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Sans écriture, la contestation n'est que vocifération

Publication: Mis à jour:
AL HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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La mort de Mouhcine Fikri, le 28 octobre 2016, à Al Hoceima, n'arrête pas de faire des vagues au Maroc. Les protestations qu'elle a suscitées ont projeté sur la scène nationale, et depuis peu internationale, Nasser Zefzafi, un homme âgé de 39 ans originaire et habitant à Al Hoceima.

Aux yeux de nombreux Marocains, Zefzafi incarne une nouvelle forme d'opposition à l'ordre établi. Il a acquis, en l'espace de six mois, l'image d'un meneur d'hommes, au verbe haut, qui n'a peur de rien, ni de personne.

Je ne vais ici me prononcer ni sur le fond des propos du personnage, ni sur l'indépendance de sa démarche. Il faut laisser la justice faire son travail, que j'espère honnête et indépendant, suite à l'arrestation de Nasser Zefzafi le matin du 29 mai.

Il faut souligner que l'émergence d'un leader du type de Zefzafi, encore inconnu il y a quelques mois, est la preuve, très désagréable, du vide politique qui caractérise le Maroc. Dans un pays normal, les colères sont canalisées et portées par des corps intermédiaires (partis, syndicats, associations). Dans un pays normal, un grand inconnu, comme Nasser Zefzafi, ne peut pas s'auto-proclamer leader d'un mouvement régional qui pourrait être en train de devenir un mouvement national.

Il faut aussi souligner que le vide politique dans lequel un personnage comme Zefzafi peut émerger et acquérir une grande popularité n'est pas le produit du hasard. Comme je l'ai écrit ici même, il y a quelques mois, le champ politique marocain est constitué de partis qui ne l'ont jamais été et de partis qui ne savent plus qui ils sont ni à quoi ils servent.

Ceci étant dit, intéressons-nous au mode d'expression de Nasser Zafzafi et de ses camarades. Les technologies modernes de communication ont permis à Zefzafi de communiquer, exclusivement, sur le mode oral. Ses interventions ont été enregistrées et relayées sur Facebook quand elles n'ont pas été filmées et diffusées en direct sur des smartphones.

Force est de reconnaître que le personnage manie bien le verbe, aussi bien en arabe qu'en amazigh, et n'a rien à envier, sur ce plan, à d'autres leaders populistes.

Cependant, l'immédiateté et l'efficacité de ce mode de communication ont un prix. Parce que parler est facile et qu'une parole entraîne une autre, les propos de Zefzafi sont décousus. Il passe, pour ainsi dire, du coq à l'âne, livrant une pensée confuse dans une logorrhée interminable.
Le passage par l'écriture force le rédacteur à fixer un but à son texte, à structurer sa pensée, à choisir ses mots, et à argumenter.

Sans écriture, la colère ne peut pas accoucher d'un projet politique et d'un mouvement social capable de le porter. Elle n'est que vocifération.

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