, pour concrétiser cette démarche, il faudrait déjà changer les mentalités, la formation professionnelle (التكوين المهني) souffrant toujours d'une connotation négative. Il faudrait que notre société mette enfin sur le même pied d'égalité la formation académique et la formation professionnelle, comme ceci est déjà le cas dans différents pays tels que l'Allemagne et la Suisse.

Concernant l'orientation, il faudrait que l'élève ait le droit à bien plus qu'un catalogue de formations. Il faudrait qu'il bénéficie d'un véritable accompagnement lui permettant de choisir sa voie et mûrir son projet professionnel.

Rappelons à ce titre, que suite à la Révolution du 17 décembre-14 janvier, la République tunisienne a intégré une nouvelle valeur à son slogan : la dignité!

Et qu'est-ce que la dignité, sinon le droit d'avoir des rêves et ambitions au-delà de tout déterminisme social? Qu'est-ce que la dignité sinon la possibilité pour tout Tunisien de devenir médecin, ministre ou avocat sans que son père ou sa mère ne le soit? Qu'est-ce que la dignité sinon une école et un Etat consacrant la méritocratie et préservant l'ascenseur social?

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