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Salaheddine Mezouar ou l'allié-adversaire du PJD

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MEZOUAR
FADEL SENNA/AFP
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POLITIQUE - À un mois des législatives, l'ambiance est à la reprise des hostilités. Les clans politiques avancent un à un leurs pions et tentent de renforcer leur influence, par la magie de la communication politique. Autrefois cantonnée aux communiqués partisans, la com' des partis est désormais plus élaborée, ou moins rudimentaire, c'est selon.

Dans la sixième partie de ce dossier que le HuffPost Maroc consacre à la stratégie électorale des huit plus grands partis au Maroc - sur la base du nombre de voix engrangées lors des dernières échéances électorales - nous proposons un tour d'horizon des principaux ressorts de la com' du Rassemblement national des indépendants (RNI), son positionnement, celui de son zaïm Salaheddine Mezouar, ainsi que les défis et les enjeux auxquels il devra faire face.

C'est un parti qui a beaucoup tenté sur le front de la com' ces cinq dernières années, souvent sans grand succès, il faut dire. Lors des élections législatives de 2011, le RNI avait sollicité les services d'une agence de storytelling qui a pignon sur rue à Casablanca, pour raconter de belles histoires sur le parti de la colombe et son glorieux passé, qui remonte à des temps homériques où 140 députés pouvaient se faire élire sans être affiliés à aucun parti politique, et disposer de la majorité absolue à la première chambre en se prévalant de défendre une idéologie "hassaniste".

Mais la sauce n'a pas pris, et le concept, séduisant sur le papier, n'a pas suscité de véritable engouement. Qu'on en juge: Le parti de Salaheddine Mezouar, alors ministre des Finances sortant, n'est arrivé que troisième, glanant 13,16% de voix et 52 sièges au Parlement.

Changement de cap

Avant l'arrivée de Salaheddine Mezouar à la tête du parti, le RNI semblait être une confrérie de cadres et de notables bien en chair mais en mal de repères, à l'idéologie floue, le lustre révolu. Lors de la crise de leadership qui a éclaté en octobre 2009, qui a opposé Mustapha Mansouri, alors président du parti et de la Chambre des représentants, à Salaheddine Mezouar, à l'époque membre du bureau politique du RNI, c'est la survie du parti qui était en jeu. La victoire de Salaheddine Mezouar, qui a réussi à débarquer Mansouri, tracera une nouvelle trajectoire pour le parti: Le parti de la colombe se rapprochera du tracteur, et de son allié naturel dans le champ politique, l'Union constitutionnelle (UC).

Dans les mois suivants, l'UC et le RNI font montre de leur volonté de constituer un pôle libéral ouvert à tous ceux qui, hormis le PJD, partagent leurs valeurs. Les deux partis constituent donc des groupes conjoints de conseillers locaux à Casablanca, Tanger et Meknès, et mettent en place des organisations parallèles de femmes, de jeunesse et des secteurs socioprofessionnels.

Lors des législatives de 2011, le RNI poursuit dans sa lancée anti-PJD. Considéré avec le PAM comme la locomotive du G8, une coalition éphémère qui a fugitivement meublé l'actualité en son temps, avant de se perdre dans les limbes suite à la victoire du Parti de la justice et du développement, auquel les partis du G8 s'opposaient, le RNI avait alors annoncé qu'il se positionnerait dans l'opposition, aux côtés du PAM. Ce qui n'a pas manqué de réactiver l'image du RNI comme parti de l'administration, image dont il avait essayé de se départir ces dernières années, en se débarrassant de ses anciens oripeaux. Faut-il rappeler que Salaheddine Mezouar n'est ni plus ni moins que l'un des fondateurs du Mouvement pour tous les démocrates, association qui est à l'origine de la création du PAM?

Sauver les meubles du gouvernement

Deux ans plus tard, l'Istiqlal claque la porte du gouvernement, provoquant un séisme au sein de ce qui reste de la majorité gouvernementale. Le RNI bondit sur l'occasion, négocie des portefeuilles stratégiques et apparait même comme le sauveur des meubles, sans lequel la fin des haricots aurait été décrétée, nous économisant ainsi l'affligeant spectacle d'un Benkirane appelant un à un ses ministres pour leur annoncer: "Les enfants, on rentre à la maison".

