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Les premières nominations faites par Trump sont un clin d'œil à l'ancien racisme blanc

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TRUMP
Mike Segar / Reuters
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L'histoire est perverse: elle ressert les vieux plats, mais nappés d'une nouvelle sauce. Le "Nationalisme blanc" est en train de surgir, évoqué par le New York Times, The Huffington Post, CNN, The Nation, même Fox. Le conseiller en chef de Donald Trump, Stephen Bannon, est considéré "proche du nationalisme blanc". L'on est supposé savoir ce que c'est: le mouvement, ou la tendance, de blancs anglo-saxons ou assimilés (irlandais, français, néerlandais, allemands, scandinaves) de se sentir comme un peuple dominant au sein de la nation américaine, avec pour mission d'interdire toute déviation dictée par les noirs, les juifs, les latinos, les musulmans, les gays, et les gauchistes. Sacrée liste! Ma définition est lapidaire, mais n'oublions pas deux choses: ce mouvement connaît une longue continuité aux États-Unis, et tente de revenir à Washington dans les bagages de Donald Trump.

L'on pourra gloser sur les idées de Monsieur Trump, se rappeler qu'il a été politiquement modéré à ses débuts, démocrate même. Aujourd'hui, se dira-t-on, le président-élu s'est droitisé uniquement pour faire la synthèse dans ce parti qui s'est déporté vers la droite. Davantage vulgaire et désinhibé que passionnément raciste. Les idées qu'il exprime sont des marqueurs, des gages, des repères, des provocations -- à ne pas prendre trop au sérieux. L'homme, lit-on et entend-on, est adaptable, pragmatique, le contraire d'un doctrinaire. Il finit généralement par rectifier: "Les latinos sont des gens formidables, les Afro-américains sont formidables, les gays sont formidables". Ne pensons plus à ses excès de langage, il n'y a pas de racisme là-dedans, voilà ce qu'il faudrait penser. Pourquoi s'affoler comme des paranoïaques au sujet d'une montée fantasmée du Ku Klux Klan?

Parlons du Ku Klux Klan: vieux démon, épouvantail du cinéma... et aussi force qui n'a jamais vraiment disparu, celle de la suprématie blanche anglo-saxonne. Cette idée persiste aux États-Unis, et elle existe depuis même avant la Guerre de Sécession (1861-1865), lorsque l'émancipation des Noirs était débattue, et même lors l'incorporation de territoires habités par des Latinos (le Nouveau-Mexique, l'Arizona, le Texas, la Californie) dans les années 1840. Les tenants de l'inégalité étaient aussi nombreux que les tenants de l'égalité, partout y compris dans le Nord. Un exemple, l'artiste et inventeur Thomas Morse qui nous a donné son code, installé dans l'État de New York, était passionnément raciste et esclavagiste. La ville de New York connut les émeutes contre la conscription en 1863 qui sont bien décrites dans le film "Gangs of New York" de Scorsese. C'était un mouvement germano-américain et irlando-américain, raciste anti-noir, qui refusait de mourir au combat pour les noirs, selon les slogans de l'époque.

L'idée raciste a continué d'avoir des alliés à la Maison-Blanche, avec l'élection de Woodrow Wilson, hostile aux noirs, pour ensuite décliner fortement sous le premier président décidément anti-raciste, Franklin Roosevelt (1933-1944). Avant lui, de grands racistes américains ont eu pignon sur rue dans l'enseignement, et dans les allées du Congrès. Madison Grant, eugéniste (1865-1937) et auteur de travaux scientifiques racialistes très connus (Le déclin de la grande race, 1916), a joué un rôle-clé dans le renforcement des restrictions sur l'immigration hors Europe du Nord-est dans l'entre-deux-guerres. Il correspondait avec Adolf Hitler. Toujours à cette période, le KKK avait des millions de membres, et a fait une marche énorme à Washington. Dans certaines villes, dans le Sud et même le Midwest (centre: Indiana, Missouri, Kansas, Illinois, Michigan, Wisconsin, Ohio), les membres dépassaient le tiers de la population blanche masculine.

Avec la déségrégation des années 50 et 60, le KKK reprit des couleurs, sans atteindre le niveau de l'entre-deux-guerres toutefois. L'on parle de "White Nation" depuis 150 ans, et surtout de "White Power" en miroir du "Black Power" des Black Panthers depuis les années 60. Les néo-nazis sont entrés dans la danse, et ont élargi la base des Klansmen (nom des membres du KKK).

Un New-Yorkais comme Donald Trump peut feindre d'ignorer ce genre d'histoire embarrassante. Mais lorsque Stephen Bannon, stratège de campagne, a été nommé premier conseiller du président-élu, le côté "nationaliste blanc" de l'intéressé a été rappelé. Bannon, chef sortant de Breitbart News, site Web coutumier de plumes trempées au vitriol, racistes, sexistes, anti-musulmanes et à l'occasion teintées d'antisémitisme, se cache en disant que ce n'est pas lui qui a signé les articles incriminés. Cette excuse est bien mince, et en plus des Démocrates, les Républicains ne sont pas rares à dire explicitement "attention à l'arrivée des racistes".

En fait, l'Amérique vit un retour aux années 20. Dans les recoins du Sud et du Midwest, le KKK et ses alliés "nationalistes blancs" n'ont jamais disparu. Ils ont bruyamment soutenu Trump qui leur a témoigné indifférence mais non indignation. Ils ne sont pas les bienvenus à la Maison-Blanche, mais ceux qui les côtoient sont, quant à eux, à l'honneur en la personne de Stephen Bannon. Ces provocateurs à la Bannon, à la lisière du racisme sans franchir la limite, vont-ils frayer un chemin à pire qu'eux, ou ne sont-ils que des visiteurs temporaires? Souvent les administrations présidentielles commencent dans une certaine radicalité pour ensuite se diluer dans le réalisme. Toujours est-il que si Barack Obama a pu sembler excessif dans son appui aux Noirs et autres minorités, c'est désormais la question inverse qui se pose: Trump est-il trop pro-blanc? Les partisans de la supériorité blanche ont eu leur "divine surprise", et la leçon est claire pour tous: la marche vers l'égalité raciale et sexuelle peut être stoppée, voire inversée, dans l'Amérique de Trump.

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