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Enseignement supérieur au Maroc, un système à deux vitesses

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ÉDUCATION - Il ne reste plus que quelques jours avant l'affichage des résultats définitifs du baccalauréat, après la session de rattrapage prévue du 9 au 11 juillet prochain. Or, beaucoup d'élèves et leurs parents savent très bien que décrocher le fameux diplôme n'est pas une condition sine qua non pour s'assurer d'un parcours académique de qualité.

Cette qualité est communément définie comme étant une bonne réputation, un taux d'encadrement raisonnable et un potentiel élevé d'insertion sur le marché de l'emploi. Le système de l'enseignement supérieur présente une offre de formation duale. Disons un système d'enseignement à deux vitesses: les établissements à accès ouvert, qui dispensent les bacheliers des conditions restrictives d'admission d'une part. Et d'autre part, les établissements (écoles et instituts) à accès régulé qui recrutent en exigeant des seuils d'admissibilité élevés, doublés d'épreuves d'admission (concours).

Ces seuils varient d'une année à l'autre et selon les régions, et sont proportionnels au nombre de places disponibles, ce qui est raisonnablement justifiable vue leur capacité d'accueil très réduite. Cette configuration devrait nous interpeller à plusieurs niveaux. D'abord, ce système élimine bon nombre de bacheliers qui ont rêvé de faire carrière dans un secteur ou un domaine professionnel particulier, ayant construit des aspirations et nourri des rêves, qui se transforment, du jour au lendemain, en cauchemars.

Ces procédures de sélection ou d'orientation constituent souvent pour les nouveaux bacheliers et leurs parents une source de désillusion, notamment lorsque c'est la frustration qui oriente leurs prises de décision relatives au choix d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur. "Nous n'avons pas choisi délibérément d'être ici, nous y sommes car nous n'avons pas pu faire mieux pour mériter une place ailleurs", nous ont déjà confié des étudiantes.

Au lieu d'être "voulu", le choix devient subi et "accidentel", ce qui aboutit par ricochet à des vocations avortées et des aspirations enterrées, et qui engendre à long terme de l'insatisfaction professionnelle.

Ensuite, faute de pouvoir se payer un établissement d'enseignement privé ou financer des études à l'étranger comme échappatoire à cet état de fait, les bacheliers fraîchement émoulus rejoignent, à contre-cœur, les bancs froids des facultés, lesquelles souffrent du surpeuplement et de l'opacité des perspectives d'insertion professionnelles futures qu'elles ouvrent.

Après leur sortie, les diplômés sont mal préparés à la vie active, leurs diplômes ne constituent pas un passeport valide pour accéder à un emploi sûr et respectable, ils perdent beaucoup de temps et essaient de se rattraper, en se reconvertissant par l'apprentissage de nouveaux métiers dans les centres de formation professionnelle, en s'inscrivant dans des programmes étatiques de requalification des sortants de l'enseignement supérieur ou en acceptant le sous-emploi.

Ainsi, pour trouver une issue à cette situation qui crée vraiment des inégalités en termes d'accès à un enseignement de qualité et à l'emploi, il est urgent de généraliser et de multiplier les établissements à accès régulé, ou du moins augmenter leur capacité d'accueil pour accueillir plus de bacheliers. Les établissements à accès ouvert doivent être dotés de plus de moyens, s'ouvrir davantage et impliquer les entreprises et le monde professionnel dans le tutorat et la prise en charge des étudiants pour donner de la crédibilité aux contenus dispensés et aux diplômes.

Il est crucial, pour l'autorité de tutelle et les acteurs économiques, de s'engager main dans la main, pour élever le taux d'emploi des jeunes sortants de l'enseignement supérieur, car l'avenir du pays dépend de leur capacité à relever ce défi.

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