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Un bilan subjectif du Start-Up Maroc Championship 2015

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START UP MAROC
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ENTREPRENEURIAT - Ayant participé à l'édition 2015 du Start-up Maroc Championship1 comme mentor et membre de jury, j'ai pu prendre la mesure du dynamisme de la scène entrepreneuriale marocaine, en apprécier quelques forces et entrevoir quelques axes de progrès. Précisons que l'évènement qui a eu lieu le 23, 24 et 25 octobre dernier au Technopark de Casablanca a pour principal objectif de désigner les meilleures équipes qui représenteront le Maroc aux finales de sept compétitions mondiales spécialisées.

Au total, l'évènement a permis à soixante start-ups, à différents stades de maturité, de 'pitcher' devant un public nombreux et de répondre aux questions de jurys exigeants et bienveillants. La première force du Start-Up Maroc Championship réside dans la réunion, dans un même espace- temps, de sept compétitions qui ont lieu séparément dans d'autres pays.

La jeunesse de l'éco-système entrepreneurial marocain facilite sans doute les choses mais elle n'explique pas tout. Les leaders de l'association Start-Up Maroc doivent avoir de très bons talents de fédérateurs. En agrégeant plusieurs compétitions, ils ont pu créer un évènement d'envergure et attirer au Technopark un public nombreux et intéressé.

Pendant les deux jours passés sur place, j'ai été frappé par la jeunesse des équipes en concurrence et par l'extrême jeunesse du public qui a assisté aux séances de pitch. J'ai eu l'impression d'être dans un autre Maroc, très différent de celui où j'ai grandi et de celui que je côtoie dans les entreprises, dans les administrations et dans la rue.

Les compétiteurs et le public incarnent ce groupe social que j'appelle les néo-entrepreneurs marocains. Ils sont encore trop peu nombreux, à l'échelle du pays, mais ils ont le potentiel de faire changer de dimension à l'économie marocaine si elle veut bien réduire les obstacles, nombreux, qui se dressent sur leur chemin.

Concernant les start-ups en compétition, j'ai été impressionné par le dynamisme, la créativité et la maîtrise technique des entrepreneurs parmi lesquels la gente féminine est bien représentée. Plusieurs start-ups opèrent sur la frontière technologique et peuvent se comparer avantageusement à ce qui se fait ailleurs dans le monde.

J'ai aussi constaté avec plaisir que quelques équipes réalisent déjà du chiffre d'affaire, voire sont rentables à petite échelle, sans avoir sollicité de concours financiers. Ce tableau positif doit recevoir quelques bémols.

Le premier porte sur l'orientation marché qui est, généralement, moins bien développée que la dimension technologique. Plusieurs entrepreneurs partent d'une solution technique et font l'hypothèse qu'elle connaîtra le succès commercial. La démarche "push" doit clairement être complétée par une démarche "pull".

Je me suis surpris, à plusieurs reprises, à penser que l'ingénieur qui présentait une solution technique devrait impérativement trouver un alter ego commercial-manager pour équilibrer le push et le pull et donner à la start-up une vision stratégique, un modèle économique réaliste et une projection dans l'espace et le temps.

En travaillant sur les dimensions 'business' et marché, les entrepreneurs marocains qui ont un minimum d'ambition de croissance devraient réaliser que le marché local ne pourra pas les porter bien loin et qu'ils doivent envisager leur marché à l'échelle régionale, au minimum, voire mondiale. Cette dimension est bien intégrée par une minorité de jeunes entrepreneurs qui ont vécu hors du pays ou sont exposés de manière significative à l'international.

Pour la majorité, l'apprentissage de l'international nécessitera un effort important et, sans doute, un accompagnement spécifique. La communication orale constitue un défi de taille pour les jeunes entrepreneurs marocains. Alors même que j'ai constaté avec plaisir que la très grande majorité d'entre eux arrive à s'exprimer dans la langue de shakespeare, il reste encore beaucoup de travail à faire pour améliorer la capacité à livrer la substance d'un projet en quelques minutes et donner aux autres l'envie d'y croire.

Il n'est pas nécessaire d'être un grand tribun pour y arriver. En y mettant le temps qu'il faut et en répétant son pitch plusieurs fois, chacun devrait progresser. Au fil de ces deux jours, j'ai acquis la conviction qu'il existe au Maroc un potentiel entrepreneurial de qualité. Il reste aux entrepreneurs à le concrétiser et à la société marocaine à les y aider ou, au minimum, à ne pas les entraver.

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