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What's wrong with you, America?

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TRUMP
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ÉLECTIONS AMÉRICAINES - "Je serai le président de tous les Américains." Au début, l'on croit rêver. Puis il revient à la charge: "Nous allons renouveler le rêve américain". Il a bel et bien dit ça. Il est 3h20 à New York et Donald Trump, encore officiellement candidat à la course à la présidence des Etats-Unis prononce un discours de victoire. Elle n'est pas encore sûre, mais elle est plus que probable. La Floride a voté, contre toute attente, pour le parti républicain; et hormis la "ceinture bleue", Donald Trump semble avoir, au regard des résultats qui tombent, petit à petit, remporté tous les États-clés: la Pennsylvanie, la Caroline du Nord, l'Ohio et l'Iowa qui semblaient, hier encore, pouvoir lui barrer la route.

7h30, c'est officiel. Même si Hillary Clinton s'est avouée vaincue quelques heures plus tôt, les résultats sont là. Donald Trump sera le 45ème président des Etats-Unis. Avec 300 voix de grands électeurs (ce qui représente 29 voix de plus qu'il ne faut aux 271 requises) et plus d'un million de voix citoyennes de plus que la candidate démocrate, le monde se rend à l'évidence.

Mais gardons notre sang-froid. Donald Trump n'est pas Hitler, il n'est pas Mussolini et il n'est pas Staline. Il n'est pas Pol Pot et encore moins Pinochet. Il semblerait, avec un peu de recul (dont nous manquons trop souvent) que la personnalité politique qui lui ressemble le plus soit celle de Silvio Berlusconi. Loin de représenter l'idéal démocratique, Berlusconi était un milliardaire corrompu, un "voyou" en somme qui, à la tête de Forza Italia puis du pays, a passé des années à engraisser son compte en banque et les rédactions italiennes avec des histoires de mœurs; mais que retient-on de son mandat? Rien. Et pour cause, Silvio Berlusconi n'a rien fait. Il n'a rien fait de bien, et il n'a rien fait de mal, non plus.

"Yes, we can"?

Est-ce que les briques et le ciment sont en route vers le Texas, le Nouveau Mexique et la Californie pour construire le "mur" à la frontière mexicaine? Non! Il n'y aura pas de mur. Il n'y aura pas d'expulsions en masse ni d'interdiction pour les musulmans d'entrer sur le sol américain. Et ce, pour la simple et unique raison qu'il existe un énorme fossé entre les promesses de campagne et la réelle marge de manœuvre que peut avoir un candidat, devenu président. Oui, les promesses de campagne de Donald Trump sont des promesses populistes, démagogiques, idéalistes, pour certains et nauséabondes, pour d'autres; mais qui les a réellement crues, un jour? Elles ne font que s'adapter à un électorat qui semble fantasmer à l'idée d'un scénario catastrophe. Alors pourquoi les croire aujourd'hui?

Certains parlent de la revanche d'une certaine Amérique "blanche", d'autres d'un vote contre l'establishment. À cette heure, il semble un peu précipité de tirer des conclusion aussi hâtives et définitives sur ce qui explique réellement le vote pour Donald Trump. Mais force est de constater, avec les éléments que nous avons, que la consécration de Trump et du "trumpisme" est due à tout sauf au hasard. Les deux mandats de G. W. Bush, marqués par les évènements du 11 septembre 2001 et l'institution du Patriot Act ont permis une profonde "droitisation" de la scène politique américaine. Les deux mandats de Barack Obama n'ont, même si le président démocrate a tenté d'orienter ses politiques publiques vers un axe plus socialiste, pas permis de stopper la montée du spectre réactionnaire. Ainsi, lorsqu'en 2016, les deux candidats proposés à la présidence se retrouvent être, d'un côté, un outsider milliardaire et, de l'autre, une ancienne secrétaire d'État femme d'un ancien président, le choix bien que cornélien et dur à assumer, semble vite fait.

Et c'est de cela, pour la plupart, que se réclame l'électorat de Donald Trump. Même si profondément divisés, les citoyens qui soutenaient le candidat républicain étaient d'accords sur une chose, au moins: "Pas Hillary".

"Hillary's dilemma"

D'où lui vient donc cette impopularité?