Cette entrée inespérée dans l'exécutif ne s'est pas accompagnée d'une stratégie de com' en bonne et due forme, qui pérennise le changement de cap - certes contingent, comme on le verra - du RNI, le parti se contentant de diffuser, épisodiquement, des communiqués partisans en mettant rarement à jour son site Internet. En août 2015, à la veille des élections communales et régionales, le RNI a décidé d'y remédier en exposant en grande pompe sa nouvelle campagne digitale. Le parti a alors lancé les hashtags #achbghit_lbladi (ce que je veux pour mon pays) et #bghit (je veux). Hashtags qui n'ont eu que peu d'impact, suscitant au contraire des réactions grinçantes de la Twittoma, comme celle où un twitto lance un "Bghit une Audi comme khouya Moncef", ou encore "Bghit Mezouar Yemchi" (Je veux que Mezouar parte).

Objectif entrepreneurs

La campagne électorale approchant, le RNI a confié, il y a quelques mois de cela, sa stratégie de com' à Media Partners, cabinet dirigé par Mustapha Mellouk, ancien directeur général de Médi1. Il est épaulé par Omar Alaoui, ancien conseiller de Mustapha Bakkoury.

C'est d'ailleurs Media Partners qui a organisé le Conseil national du RNI ainsi que son congrès extraordinaire tenu en mai 2016 à Bouznika. Lors de cet évènement, Mezouar a déclaré que "l'âge du gouvernement se mesure à l'aune des deux ans et demi qui ont suivi l'entrée des Indépendants, car toutes les réformes importantes ont été réalisées durant cette période", et a martelé que son parti "peut obtenir de bien meilleurs résultats lors des prochaines élections".

Le patron du parti a même tenté une entrée fracassante sur scène, un "show à l'américaine" sur un tube rock'n'roll d'AC/DC, raconte un proche collaborateur. Mais même en y mettant des moyens, l'évènement a eu peu d'impact. N'est pas rockstar qui veut, même quand on a beaucoup joué au basket (ne cherchez pas le rapport, il n'y en a pas).

Un mois plus tard, à 100 jours de l'échéance électorale législative, le RNI, qui veut mettre le paquet sur la classe entrepreneuriale du pays, devait présenter à la presse et à des centaines d'entrepreneurs du pays les détails de son programme économique. La rencontre, organisée autour d'un f'tour dans un luxueux hôtel de Casablanca, s'est transformée en déroulé des bilans de ses différents ministres depuis leur entrée au gouvernement, et augurait déjà la stratégie du cavalier seul que le RNI a engagé vis-à-vis de son allié mais néanmoins adversaire, le PJD, augurant ainsi un rapprochement futur avec le PAM.

Parti d'appoint deviendra grand

Ce n'est que dernièrement que le parti a adopté une stratégie de communication claire, cohérente et orientée sur le long terme. Le RNI, qui a choisi "l'équation difficile d'être un parti du milieu", selon les termes de Mezouar, jouit d'une considérable expérience en matière de gestion publique, dont il souhaite tirer profit. Il a également su s'imposer comme "le parti de la stabilité et de la responsabilité en acceptant de participer au gouvernement", pour paraphraser David Goeury, chercheur associé au Centre Jacques Berque (CJB), en lieu et place de l'Istiqlal, dont le sulfureux secrétaire général Hamid Chabat est aussi imprévisible que les horaires d'un vol de la Royal Air Maroc.

Si cette expérience fait de lui une force d'appoint incontournable, l'ambition du parti se situe au delà, et le RNI veut désormais affiner son positionnement et cibler la classe entrepreneuriale du pays. Mais malgré le fait que Salaheddine Mezouar souhaite faire du RNI un parti qui puisse impulser une volonté et une direction aux coalitions à venir, le parti de la colombe semble garder certains réflexes du parti d'appoint chevillées au corps, ne menaçant de se retirer du jeu que pour être mieux inclus dans le tour de table.

Mezouar est du reste l'auteur de certaines bourdes remarquables. En février dernier, il a, comme tout chef de la diplomatie qui se respecte, égrené quelques réflexions sur la crise syrienne, estimant qu'une résolution du conflit syrien devra impérativement passer par "une entente entre les deux puissances qui agissent en Syrie", en l'occurrence "les Etats-Unis et l'Union soviétique". En octobre 2015, en pleine crise maroco-suédoise, Mezouar s'est enorgueilli, le ton imperturbable, d'avoir fait "trembler et sursauter" son homologue suédoise. Des déclarations qui ont bien amusé les internautes.

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