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A l'attention de Hafedh Caid Essebsi: Honte à vous et merci

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Dans une tribune publiée (et désormais retirée) sur votre page facebook, écrite dans un français très approximatif (les fans de Sonia Toumia apprécieront), vous vous en prenez à Om Zied, coupable du crime de lèse-majesté qui consiste à contester la présence de votre chef de parti (et accessoirement géniteur) lors de la commémoration du quarantième jour du martyr Mohamed Brahmi. A la lecture de ce billet, deux sentiments se sont emparés de moi: l'indignation et la gratitude.

Indignation

Bien entendu, vous avez parfaitement le droit de vous élever contre les accusations de Madame Rejiba et de défendre la présence de votre parti. Mais vous allez au-delà d'un simple droit de réponse pour tomber dans l'ignoble: l'insulte et surtout la diffamation. Donc, Om Zied est accusée d'avoir soutenu Moncef Marzouki qui, indépendamment de l'accumulation des bêtises qu'il enregistre depuis qu'il est locataire de Carthage et de sa complicité passive aux agissements d'Ennahdha, a été un vrai opposant, et c'est à ce moment-là qu'Om Zied le soutenait, elle n'a pas attendu les sondages d'opinions (qui vous font dire avec toute la certitude du monde que vous êtes les plus grands) pour claquer la porte d'un parti devenu une voiture-balai d'Ennahdha.

Vous parlez à juste titre du silence de Mme Rejiba tout le long du gouvernement Essebsi. Vous avez raison de le souligner. Ceci s'appelle un droit de réserve. On peut certes le déplorer car, émanant d'une vision patriarcale du rapport marital, il réduit la conjointe d'un ministre à un objet lui appartenant et lui impose la solidarité gouvernementale. Mais il s'agit d'une pratique courante qui ne se limite pas à notre pays (demandez à Béatrice Schonberg, à Marie Drucker ou à Anne Sinclair). Madame Rjiba ne s'est pas tue pour le "confort" qu'offre la position d'épouse d'un ministre de l'agriculture mais pour que ces prises de position ne soient pas suspectes. Et puis, nous étions en pleine "légitimité consensuelle" chère à votre parti.

Après ces arguments fallacieux, vous vous employez à décrédibiliser Madame Rjiba et son engagement militant. Ainsi, elle n'aurait pas suffisamment soutenu la liberté et la démocratie. Ceci est tout bonnement faux. Avant de lancer des accusations gratuites et mensongères, donnez-vous la peine de consulter son profil facebook pour avoir une idée sur ses prises de position. Vous vous rendrez compte qu'elle a été de tous les combats. Elle est membre de la commission de la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaid (et donc co-organisatrice de la manifestation géante du 6 août), son engagement associatif parle pour elle et ne parlons même pas de son passé militant pendant que votre président se complaisait dans l'ancien régime ou pendant qu'il affirmait sans vergogne avoir trafiqué des élections. Ayez donc l'obligeance de ne pas vous ériger en donneur de leçons de démocratie.

Et d'ailleurs, en parlant de lutte pour la justice et la liberté, Om Zied a été parmi les très rares personnes à avoir soutenu Ayoub Massoudi dans sa lutte pour le prestige et la souveraineté de la Tunisie dans l'affaire Baghdadi Mahmoudi. Quand la quasi-totalité de la classe politique a trouvé normal que cet ancien conseiller du président soit traîné dans la boue pour avoir défendu les institutions de la politique et pour avoir expliqué que nul n'était au-dessus de la loi, si haut gradé soit-il.

Gratitude

Malgré tous ces reproches, permettez-moi, cher monsieur, de vous remercier. En effet, vous rendez un grand service aux électeurs en leur expliquant la réalité de votre mentalité et celle de votre parti. Vous qui vous êtes autoproclamé défenseur de la liberté, vous n'avez aucun scrupule à dénigrer les gens qui ne pensent pas comme vous, à utiliser le mensonge et la calomnie pour faire taire vos adversaires. Vous distribuez des brevets de respectabilité à ceux qui s'alignent systématiquement sur votre opinion, la seule qui vaille. Vous vous arrogez le droit de décider de qui fait partie de la famille démocrate (celui qui a soutenu un régime dictatorial sans ciller, qui a trafiqué des élections et qui s'en vante) et qui n'en fait pas partie (une femme qui a consacré sa vie à défendre des causes justes). Vous expliquez que ceux qui ne pointent pas tous les jours au Bardo car ils auraient des réserves sur certaines méthodes ou certains participants - ou tout simplement sur la portée de ce sit-in - sont des traîtres à la patrie et qu'ils roulent certainement pour Ennahdha. Vous vous comportez exactement comme eux et c'est pour ça que j'ai toujours pensé que ce qui vous rapproche de ce parti est plus important que ce qui vous en sépare. Pour tout cet exercice de pédagogie, monsieur, je ne peux que vous remercier.