LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Hamid Bouchikhi Headshot

Non, les ministres ne doivent pas comparaître devant une commission d'enquête administrative

Publication: Mis à jour:
AL HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
Imprimer

AL HOCEIMA - Des médias font part du refus supposé de ministres en exercice ou à la retraite, y compris l'ancien Premier ministre Abdelilah Benkirane, de se rendre à la convocation (est-ce le mot?) de la commission qui enquête sur les causes des retards d'exécution des projets de développement de la ville et province d'Al Hoceima.

Il semblerait que les ministres en exercice aient délégué aux secrétaires généraux la réponse à la commission d'enquête.

Si les ministres ont effectivement refusé de répondre en personne à la commission d'enquête, ils auraient raison. À ma connaissance, la commission a pour mandat d'élucider les dysfonctionnements avérés d'administrations et non pas d'enquêter sur les ministres. Il est normal alors que les administrations soient représentées par les secrétaires généraux qui veillent à leur marche quotidienne.

Il faut aussi tordre le coup au sous-entendu d'écrits de certains journalistes en mal de sensation, qui laissent entendre que les ministres se défausseraient de leur responsabilité personnelle sur leur secrétaire général.

Que je sache, tous comme les ministres, les secrétaires généraux ne sont pas mis en accusation à titre personnel.

Mettre au grand jour des dysfonctionnements d'appareils administratifs est une chose. Chercher des coupables en est une autre.

En outre, faire comparaître des ministres devant une commission d'enquête administrative serait absurde et créerait un précédent dangereux. Autant leur demander tout de suite de démissionner et les soumettre à une procédure judiciaire en bonne et due forme où ils pourraient assurer leur défense.

Faut-il rappeler qu'en vertu de la constitution, les ministres sont responsables devant le Roi, en personne, et le parlement. Le Roi n'a pas créé une commission d'enquête sur les ministres mais sur les administrations. Nul ne peut douter que les ministres, actuels et passés, se rendraient à une convocation expresse de Sa Majesté.

Si le parlement, autre lieu de reddition des comptes pour les ministres, veut les entendre, il n'a qu'à créer une commission d'enquête comme un parti politique l'a suggéré mais n'a pas, apparemment, été entendu. Si les ministres sont convoqués par une commission d'enquête parlementaire, ils n'auraient d'autre choix que de comparaître ou de démissionner.

Cette affaire est grave, très grave. J'invite les journalistes à faire attention et à ne pas jeter de l'huile sur le feu. Il est trop facile de jeter en pâture des noms comme si les insuffisances de l'appareil administratif marocain dataient d'aujourd'hui ou seraient le fait de quelques ministres.

Le mal est plus profond. Prenons garde à la recherche de boucs émissaires. Je sens de très loin une certaine soif de sang et n'aime pas cette ambiance malsaine.

Un rapport au souverain avant la fête du trône

Chargée par le roi Mohammed VI d'enquêter sur les causes du retard dans la mise en œuvre du programme de développement de la ville d'Al Hoceima, la commission d'enquête a entamé des auditions pour confronter les responsables concernés, dont le président de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Ilyas El Omari. Le rapport sera ramis au souverain avant la fête du trône, célébrée le 30 juillet, rapporte le quotidien Akhbar Al Yaoum dans son édition du 4 juillet.

LIRE AUSSI:
Al Hoceima: Vers une sortie de crise?