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Tragique dialogue de sourds sur Medi1 TV

Publication: Mis à jour:
MEDI1 TV
Capture d'écran/YouTube
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POLITIQUE - L'optimisme voit le bien partout. Le pessimisme voit le mal partout. Le tragique voit le monde tel qu'il est. Et c'est bien à une tragédie que nous avons assisté dimanche dernier sur Médi1 TV, une tragédie qui n'a fait que montrer, pendant près de deux heures sur une chaîne nationale, le monde politique tel qu'il est, au Maroc.

Les représentants principaux des partis politiques (moins deux), en course pour les élections législatives qui se tiendront dans deux jours, se sont essayés à un exercice nouveau dans le champ politico-médiatique marocain: le débat. Pendant près de deux heures, donc, Hamid Chabat (Istiqlal), Iliyas El Omari (PAM), Nabil Benabdellah (PPS), Driss Lachgar (USFP) et Mohamed Sajid (UC) se sont adonnés à une joute oratoire nombriliste et contreproductive plus encadrée qu'autre chose et qui, au final, nous aura, si l'on regarde bien, permis d'ouvrir les yeux sur la réalité de nos élites politiques.

Ça n'aura échappé à personne; bien avant le fond du débat, bien avant la forme et la tournure qu'a pris cette émission, ce sont les absents qui se sont le plus fait remarquer. En effet, Abdelilah Benkirane (PJD) et Salaheddine Mezouar (RNI), représentants des premiers (PJD) et troisième (RNI) partis majoritaires au parlement, ont décliné l'invitation de Médi1 TV. L'équipe de tournage a néanmoins pris le soin de conserver, sur le plateau, les pupitres qui leurs étaient destinés laissant ainsi les cinq gladiateurs présents sur l'arène fustiger les fantômes de leurs opposants.

L'opposition pouvait ainsi, à sa guise, casser du sucre sur le dos d'un gouvernement qui préféra faire la sourde oreille. Et pour cause, le PJD qui, depuis que la course aux élections est lancée, semble se complaire dans sa position de parti "sortant" qui pense ne rien devoir à personne, surtout lorsqu'il s'agit d'explications... À moins que Abdelilah Benkirane ait peur des traquenards? La question reste ouverte.

Quant au RNI, fidèle à lui-même et à son image d'"indépendant", il se conforte dans un nombrilisme qui lui fait penser que ses représentants valent peut-être mieux que tout cela.

Reste ceux qui étaient là. Les cinq piliers, encore debout, de la politique marocaine. Les cinq ténors des hémicycles, les patrons de la bureaucratie, des meetings populistes ou des engueulades interminables se sont, malheureusement, avérés être de piètres communicants. D'une part, en ne maîtrisant pas l'exercice des une minute trente, puisque c'est le temps qu'il a fallu, en moyenne, à chacun des participants pour présenter le préambule de l'introduction de leurs réponses ou à répondre, purement et simplement à côté de la plaque (Cf. les questions relatives au secteur de la santé).

Encore que répondre à des questions aussi générales que celles de la santé ou de l'éducation en quatre-vingt dix secondes paraît, au mieux impossible et au pire, totalement absurde. Nos politiques sont habitués à déblatérer pendant des heures devant des parterres de sympathisants, ou à hausser le ton devant des groupes parlementaires... Ils ne sont pas habitués à la concision. Et c'est peut-être tant mieux, dans un sens.

Enfin, je ne reviendrai pas sur les propos de tous et de chacun. Ils se ressemblent. Chacun d'entre eux trouve écho dans la voix de l'autre. Les présentateurs coupent la parole aux participants toutes les quatre-vingt dix secondes et ce qui peut parfois paraître maladroit ne fait que traduire - inconsciemment? - et de manière burlesque ce qui, tous les jours, a lieu sur la scène politique marocaine: une multitude d'acteurs qui rabâchent la même chose; un dialogue de sourds où chacun interrompt l'autre pour reformuler ce qu'il était trop occupé à ne pas entendre.

En conclusion, le débat du 2 octobre était décevant. Décevant de réalisme.

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