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L'eau, un combat d'aujourd'hui, une guerre pour demain?

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WELL WATER MOROCCO
Rafael Marchante / Reuters
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RESSOURCES - "Soyons tous conscients que cette planète n'est pas un acquis". C'est sur ces mots que s'est clôturé le discours de remerciements de Leonardo DiCaprio lors de la 88e cérémonie des Oscars. L'acteur se veut, depuis 1998, grand défenseur de la cause environnementale. Et pour cause, à l'heure où la fonte des glaciers est, depuis 2011, officiellement déclarée, que la lutte contre le réchauffement climatique, l'industrie nucléaire et les gaz à effet de serre (GES) est lancée, "Léo" se distingue, en tant que véritable leader d'opinion, et se fait une place aux coté d'Al Gore, Éva Joly, et bien d'autres.

Derrière nous le nucléaire. Derrière nous les frontières et derrière nous les obus. Les guerres de demain seront des guerres "propres"; mais causeront-elles moins de morts? À ce rythme, je ne le pense pas. Tandis que le siècle dernier s'est tristement distingué par de nombreuses guerres pour ce que l'on appela l'or noir, il est fort probable que notre siècle soit celui des massacres pour un "or bleu"; à moins que nous n'agissions. Et vite! Alors que nous avons, nous-mêmes, fait du pétrole un besoin, il semble peu probable mais néanmoins possible d'apprendre à nous en détacher. Mais pouvons-nous nous passer de cet élément qui nous est naturellement indispensable: l'eau?

Une géopolitique de l'eau

Ce n'est un secret pour personne, l'écologie est en passe de devenir un combat; à moins que ce ne soit déjà le cas... Un combat qui, tant sur le plan national (avec la concurrence des villes et des campagnes, des politiques publiques pour lutter contre la pollution), international (la naissance d'une nouvelle forme de réfugiés: les réfugiés climatiques) que planétaire (avec la fonte des glaciers, la pollution des nappes phréatiques...) fait de plus en plus de ravages. L'eau en est, malheureusement, la première victime; la plus conséquente, également.

Au milieu de cela: les inégalités. L'eau qui, originellement, est une ressource naturelle abondante, n'est pourtant pas à la portée de tous. Aujourd'hui, en Afrique, essentiellement, plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable; plus de 3.000 d'entre elles meurent chaque jour d'avoir consommé de l'eau polluée. Mais paradoxalement, notre "planète bleue", composée à 70% d'eau ne nous offre qu'une très faible proportion d'eau potable. En effet, seule 2,5 % de cette eau est dite "douce", donc consommable (contrairement à l'eau salée) et seulement 0,7 % est accessible en surface; ce qui représente, en moyenne, 40.000 km3 par an.

Mais rien ne sert de s'alarmer; aussi dérisoires que ces chiffres puissent paraître, ils permettent amplement de satisfaire les besoins, tant vitaux qu'économiques, de notre espèce puisqu'aujourd'hui, nous consommons, en moyenne, 5.500 km3 par an. Tout va bien alors? Eh bien non! Le problème de l'eau n'est pas un problème de rareté, c'est un problème d'inégalité à l'accès. La captation, l'entretien et la distribution de l'eau n'est pas donnée à tout le monde et de la même manière ni avec les mêmes avantages.

Nul n'est besoin de rappeler qu'en Afrique, ainsi que dans certaines zones arides du Moyen-Orient, des personnes meurent, quotidiennement, de ne pas avoir accès à l'eau. Pendant ce temps, un peu plus au Nord, les Etats-Unis, la France, le Japon et le Canada consomment, à eux quatre, 1.080 litres d'eau par jour et par habitant. Sont-ils à blâmer? Pas totalement puisque ces pays se situent, géographiquement, dans les zones les moins enclines à des pénuries d'eau.

