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Pourquoi a-t-on besoin du féminisme? (1ère partie)

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IST
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>>> Réponse incroyable n°1: POUR STOPPER LES IST!

Durant ma modeste pratique médicale dans quelques centres de santé, j'ai été amenée à voir beaucoup de cas d'IST (infections sexuellement transmissibles). Rien de plus normal. Des femmes avec des IST, toujours rien d'anormal. Presque exclusivement des femmes.

Mmmh, là je commence à tiquer: soit l'épidémiologie est vraiment différente et même paradoxale dans ce bled, soit le fait d'être une femme médecin rend beaucoup de patients masculins réticents à consulter, soit ces mêmes patients refusent de consulter, indépendamment du sexe du médecin.

Il ne s'écoulera pas beaucoup de temps avant que je n'aie ma réponse. Voyez-vous, lors du traitement des IST, on doit suivre les recommandations de l'OMS pour s'assurer de notre efficience à court terme et pourquoi pas se garantir une éradication à long terme (on a le droit de rêver, non?).

La première est de procéder selon une approche syndromique où l'on utilise différentes molécules, certaines administrées par voie injectable. La deuxième et non des moindres: il faudra absolument traiter le partenaire! Car il faut rompre la chaîne épidémiologique; il ne sert à rien de traiter un sujet qui va de sitôt être réinfesté dès le premier contact intime avec son compagnon ou sa compagne.

Et c'est ainsi que je me vois demander le plus naturellement du monde à mes patientes d'amener leur mari pour qu'ils reçoivent le traitement à leur tour. Devant des premières moues méfiantes, je les rassure, j'aurais juste besoin de leur prescrire ce même traitement, qui comprend beaucoup de fois une injection... Ils seront dans tous les cas obligés de se présenter!

Mais, oh surprise que répondent-elles toutes, après avoir épuisé quelques excuses bidons? "C'est impossible/ Il ne voudra pas de toute façon/ Il niera qu'il est infecté/ Je ne veux pas de problème avec mon mari/ Je ne peux pas lui dire/ J'ai peur de lui dire/ Insinuer qu'il est infecté aussi, me vaudra au moins une scène et même des coups..."

J'insiste alors et je leur explique que le traitement sera inefficace: "a Lalla (Madame)" dans ce cas "bhalla kankobbo l'ma f'remla (il est inutile de vous traiter l'un sans l'autre)!", mais en vain! Ce ghoul de mari, ce monstre susceptible et effrayant, cet être dont la fausse virilité repose sur une moustache et un déni aveugle de maladie qui lui confèrent un sentiment de toute-puissance, cet animal qui, de par mille et une aventures extra-conjugales, est dans la majorité des cas la source même de ces affections dans le couple, rejettera toute responsabilité et ne se présentera pas!

Sa femme, quant à elle, sera prise dans un cercle vicieux de consultations, victime de toute cette mascarade ridicule et on la verra retourner une deuxième, une troisième fois à ce même centre, toujours pour les mêmes plaintes! Et voilà comment on ne viendra jamais à bout de ces maladies banales, au sein d'un simple petit couple marocain... encore moins dans la société. Le machisme, partenaire officiel de la gonorrhée et de l'herpès!

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