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Le terrorisme et l'imbroglio sécuritaire dans les démocraties occidentales

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POLICE
Charles Platiau / Reuters
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Les politiques antiterroristes post 11 septembre 2001ont suscité l'idée d'un nécessaire renouvellement des dispositifs sécuritaires. Les réformes juridiques et administratives se sont répandues sur la planète comme une traînée de poudre: le 26 octobre 2001, les États-Unis adoptaient le Patriot Act, tandis que le même mois, le Anti-terrorism, Crime and Security Act voyait le jour en Angleterre...

Mais les réponses à la menace terroriste ont eu de graves incidences sur les droits de l'homme. En effet, les références au terrorisme s'apparentent à un discours sécuritaire global qui impose désormais des catégories totalisantes de l'ami et de l'ennemi. Il en résulte que la gestion de la peur engendre l'éloignement, souvent constaté, de l'impératif démocratique et la remise en cause des valeurs pour lesquelles les États ont mené des guerres contre le terrorisme. En d'autres termes, le cliché selon lequel les gouvernements tendent à justifier leurs politiques sécuritaires par la nécessité de protéger leurs citoyens a donné lieu à de nombreuses polémiques car la logique sécuritaire a primé sur le droit.

De la même manière, la lutte contre le terrorisme conduit à considérer que les violations des droits de l'homme affaiblissent et délégitiment la stratégie antiterrorisme. Cette stratégie finit souvent par remettre en cause le modèle occidental de l'État de droit. Selon Julien Cantegreil et Marc-Olivier Padis, "garantir la sécurité dans le respect du droit n'est donc pas un luxe réservé aux temps pacifiques et dont on pourrait s'exempter en cas de crise: c'est précisément là, au contraire, que s'éprouve la capacité démocratique à prendre au sérieux ses principes et ses règles". En ce sens, une grande ambigüité, qui caractérise la lutte contre le terrorisme, se traduit par son incapacité à maintenir un équilibre entre sécurité et liberté. D'autant que la logique sécuritaire est en train de renverser les règles démocratiques en érigeant l'impératif sécuritaire en "souverain bien". Ce sont les fondements de la démocratie qui se trouvent hypothéqués du fait de l'émergence d'une idéologique sécuritaire qui a converti l'ensemble des problèmes envisagés par la société en problème de sécurité.

Les débats houleux qui ont accompagné l'élaboration des lois antiterroristes dans les démocraties occidentales, ont été marqués foncièrement par le souci de renforcer les dispositifs de sécurité. Ainsi, en réponse à des questions à l'Assemblée Nationale de Manuel Valls, le Premier ministre français a bien souligné que "nous (La France) avons un ennemi et il faut le nommer: c'est l'islamisme radical et l'un des éléments de l'islamisme radical est le salafisme (...) Nous ne devons pas uniquement nommer les choses ni faire des discours, comme nous le verrons demain avec le projet de loi permettant de prolonger l'état d'urgence. Nous pouvons également, sans doute, améliorer un certain nombre de dispositifs". Dès lors, le discours politique vise à la justification d'une diminution des libertés publiques au nom d'un impératif sécuritaire qui soulève de nombreuses questions.

L'articulation délicate entre liberté et sécurité se fonde désormais sur la gestion de la peur. De même le recours récurrent à l'impératif sécuritaire dont il est question aujourd'hui semble s'assigner pour objectif la création d'un État sécuritaire. Ce qui nous conduit ici à mesurer l'efficacité de n'importe quelle politique sécuritaire à l'aune de sa protection des droits naturels dont jouit l'homme.

Or, le terrorisme islamiste s'est progressivement imposé comme la menace majeure qui guette les pays occidentaux et menace leur système culturel et politique. En effet, ce terrorisme, qui s'apparente à un acte de violence politique, tend à changer le monde et l'histoire par la terreur. Il devient mondialisé du fait de sa dynamique et de sa nature fluctuante qui ouvre une période d'incertitude géopolitique quant aux figures de l'ennemi et aux formes de la menace. Il en résulte que les capitales occidentales ne constituent plus des sanctuaires, au contraire, elles subissent la même menace que certaines capitales arabes comme Bagdad ou Damas. Ce qui oblige les gouvernements occidentaux à réformer leurs politiques sécuritaires afin qu'elles puissent endiguer la menace jihadiste.

Il importe de rappeler à cet égard que l'organisation islamiste Daech inscrit son combat dans une perspective idéaliste en cherchant à établir un État califal. La représentation romantique du jihad par cette organisation a été conçue comme une stratégie de recrutement qui use de la frustration sociale éprouvée par des jeunes issus de l'immigration pour servir des finalités politiques. C'est ainsi que le profit des kamikazes et l'appréhension des véritables raisons explicatives de leur loyauté envers les organisations islamistes radicales devraient être pris en considération. Parce que l'action terroriste a un double sens. Pour les islamistes radicaux, c'est un jihad et arme de défense du territoire contre les occupants étrangers. Elle est aussi un acte de vengeance commis par les exclus de la mondialisation. En fait, cette dernière a donné lieu à des effets pervers en combinant le fanatisme et la technologie. C'est ce que l'on constate avec l'émergence de ce qu'on appelle les nouveaux terroristes. Il s'agit de terroriste solitaire affecté par une blessure narcissique et animé par une logique revancharde contre sa société qui lui refuse une place. Pour Mathieu Guidère, cette vengeance individuelle semble être un exécutoire au désir de faire quelque chose et de se rendre utile dans la lutte contre un Occident jugé injuste et arrogant.

Les attentats qui touchent aujourd'hui les pays occidentaux attestent de la transformation de la dynamique terroriste en guerre asymétrique. Contrairement à une guerre conventionnelle qui oppose des États souverains, la puissance militaire ne suffit pas à elle-même pour vaincre les "jihadistes" dans le cadre de la guerre asymétrique, parce que l'ennemi est invisible et difficilement localisé géographiquement.

C'est ainsi que le terrorisme islamiste a pris un essor considérable en termes de menaces et d'enjeux pour les politiques sécuritaires adoptées par les démocraties occidentales. Il est apparu que le traitement sécuritaire de ce terrorisme a pris certains pays occidentaux au piège qui leur avait été tendu par Daech, en sacrifiant leurs valeurs libérales sous prétexte de combattre le terrorisme et d'instaurer la sécurité. Ainsi, le décret promulgué par le président américain Trump interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, constitue une remise en cause des fondements libéraux sur lesquels repose le système constitutionnel et politique américain. En raison de la nature de sa politique antiterroriste, les États-Unis sont souvent considérés comme "l'enfant terrible" des démocraties occidentales, pour reprendre l'expression de Colombe Camus.

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