Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Hamza Mekouar Headshot
Reda Zaireg Headshot

Nabil Benabdellah, le "maâkoul" de gauche

Publication: Mis à jour:
NABIL BENABDELLAH
MAP
Imprimer

POLITIQUE - À deux mois des législatives, l'ambiance est à la reprise des hostilités. Les clans politiques avancent un à un leurs pions et tentent de renforcer leur influence par la magie de la communication politique. Autrefois cantonnée aux communiqués partisans, la com' des partis est désormais plus élaborée, ou moins rudimentaire, c'est selon.

Dans la deuxième partie de ce dossier que le HuffPost Maroc consacre à la stratégie électorale des huit plus grands partis au Maroc, sur la base du nombre de voix engrangées lors des dernières échéances électorales, nous proposons un tour d'horizon des principaux ressorts de la com' du PPS, son positionnement, celui de son zaïm Nabil Benabdellah, ainsi que les défis et les enjeux auxquels il devra faire face.

Lors des élections communales et régionales, Nabil Benabdellah avait trouvé la formule: al-maâkoul, qui renvoie simultanément au sérieux, à la transparence et à la rectitude morale. Le maâkoul, un terme arabe propre aux utopies arabes, destiné à rassurer les millions de Marocains qui pensent sérieusement que les politiques du royaume enchanté sont des magouilleurs de première.

Le maâkoul a fait des émules. Certes, Nabil Benabdellah l'a emprunté au patron du Parti de la justice et du développement (PJD) Abdelilah Benkirane. Mais, en époussetant les scories politico-religieuses qui pendaient aux basques du maâkoul, en désenchevêtrant la dimension terrestre, proprement laborieuse du maâkoul, de sa finalité religieuse, Benabdellah en a pleinement fait un concept de gauche. Et la presse, qui ne pignochait qu'à demi-bouchées les promesses de maâkoul par-ci et de maâkoul par là, semble peu à peu séduite par le maâkoul de gauche, qui ne diffère -toutes choses égales par ailleurs - du maâkoul de droite que par le nombre de sièges obtenus lors des élections.

Mais que vaut, au fond, le maâkoul? "Le maâkoul est une promesse sans conséquence. Il vaut mieux se positionner "maâkoul" que promettre de créer 100.000 emplois", témoignait, sur Médias24.com, un expert politique indépendant.

Car il en va du maâkoul comme du taux de croissance à 7%, le SMIG à 3.000 dirhams, la récupération de Sebta et de Mellila, la découverte d'ossements de dragons en Roumanie ou les 100 millions de dollars octroyés par la Fondation Bill & Melinda Gates à la région de Tanger-Tétouan: le maâkoul n'engage que ceux qui y croient. Mais dans un pays rongé par la corruption, et où la confiance des citoyens envers leurs représentants politiques est aussi déficitaire que la balance commerciale, promettre le maâkoul ne revient pas à promettre la lune, mais une lune de miel permanente, tant que la promesse de maâkoul est tenue. Nabil Benabdellah l'a compris.

La voie médiane

Ce communicant hors-pair, ex-ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a aussi été, on l'oublie parfois, directeur de communication du PPS. À ce poste, il a chapeauté quelques campagnes électorales mémorables, comme celle du candidat Mustapha Benchehla à Hay Moulay Rachid et Hay Saber, en 1997. Épaulé par l'agence de communication Pragma, il a fait appel à Abdelaziz Stati (sans blague) et à Tagada Louz - qui s'en souvient? Que devient-il? - pour animer des soirées artistiques. Des cassettes audio vantant les mérites du candidat, à la manière des troubadours des halqas, ont aussi été distribuées.

Passé maître dans l'art de suivre la voie médiane, Nabil Benabdellah marche sur la corde raide avec des chaussures à crampons. Et dans son numéro d'équilibriste qui peut sembler périlleux, il arrive tout de même à se maintenir à mi-chemin entre progressistes et conservateurs, entre sa famille et ses alliés. Mais, car il y a un mais, et pas des moindres, Nabil Benabdellah prend ainsi le risque de perdre tout positionnement, et peut-être toute crédibilité.

Il est en effet à craindre que l'imbrication - jusqu'à présent, bon gré mal gré, habilement gérée - entre engagements gouvernementaux et idéologie du parti finisse par donner lieu à une perte de repères, qui fera que le PPS s'aliénera son électoral traditionnel. Le parti s'est, certes, distingué jusqu'ici par une capacité d'adaptation hors du commun - ou, pour le dire poliment, une grande mobilité dans le champ politique - mais la durabilité de son alliance avec le PJD, qui dirige le gouvernement, a malencontreusement fait adopter au PPS une attitude suiviste, qui l'oblige (sans le contraindre) à se reporter sur l'agenda, le programme, et parfois l'argumentaire du PJD.

Cachet de gauche

Sur le plan opérationnel, le parti avait, à la veille des communales et des régionales de 2015, tenté de créer une cellule de com' en interne. Si nous ne savons pas si cette cellule est toujours en place, si elle sera reconduite lors des législatives et, auquel cas, le rôle qu'elle serait appelée à jouer. Selon nos informations, Nabil Benabdellah a récemment sollicité les services de Laila Ouachi, ancienne responsable des programmes et de la production chez 2M, aujourd'hui à la tête de l'Agence OL consulting, pour élaborer la stratégie électorale du parti.

Un défi l'attend. Car ce que l'électorat du PPS attend de lui, c'est qu'il joue le rôle de la gauche. Qu'il insuffle à la politique gouvernementale un cachet progressiste, socialiste. Histoire de justifier ne serait-ce que son appellation.

LIRE AUSSI: Le PJD ou le pouvoir jubilatoire de Abdelilah