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La femme tunisienne est "Digourdia", d'après une conductrice de taxi collectif

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"La rue est une école quotidienne vers une autre école," telle est ma devise de tous les jours.

En démarrant la journée, il y a deux modes qui peuvent s'activer. Le premier, c'est lorsque nous nous réveillons pensifs avec du mal à assimiler les événements minimes que nous traversons. Par ailleurs, à ce moment, nous sommes absorbés par un spectre de préoccupations et d'idées abstraites, entre l'analyse d'une situation actuelle qui requiert une réponse, ou la prochaine action à prendre pour y remédier.

L'autre mode, cependant, est un voyage quotidien, consistant en une interaction sociale. Pour certains, malgré son aspect difficile, il est agréable pour ce qu'il est.

L'itinéraire

Sorti.

Cheminant les rues de La Marsa, sirotant mon café habituel et profitant de la brise marine matinale, je me dirige vers la station des taxis collectifs pour continuer mon chemin vers le bureau.

C'est en effet cette station, si petite et si authentique, de La Marsa Ville, construite au bord d'un rond-point. Le bâtiment contient un abri pour les passagers, avec des bancs décorés en faïence tunisienne traditionnelle. L'espace comprend également un mini kiosque à journaux et une modeste cafétéria.

station

station

Je remarque une place libre dans un taxi collectif, Je m'approche et je monte...
À ma grande surprise, j'aperçois une dame assise sur le siège conducteur. Oui, en effet, le chauffeur est une femme.
Avec un sourire candide, je la salue "Bonjour Madame!".

Mme. Radhia, la Lève-tôt de la Route

tata radhia

Mme Radhia, est l'une des rares conductrices de taxis collectifs en Tunisie. Une telle fonction assumée par des femmes ne court pas les rues.

Par une bien belle coïncidence, c'était le 13 août, la Fête de la Femme tunisienne.
Mme. Radhia, la quarantaine, portait des lunettes de soleil aviateur, des gants blancs pour se protéger du soleil pénétrant, et ses cheveux étaient attachés en chignon pour laisser voir ses fines boucles d'oreilles.

Je prends place à côté d'elle, dans son véhicule propre et rangé. Curieux, j'entame la conversation avec elle et Mme Radhia - avec courtoisie, accepte de répondre à mes questions.
"Cela fait plus de dix ans que j'ai pris le volant, pour la première fois, en tant que conductrice de taxi collectif".

Je m'y intéresse de plus près. Cela m'intriguait de savoir comment elle réussissait quotidiennement à gérer des dizaines et des dizaines de passagers.

Je savais que les termes de référence sont génériques. Cela consiste à conduire dans un itinéraire bien tracé, qui part de La Marsa, à travers l'autoroute, vers le centre-ville de Tunis, et vice-versa, et ce pendant de longues heures.

Pendant ce temps, la collecte des frais des passagers se fait sur la route en conduisant. Cette approche, aussi dangereuse qu'elle soit, ajoute une couche sur la lourde responsabilité du chauffeur.

Pour elle, "Les valeurs, la politesse et la courtoisie dans mon attitude, sont les règles d'échange de service avec mes clients". Il est essentiel de garder une attitude pacifiste et un tempérament modéré, particulièrement pour ce travail de terrain qui est exigeant autant physiquement que mentalement.

En outre, les chauffeurs de taxis collectifs sont exposés à tous types de passagers. Certaines personnes peuvent être agressives, violentes ou peuvent faire face à des resquilleurs.

Pourtant, Mme Radhia semblait enchantée à l'occasion de la Fête de la Femme tunisienne. Elle en a profité pour transmettre un message bien qu'un peu ferme, mais surtout positif, appelant les femmes tunisiennes à bouger, "Elles doivent travailler et se battre pour travailler! On voit que beaucoup de femmes dépendent de plus en plus de leur mari. Celles qui n'ont pas eu l'opportunité de poursuivre une éducation institutionnalisée se démotivent. Le marché du travail n'est pas seulement restreint aux emplois basés sur l'éducation scolaire." avance-t-elle. "La femme tunisienne est "Digourdia" (dégourdie) de nature. Je souhaite la voir se débrouiller. Allez passer votre permis de conduire! Travaillez comme conductrice de taxi, par exemple".

Le revers de la médaille

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La façon dont Mme Radhia gérait son véhicule et ses passagers était remarquable. Mais son respect du code de la route, des panneaux ou encore de la vitesse maximale était encore plus admirable comparé aux chauffeurs de taxi habituels.

Mme Radhia, est le parfait exemple illustrant l'idée de "Meilleur Citoyen". Si nous, aussi différents que nous soyons, commençons à embrasser (même légèrement) une version meilleure de notre comportement social, nous pourrons alors nous élever.

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