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Cyberespace: Où est le Maroc?

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ÉCONOMIE - On en parle souvent, parfois même tout le temps, la transformation numérique et le positionnement sur la nouvelle économie est un enjeu de survie pour les entreprises. Des pure players digitaux obligent aujourd'hui les grands acteurs historiques à se transformer au risque de disparaître, à l'instar des acteurs de la presse ou de la musique, qui ont assisté incrédules à l'effondrement de leur modèle économique.

Mais la bataille de la transformation ne se limite pas au monde des entreprises, elle concerne aussi les Etats: ces derniers doivent affronter le même danger et changer de paradigme. Si un Etat américain est devenu aujourd'hui la 6e puissance économique mondiale dépassant la France, avec un PIB de 2.400 milliards de dollars en 2015, ce n'est pas un trébuchement du hasard. Cet Etat n'est autre que la Californie, qui s'est même transformée en moteur de la croissance économique américaine.

Ce boom économique spectaculaire est très instructif et devrait alerter les pays émergents de notre continent. Les Etats-Unis avec la Silicon Valley donnent donc l'exemple, la France avec la French Tech lui emboîte le pas. Au Maroc, nous devons sortir de notre inertie. Il y a urgence.

Prendre le train de la nouvelle économie

2015 restera l'année où les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ont égalé voire dépassé en termes de capitalisation l'intégralité du CAC 40. On ne peut plus nier l'évidence: une révolution économique est en cours. Elle rebat les cartes, glorifie ses nouveaux champions et "disrupte" sans répit, du taxi à la télévision, de la salle de classe à la banque. Il y a ceux qui ont décidé tant bien que mal de faire de la résistance, d'autres, plus pragmatiques, de se "transformer".

De fait, il ne vous aura pas échappé qu'après web 2.0, SoLoMo, big data, économie collaborative, entre en scène la dernière expression tendance: la "transformation numérique". Or cette posture ne s'improvise pas: il faut savoir être agile, identifier les alliés de demain, éduquer, investir ... Revenant au pays d'Elon Musk. Selon un article du Monde du 20 juin 2016, quatre des dix sociétés les plus chères au monde sont situées au même endroit: la Californie. Et deux d'entre elles, Google ­(Alphabet) et Facebook, ont moins de vingt ans d'âge.

Les sociétés de technologie californiennes ont généré 732 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2015, soit la moitié des revenus totaux du secteur aux Etats-Unis. Derrière ce développement tout azimuts, existe en fait une réelle volonté politique des Etats-Unis de se positionner très vite sur les leviers créateurs de valeur de demain. L'Amérique conforte ainsi sa suprématie mondiale pour les décennies à venir.

Allier gouvernance participative et gestion éclairée

Le Maroc ne peut plus rester immobile face à ces changements. Il faut agir, et vite. Ce sursaut commencerait par la création de l'agence marocaine du numérique. Exit l'ANRT et ses carcans institutionnels, cette nouvelle agence sera indépendante et travaillera de manière fluide et partagée avec l'écosystème du numérique et des talents en ayant un agenda de mobilisation strict.

D'abord une mobilisation des écosystèmes sur les territoires: donner l'exemple en labellisant des "Smart cities" comme celle de Zenata. La ville "de tous les élans" au nord de Casablanca, a toutes les potentialités pour construire un écosystème numérique de niveau international, un projet ambitieux et fédérateur de croissance pour une éco-cité. Une première au Maroc.

Il faut ensuite initier des investissements dans des initiatives privées qui aident les entreprises numériques à croître plus vite pour devenir des champions internationaux. Au Maroc les petits entrepreneurs du numérique à Casablanca, Tanger ou Meknès, sont isolés et ont besoin de financement et d'encadrement. Nos innovateurs et nos décideurs doivent travailler ensemble. Aujourd'hui ce n'est plus la connaissance qui est stratégique, c'est aussi son partage.

Enfin, capitaliser sur l'attractivité internationale du Maroc: multiplier l'organisation de rencontres comme celle de l'Africa4Tech à Marrakech au mois de novembre prochain. La messe du digital pensée par Gilles Babinet, "digital champion" de la France auprès de la Commission européenne, est une opportunité unique pour jeter les bases de futurs Fablabs marocains, attirer des talents, entrepreneurs et investisseurs étrangers, et surtout être le hub de l'open innovation, un accélérateur de business illimité.

Il n'est pas de vent favorable pour qui ne connaît pas son port

Cette citation implacable de Sénèque résume parfaitement bien la situation. Car si les fonds et la prise de conscience existent, il nous manque toujours la vision et l'impulsion. Le Maroc doit se positionner en leader de la nouvelle économie. Pour accompagner la montée en gamme de nos entreprises et soutenir l'innovation, les pouvoirs publics doivent s'engager sans plus attendre, car n'oublions pas que dans cette course effrénée à la transformation digitale nous ne sommes plus seuls.

D'autres pays africains qui connaissent eux une croissance rapide et qui capitalisent sur le numérique peuvent nous devancer: le Kenya par exemple, qui mène une politique volontariste pour développer les infrastructures numériques, offre aujourd'hui l'écosystème technologique le plus complet d'Afrique.

Un autre exemple plus parlant: le Rwanda dont la réception de son président Paul Kagamé à Casablanca par le roi symbolisait un acte d'une extrême intelligence (créer de nouvelles alliances sud-sud). Ce pays s'acharne à diversifier son économie en misant sur le digital. Les 6% de croissance prévue en 2016 s'expliquent en chiffres: au cours des cinq dernières années, la pénétration de la téléphonie mobile est passée d'à peine 8% à 60%, le réseau de fibre optique dépasse aujourd'hui les 2.503 kilomètres. Les Rwandais possèdent désormais l'un des meilleurs accès à Internet en Afrique centrale. Ce petit pays attire aujourd'hui des start-up du digital et des innovateurs du monde entier.

Une voie royale est ouverte pour le Maroc et ses entreprises en Afrique, la transformation numérique du pays débouchera naturellement sur l'exportation de services et de conseils liés au numérique aux pays du continent. N'oublions pas que l'élan africain d'aujourd'hui est un vivier de consommateurs de l'excellence marocaine de demain.

Penser l'avenir, maintenant

On ne le dira jamais assez, le Maroc peut être la Silicon Valley du Maghreb, le spot technologique des start up en Afrique. Les atouts pour rayonner mondialement sont là: une économie diversifiée, une population connectée (près de 17 millions d'internautes en 2015), des infrastructures modernes et une stabilité politique ancrée, des talents... Bref, tous les ingrédients pour la construction et la promotion des villes durables et connectées de demain.

Il faut donc se mobiliser, collectivement, et avancer autour d'un triptyque: investir dans l'humain, encourager les initiatives privées, et anticiper cette chose qui ne devrait pas nous faire peur mais au contraire nous fasciner: le changement.

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