Eh bien, premièrement, ses quatre années passées au secrétariat d'État ont été, au mieux, le reflet d'un appauvrissement atterrant de la politique étrangère américaine et au pire, un cataclysme diplomatique. Le bilan d'Hillary Clinton, à ce niveau est tout bonnement catastrophique. Que ce soit en Libye ou en Syrie, Hillary Clinton a lamentablement failli. Le cessez-le-feu que son administration se targue d'avoir instauré entre Israël et la Palestine n'aura duré que quelques semaines et, avouons-le, il avait ces particularités qu'avaient tous les autres cessez-le-feu entre les deux partis, ces dernières décennies: mou et contreproductif. Enfin, sa tentative de recadrage économique en Asie n'a, en plus d'échouer, que permis de faire de la Chine (premier partenaire économique des États-Unis) un ennemi potentiel.

Et est-il nécessaire de parler des nombreux mails de l'ancienne secrétaire d'État que WikiLeaks a malicieusement dévoilé en saccade ces dernières semaines? Mais libre à chacun de se faire sa propre opinion sur le sujet.

Enfin, Hillary Clinton était, avouons-le, une mauvaise candidate. Elle manquait d'authenticité. Toutes ses phrases, toutes ses prises de position semblaient être calculées et étudiées. Et pour cause, cela n'a-t-il pas valu un poste à Donna Brazile, journaliste de CNN qui avait, à la veille d'un débat avec Bernie Sanders, fourni à la candidate démocrate les questions qui lui seraient posées à l'avance? Les mails échangés avec John Podesta, son directeur de campagne, ne le montrent que trop bien: la candidate manquait d'idées et d'innovation. Et c'est dommage. En somme, Hillary Clinton ressemblait étrangement au fantôme d'un Bill Clinton qui essayerait de se déguiser en avatar féminin de Barack Obama. Mais le costume semblait trop grand.

Parenthèse Outre-Atlantique

Quid des perspectives diplomatiques de Donald Trump ?

Ses propos élogieux envers Vladimir Poutine laissent présager une réouverture du dialogue entre les Etats-Unis et la Russie. Cela permettra-t-il de déverrouiller les relations avec l'Iran? À ce stade, nul ne le sait.

Néanmoins, ce que l'on peut affirmer, c'est que le grand perdant de ces élections américaines reste l'Europe. Seulement quelques heures après la proclamation de la victoire de Donald Trump, les leaders européens ont quasiment tous adressé un message, congratulant leur nouvel interlocuteur outre-Atlantique. Seule différence, leurs niveaux d'enthousiasme. Si les voix du Vieux Continent (Donald Tusk, François Hollande, Angela Merkel...) ont unanimement adressé des messages de félicitations relativement tièdes, les représentant des extrêmes droites (Victor Orban, Marine Le Pen...) jubilaient publiquement, comme s'ils avait eux-mêmes gagné ces élections. Mais encore une fois, pas de hâte! Cela ne présage rien, puisque même si le populisme a cette perverse vertu à s'habiller d'universalisme, les conjonctures nous ramèneront toujours à la réalité.
Néanmoins, après le Brexit, nous pouvons légitimement nous poser la question de l'avenir d'une Europe qui devra, sans doute, repenser son intégration.

*

En conclusion, le point indéniablement négatif que l'on pourrait incomber au mandat de Trump, en interne, c'est l'éventuelle fin de l'ObamaCare. Avec un Congrès et un Sénat aux couleurs des Républicains (aujourd'hui, seul un Démocrate siège au Sénat), il est très probable que les deux institutions veuillent entacher la mémoire du Grand prédécesseur. Mais qu'à cela ne tienne; Obama était un grand président, et il le restera. Le peuple américain sera, malheureusement la première victime de ces calculs revanchards puisqu'il devra revoir son système de protection sociale à la baisse.

Enfin, il semble qu'il ne faudrait pas avoir peur de Donald Trump. Le nouveau président des États-Unis n'a pas d'équipe. À part Mike Pence, qui sera le prochain vice-président, personne n'est présagé. Aucun économiste ne semble tourner autour de lui, aucun internationaliste, géopoliticien ou autre. D'ici le 20 janvier 2017, Donald Trump devra présenter une liste de 1.200 noms qui formeront son administration. Cette liste est, à ce jour, toujours vide. Et pour cause, Trump ne sera que la vitrine de la politique qui se fera aux États-Unis ces quatre prochaines années. Tout sera géré par le parti. Tout.

Entre la peste et le choléra il aura donc fallu choisir. Espérons simplement que cette élection (qui aura été la pire de l'histoire du pays) permettra au parti démocrate (qui se repose sur ses lauriers depuis 2013) d'imploser, sinon de se reconstruire en profondeur et de présenter, d'ici un an et demi ou deux, dans le pire des cas, un candidat valable, issue d'une solide opposition; un candidat dynamique, qui ne sera pas issu de l'establishment et qui retrouvera ce qui lui revient de droit.

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