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La mise à l'écart de Benkirane n'est pas une affaire de personne

Publication: Mis à jour:
BENKIRANE
Youssef Boudlal / Reuters
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POLITIQUE - Je ne connais pas M. Benkirane et ne partage pas le corpus idéologique de son parti. Je l'ai regardé parler à la télévision comme beaucoup de citoyens et l'ai trouvé plutôt charismatique. Il a probablement une part personnelle dans l'impossibilité de former un gouvernement plus de cinq mois après en avoir été chargé mais je n'entends en faire ici ni une victime, ni un héros.

Comme je l'ai écrit ici même le 22 novembre 2016, le "cirque" de la formation du gouvernement qui a amusé, avant de lasser, les Marocains n'est pas une affaire de personnes. Nous autres, observateurs et citoyens, aimons bien voir le champ politique comme un film où s'affrontent des personnages stéréotypés: les bons, les méchants, les futés, les naïfs, les "bluffeurs", les sincères, les militants, les carriéristes, etc.

Si nous voulons lire les évènements à travers ce prisme, les personnalités de la scène politique marocaine sont suffisamment haut-en-couleur pour nous en fournir la matière. Et pourtant, nous devons aller au-delà des apparences et laisser de côté les personnages et les personnalités pour réfléchir sur les causes structurelles du blocage qui laissera inévitablement des traces dans la vie du pays. Faisons-en sorte que ces traces soient positives.

Donc, comme je l'ai écrit en novembre 2016, le champ politique marocain souffre d'une extrême fragmentation renforcée par le système électoral introduit par la constitution de 2011. Comme partout où les élections législatives sont adjugées sur le mode proportionnel, le système encourage la prolifération de l'offre politique et donne aux petits partis une influence disproportionnée dans la formation des gouvernements et la politique générale du pays.

Dans le contexte marocain, la fragmentation du champ politique est aggravée par le fait que plusieurs partis n'ont pas ou n'ont plus d'identité politique forte et distinctive. Quand j'étais plus jeune, je savais ce qu'était l'USFP et en quoi il était différent du Mouvement Populaire et du Parti de l'Istiqlal. Bien malin qui pourrait me dire aujourd'hui ce que ces partis représentent, sur le plan idéologique.

Une recomposition du champ politique est nécessaire

Pour que la crise présente soit une opportunité d'approfondissement de la démocratie, les dirigeants du pays devraient accompagner la désignation d'un nouveau candidat Premier ministre d'un travail de fond sur la recomposition du champ politique. Au risque de simplifier, mais il le faut ici pour y voir clair, je vois trois composantes principales, comme dirait le statisticien, dans le champ politique marocain. Je vois un bloc libéral constitué du PAM, du RNI, de l'UC, du MP et d'une partie de l'Istiqlal. Le PJD et l'autre partie de l'Istiqlal constituent le deuxième bloc. Le troisième bloc, que je qualifierais de socio-démocrate, comprendrait l'USFP, le PPS et, peut-être, une fraction réformatrice de la FGD.

Il est possible que ma lecture des composantes principales ne soit pas tout à fait précise et que d'autres combinaisons soient plus logiques. L'important est de prendre acte des effets néfastes de la fragmentation et de préparer une nouvelle réforme constitutionnelle susceptible de la réduire. N'oublions pas que M. Benkirane a été confronté à une crise gouvernementale deux ans seulement après la formation de son premier gouvernement.

Au rythme où les choses pourraient aller, le Maroc pourrait bien se trouver dans un scénario à l'italienne où les gouvernements se succèdent à un rythme à peine plus lent que les saisons. La mise à l'ordre du jour d'une refonte du champ politique permettra aux dirigeants du pays de dédramatiser la mise à l'écart de M. Benkirane et de constituer un gouvernement d'union nationale autour de la préparation de la prochaine étape d'approfondissement de la démocratie et de la réforme constitutionnelle qui la mettra en œuvre. Ainsi, et seulement ainsi, la crise politique présente sera une opportunité. Ne la laissons pas passer.

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