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Ce jeune couple tunisien sillonne le monde à pied: Rencontre avec Mohamed et Fadoua

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Tunisian Walkers Around the World
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Mohamed Ben Brahim, jeune tunisien ambitieux de trente-deux ans, a pris un chemin de non-retour.

De formation militaire, forces spéciales, et diplômé en mécanique navale, Mohamed s'est uni avec sa fiancée Fadoua Rouiss, polytechnicienne ingénieure, longtemps spécialiste en gaz-pétrole et pilote de véhicules tout-terrain (4*4).

À deux, ils ont un but, celui de sillonner le monde.

Au milieu de leur périple, rien ne les démotivera à faire le tour du monde à pieds, en trois ans.

Pour Mohamed, ce rêve s'est nourri d'une expérience qu'il a mené à travers la Tunisie en vélo.
Cette convoitise s'est développée, au fur et à mesure, d'un tour d'Afrique à pieds, à un tour du monde.

La monotonie d'une vie routinière lui a fait rappeler une vie antérieure passée entre la Turquie, la Syrie et le Liban, avant les conflits de 2011-2012. Ce besoin viscéral d'atmosphère multiculturelle riche en échanges s'était ravivé.

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Quant à Fadwa, une brave tunisienne qui a fait le tour du Sud tunisien en solo, rêvassait de tout plaquer et de partir à la quête d'un enrichissement personnel et d'une purification spirituelle. Partir faire la vie nomade et "conquérir le monde" était un défi ultime qu'elle voulait relever.

Partis le 6 Octobre 2017, le jeune couple tunisien a entamé la marche à travers la bande du Sahel, en commençant par le Sénégal à l'ouest jusqu'au Soudan à l'est, avant de traverser la Mer Rouge pour la péninsule Arabe et le reste de l'Asie. L'itinéraire se fera à l'horizontal jusqu'au Canada. Un périple qui sera marqué par une marche pour la paix et également pour promouvoir l'image de la Tunisie.

Mission et chroniques

Selon ces citoyens du monde, le partage tout au long du chemin est un terme de référence clé.

Mis à part les plats et le thé tunisien qu'ils font goûter aux personnes qu'ils croisent dans les quatre coins du monde, le savoir est également une notion à consommer et à transmettre aux petits enfants des villages oubliés et aux populations vulnérables, en assurant des cours d'alphabétisation et de langue.

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En outre, une fois achevé, ce voyage fera peut-être couler l'encre dans le Livre Guinness des records, faisant de Mohamed et Fadoua les premiers africain(es) et premiers arabes, à faire le tour du monde à pieds.

Avec le drapeau tunisien toujours hissé, criant sur tous les toits leur fierté et leur patriotisme pendant cette vadrouille, il sert aussi de surface sur laquelle les petits enfants villageois peuvent inscrire leurs rêves innocents et ambitieux.

Un geste qui laisse penser à un "Rêve Tunisien", à être interprété positivement dans une optique d'enracinement et authentique, mais aussi universaliste.

Malgré des difficultés de mobilité, de procédures administratives compliquées et de situation sécuritaire - parfois précaire, Mohamed et Fadoua perdent pas leur motivation, et aspirent à trouver des alternatives afin de continuer leur chemin tout en se préservant corps et âme pour les années à venir.

"J'aurai aimé que le monde soit sans frontières, nous appartenons tous à une seule planète. La terre est belle, pourquoi se priver de sa beauté?", lance Mohamed.

D'ailleurs pendant son expérience en mécanique navale, Mohamed confirme avoir été marqué par les questions migratoires et par des personnes en mouvement. Il a même témoigné, raconte-t-il, des opérations de migrations irrégulières dans le bassin méditerranéen. "J'ai été témoin de petits navires avec soixante personnes à bord. Une simple brise pouvait les renverser... Parfois le soir, on entendait des voix humaines et des chants clandestins au milieu du large".

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Fadoua affirme qu'ils ne se sont pas sentis menacés ou en danger au cours de leur voyage à pieds. "Les gens qu'on a croisé tout au long du chemin étaient tous pacifiques et ont toujours fait preuve d'hospitalité. Surtout les populations démunies dans les villages aux ressources limitées, elles ont toujours partagé avec nous leurs repas et nous ont offert un toit pour y passer la nuit".

À l'encontre de certaines perceptions catégoriques, la jeune fille dit que "les apparences sont trompeuses et les stéréotypes n'ont pas de sens... On s'est toujours senti en sécurité. Le seul danger auquel on avait fait face, c'était face à des prédateurs, et notamment un soir pendant qu'un loup guettait notre tente encerclée de plantes épineuses à proximité d'une forêt au Sénégal. Autrement, on n'a jamais eu peur des gens. Ils étaient pacifiques et accueillants".

Après 1400 km de marche de Dakar au Sénégal, puis à Bamako au Mali, les deux voyageurs racontent qu'ils ont déjà fait l'expérience de montées d'adrénaline pendant des nuits passées dans des milieux hasardeux, avoir passé de longues journées sous un soleil de plomb, et des fois même, ont dû gérer les petites quantités d'eau ou de nourriture qui leurs restent, étant physiquement loin et déconnectés de tout aspect urbain ou civique.

Auto-épanouissement et gratitude

Mohamed et Fadoua tiennent à saluer le rôle des ambassades tunisiennes au Sénégal et au Mali pour l'accueil vif et la coordination avec les autorités locales pour faciliter leurs accès et leurs sorties.

D'ailleurs, en vue de la situation sécuritaire volatile dans plusieurs zones frontalières et régionales du Mali - souvent animées par des conflits armés, l'ambassade tunisienne au Mali leur a fortement recommandé de ne pas continuer la marche vers les autres pays voisins. On leurs a recommandé de prendre l'avion vers l'Égypte afin de continuer la marche à pieds.

À contre-cœur, étant conscient de la situation, le couple a choisi de suivre le conseil de la représentation tunisienne à Bamako. Pour compenser l'itinéraire perdu, ils marcheront tout l'Égypte du Nord au Sud, jusqu'au Soudan, en suivant le Nil.

Toujours à la recherche d'un sponsoring pour booster leur enthousiasme et la faisabilité de ce brave projet, et conformément à leurs homologues marcheurs du monde, Mohamed et Fadoua ont préparé un dossier de sponsoring "bien élaboré et complet" pour toute fin utile.
(Contacter Mohamed et Fadoua)

Leur nomadisme à travers les différents continents, leur permettra d'honorer l'image de leur pays d'origine, la Tunisie, de la jeunesse, de la paix et la cohabitation. Le message qu'ils portent avec eux reflète des intentions nobles et aspire à un aboutissement important, pour une jeunesse tunisienne rêveuse et avec beaucoup de potentiel, mais en grand besoin de soutien.

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