Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Hamid Bouchikhi Headshot

Les patrons américains face au pacte faustien de Donald Trump

Publication: Mis à jour:
DONALD TRUMP 2017
Jonathan Ernst / Reuters
Imprimer

ÉCONOMIE - "Je serai le plus grand créateur d'emplois que Dieu ait jamais créé" a déclaré un Donald Trump triomphant lors de sa première conférence de presse en tant que président élu le 11 janvier 2017. C'était la deuxième fois qu'il prononçait publiquement la même phrase qui faisait partie de l'annonce officielle de sa candidature à la présidentielle le 16 juin 2015.

Maniant la carotte et le bâton habituels, Donald Trump encourage les entreprises américaines à ramener aux Etats-Unis des usines et des emplois et menace les récalcitrants, américains et étrangers, de taxes punitives sur les importations. Pour communiquer sa volonté d'attirer et, si nécessaire, contraindre les grandes entreprises à soutenir son programme "America First", M. Trump a convoqué des dirigeants de sociétés technologiques de premier plan à la Tour Trump le 14 décembre.

Un autre groupe de grands chefs d'entreprise a été invité à la Maison Blanche le premier jour de sa présidence (le 23 janvier), le jour même où il annonçait qu'il retirait les États-Unis de l'Accord Transpacifique (TPP) et demandait une renégociation de l'ALENA avec ses voisins mexicains et canadiens.

En guise de carotte, M. Trump promet aux chefs d'entreprise de réduire les impôts et les réglementations, y compris en matière d'environnement. Il reste à voir dans quelle mesure le système américain de "checks and balances" lui permettra de mener à bien les actions qui ne peuvent pas être mises en œuvre via des ordres exécutifs.

Alors que la grande majorité des dirigeants d'entreprises, en particulier ceux qui ont émergé dans la Silicon Valley, ont gardé leur distance avec M. Trump pendant la campagne ou ont exprimé une hostilité ouverte, un nombre croissant de patrons adoptent, avec enthousiasme ou à leur corps défendant, le pacte imposé par Trump.

Michael Dell, le fondateur de l'entreprise qui opère dans 180 pays et génère plus de 50% de ses revenus hors des États-Unis, a exprimé son soutien public à l'agenda protectionniste de M. Trump. Dans une déclaration citée par Business Insider, il a dit: "Je pense que vous verrez notre entreprise, et des entreprises comme la nôtre, dans tous les secteurs, ramener les investissements vers les États-Unis, ce qui sera une bonne chose et nous sommes donc très favorables à cela."

Avant Michael Dell, les dirigeants de Carrier et Ford ont annoncé l'annulation d'investissements prévus au Mexique. Le chef du Taiwanais Foxconn, l'entreprise qui fabrique des appareils Apple principalement en Chine, a fait savoir, d'une manière un peu contorsionnée, qu'il pourrait engager 7 milliards de dollars dans une usine aux États-Unis. Les expressions publiques croissantes de soutien de chefs d'entreprise et les décisions concrètes de Carrier et de Ford pourraient bien stimuler les investissements et les créations d'emplois, à court terme.

Le mouvement serait accéléré si M. Trump était autorisé par le Congrès et le Sénat à mettre en place des barrières tarifaires et non tarifaires aux importations. En retour, les grandes entreprises américaines bénéficieront d'une baisse des impôts et d'une plus grande liberté d'action. Les chefs d'entreprises doivent, toutefois, être mis en garde contre un pacte faustien avec Donald Trump. Ils peuvent payer un prix élevé, à long terme, pour les gains à court terme offerts par le président.

La grande majorité des grandes entreprises américaines ont bénéficié d'une circulation de plus en plus libre de capitaux, de biens et de services. Leurs dirigeants ne doivent pas oublier qu'ils ont été les plus grands défenseurs et bénéficiaires de la mondialisation telle que nous la connaissons.

Dans le paysage mondial, qu'ils ont façonné, en partenariat avec des politiciens convaincus par les vertus du libre-échange, les patrons américains ont construit des organisations et des chaînes logistiques mondiales. La grande majorité des grandes sociétés américaines, incluant peut-être l'Organisation Trump, gagnent plus de revenus et de profits sur les marchés non américains.

Participer activement et profiter à court terme du programme protectionniste de M. Trump fera que les entreprises américaines seront vues, à nouveau, comme étrangères, ce qui anéantirait les efforts déployés depuis des décennies par ces mêmes entreprises pour être perçues et traitées comme de bons citoyens locaux partout dans le monde.

Dans un monde où le nationalisme se répand à grande vitesse, il est naïf de penser que les Américains pourront construire des murs autour de leur marché intérieur tandis que le reste du monde continuera à accueillir les entreprises, les produits et les services américains. Au lieu de succomber au pacte faustien, qui finit toujours par coûter cher, les chefs d'entreprise américains doivent se battre, collectivement, contre un agenda politique qui dresse leur pays contre le reste du monde et crée un avenir incertain, sinon effrayant pour les entreprises, l'humanité et la planète.

LIRE AUSSI: