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Regard rétrospectif sur une année chaude

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ANNEE 2016
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RÉTROSPECTIVE - L'année 2016 que le monde vient de quitter aura été une année chaude au sens propre comme au figuré, une année géopolitique, géostratégique, anti-terroriste et sécuritaire par excellence, mais aussi une année qui restera dans les annales de l'histoire comme hautement écologique. Elle a connu malheureusement la plus grande catastrophe humanitaire du début du 21ème siècle.

Record de chaleur battu

L'année 2016 a connu un record de chaleur jamais enregistré depuis 1880, date du début des relevés de température. La planète s'est réchauffée de presque 1.5 degré, engendrant fonte des glaces, sècheresse, inondations et autres cataclysmes causés par les émanations de gaz à effets de serre (GES) dont l'activité humaine reste la première responsable.

Cette année aura enregistré 750 catastrophes naturelles, 8700 victimes climatiques avec à la clé un coût de 175 milliards de dollars. Néanmoins cette année aura mis en exergue la prise de conscience universelle de la dangerosité de la menace du changement climatique, par la ratification de l'accord de Paris par 111 États dont le top 5 des plus grands pollueurs (Chine, Etats-Unis, Russie, Inde, Brésil) ainsi que l'Union européenne, ce qui représente à peu près 60% des émanations des GES à l'échelle mondiale.

Une année géopolitique et géostratégique

Le "balancing" ou "pivot" américain sur l'Asie-Pacifique initié en 2014 devait consacrer un rééquilibrage stratégique pour répondre aux inquiétudes de ses alliés, et au regain d'influence de la Chine dans cette région. Cette posture géopolitique se faisait au détriment de l'espace méditerranéen, secondaire en terme d'enjeux pour le président Obama.

Mais le chaos au Proche-Orient, généré par le terrorisme, les luttes d'influence géopolitique, géostratégique et confessionnelle ont replacé la Méditerranée comme centre d'intérêt pour les USA. Le réveil russe et sa volonté de s'affirmer comme puissance globale venue reprendre pied dans cet espace a obligé le Pentagone à un redéploiement imprévu engendré par la guerre Irak-Syrie-Libye et l'influence grandissante de l'Iran au Yémen, exacerbant le conflit chiite-sunnite à l'aube d'un pourrissement inévitable.

Sur le plan stratégique, la Russie a renforcé sa présence en Méditerranée par une présence à Tartous, Lattaquié et Hmeim et a affiché sa volonté de protéger un allié aux abois qui n'occupait que 22% de son territoire avant son intervention permettant de modifier le rapport de force avec la rébellion. La Méditerranée devenue un mouroir mondial de migrants vient de susciter la vive réaction de l'UE, soucieuse de son espace Schengen et de sa cohésion menacés de démantèlement et accentuant les populismes les plus acerbes.

Une année de terrorisme et d'antiterrorisme

En 2016, le terrorisme incarné par Daech n'a épargné aucun continent. Environ 115 attentats commis ont fait 1600 morts et plus de 5000 blessés. Le groupe terroriste a innové dans sa stratégie en recommandant aux affidés de rester chez eux pour combattre, et dans son modus operandi en utilisant la gent féminine jusqu'ici assignée à des tâches domestiques et à la "reproduction des lionceaux" pour devenir des combattantes à part entière. Les véhicules béliers sont également devenus des armes privilégiées avec un effet démultiplicateur en terme de bilan humain. Enfin, cette nébuleuse a affiné son potentiel numérique et maîtrisé notamment le plus indéchiffrable (Telegram), assurant une viralisation discrète difficile à appréhender.

Il n'en demeure pas moins que 2016 restera assurément une année de consensus antiterroriste eu égard à l'engagement des deux principales coalitions implantées au Proche-Orient. Cette détermination aura permis de déterritorialiser l'OEI de plus de 50% des espaces occupés: ainsi sont tombés Tikrīt, Sinjar, Ramadi, Fallouja, Charqat en Irak, Kobané, Palmyre, Minbej, Jarablus et Dabiq en Syrie. 2017 est en passe de sceller la fin du "jihad territorial" avec les prises de Mossoul et Raqqa capitales symboliques de ce presqu'Etat.

Il n'empêche que le terrorisme, malgré les énormes pertes subies, ne perdra pas encore sa capacité de nuisance tant il est ingénieux, inventif et surtout machiavélique. Il reste que l'élimination cette année de 16 cadres jihadistes influents a perturbé le fonctionnement de cette organisation poussée à sa sécurité interne et à l'exportation de la terreur hors des zones de conflit.

Une année humanitaire catastrophique

L'année qui nous quitte aura enregistré la plus grande catastrophe humanitaire du 21ème siècle. Le nombre de réfugiés et déplacés a connu son point culminant pour atteindre un total mondial de 22 millions de réfugiés et 44 millions de déplacés internes et externes. Triste record pour l'ONU, les instances dédiées et "la communauté internationale" qui signent là une incapacité à répondre aux souffrances de ceux ayant fui les affres de la guerre et les abus des dictatures. 3800 d'entre eux ont péri ou disparu en Méditerranée et permet à 2016 de battre un autre triste record.

2016, une année paradoxale

"Brexit", élection de Donald Trump, renoncement du président Hollande à briguer un second mandat (une première sous la 5ème République) et l'abstention américaine pour l'adoption de la résolution 2334 du conseil de sécurité auront été des évènements paradoxaux de l'année dernière et mettent à nu les limites de la "science sondagière" et l'obsolescence d'une démocratie américaine qui permet à un président battu par les suffrages populaires de gagner une échéance électorale grâce aux grands électeurs élus par ce peuple.

Espérons que 2017 n'accentuera pas l'incertitude dans ce nouveau monde apolaire en mal de leadership, et pourra diminuer la conflictualité au Proche-Orient et les tensions en Asie-Pacifique autre zone de risque de déflagration. Enfin, souhaitons que la vieille Europe se réveille de son coma pour redevenir un acteur stratégique majeur et pas seulement un grand marché.

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