Que pouvons-nous alors espérer face à un Occident de plus en plus "hydro-boulimique" et une population mondiale qui, d'ici 2050, pourrait augmenter de 2,5 milliards, nous faisant ainsi passer le cap des 10 milliards d'individus vivant sur cette planète? Eh bien nous en avons déjà un avant-goût: bien que peu médiatisées, les guerres pour l'eau existent bel et bien. Le contrôle du plateau du Golan (occupé par Israël) est à l'origine de violentes tensions entre l'État hébreu et la Syrie; les Etats-Unis et le Mexique se disputent les eaux du Colorado, l'Égypte et le Soudan le Nil...

Pour un Maroc vert

Le Maroc qui, visiblement, semble épargné de toute perspective de conflit, à ce niveau, reste néanmoins fortement menacé. Situé sur une zone qui, d'ici l'horizon 2020, risque d'être touchée par une pénurie structurelle, le royaume a connu de nombreuses vagues de sécheresse; la plus dévastatrice étant celle de 1980 qui dura cinq ans. En constituant quelque 16% de notre PIB et en employant plus de 40% de la population, l'agriculture, secteur déterminant de notre économie, est extrêmement demandeur en eau induite; il s'agit de l'eau cachée mais néanmoins nécessaire dans les processus de production économique.

Dans les années 1950, les autorités coloniales ont compris que l'agriculture pouvait être le point fort du Maroc et ont donc entamé une large politique d'édification de barrages hydrauliques. On prête même à Théodore Steeg, successeur du résident général Hubert Lyautey, la phrase: "Au Maroc, gouverner c'est pleuvoir." Tandis que le voisin algérien tend à développer l'industrie lourde, le Maroc de Hassan II fait le pari de l'agriculture.

Avec un fort potentiel hydraulique et une fertilité des terres, le souverain a, à partir de 1974, pour projet de développer considérablement la construction de barrages à travers le royaume afin de pouvoir, dans les années qui suivent, irriguer 1 million d'hectares. 41% des investissements publics y sont consacrés, soit quelques 2 milliards de dirhams dont 400 millions par an exclusivement pour la construction des barrages. Aujourd'hui, quarante ans après, le Maroc compte 148 barrages et près de 18 milliards de m3 d'eau. En 2010, l'eau retenue dans les barrages nationaux aura irrigué 550.000 hectares de terres agricoles et alimenté villes, villages et usines.

Malheureusement, cette denrée qui, paradoxalement se veut aussi rare qu'abondante est extrêmement volatile. Souvenons-nous de nos cours de science naturelle à l'école primaire et de ce schéma qui illustre l'évaporation des eaux océaniques, les précipitations et les ruissellements; sur les 500.000 km3 d'eau qui s'évaporent chaque année, 458.000 km3 sont rendus aux mers et aux océans sous forme de pluie. La voie la plus utilisée par les eaux reste donc celle des airs. Et pour cause, même si les pluies de l'année 2014-2015 ont été plus que satisfaisantes et ont permis de remplir à près de 80% la totalité des barrages du royaume, la saison de 2015-2016 a été catastrophique.

Si la communauté internationale s'est vue prise, quasi-unanimement, d'un sentiment écologique en 1992 lors de la conférence de Rio, le Maroc a, quant à lui, injustement pris son temps et attendu les années 2011 avant de commencer à s'intéresser au secteur. Aujourd'hui, plus qu'une prémonition, c'est un fait: l'avenir de notre économie (avec l'agriculture, la pêche et le tourisme) se doit d'être vert. Nous n'avons, de toutes façons, pas d'autres alternatives puisque nous ne pouvons continuer à importer indéfiniment 94% de nos besoins en énergie fossile; une énergie sale, coûteuse et dont la fin est proche.

Avec un bilan plus que satisfaisant lors de la conférence internationale pour le climat à Paris, en 2015 (COP21), le Maroc signe une promesse d'engagement effectif en accueillant, à Marrakech, en novembre prochain, la COP22 et en voulant réduire de 13% à 30% ses émissions de GES d'ici 2030. Et puis que dire de Noor? La centrale solaire de Ouarzazate, dont le premier volet a été inaugurée en février 2016 et qui se veut, à terme, devenir la plus grande centrale solaire au monde représente une avancée incontestable. En attendant, nous pouvons toujours nous mettre au recyclage.

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